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Bafûer, la Cathédrale de France

De même le mouvement qui transforme au XIX" siècle la peinture est essentiellement naturaliste. Il y avait, au fond des anciens tableaux, un accessoire sans intérêt ni importance, une ligne d'horizon, quelque douteuse verdui'e, un ou deux arbres insignifiants, un peu de nature incomprise et honteuse, le paysage usuel oublié dans un coin. Le printemps est venu : ces végétations ont tressailli ; elles se sont prises à pousser indiscrètement : elles se sont insinuées partout ; elles ont dérangé Tordre du tableau ; elles Tont rempli tout entier et s'y sont naêlées à la vie humaine. Bientôt le grand paysage a fini par attirer l'homme à lui, par le noyer dans sa vie immense, par l'absorber et par lui réassigner sa valeur zoologique et sociale, si bien qu'à la fin de cette évolution les Meules et les Peupliers de Claude Monet n'exaltent plus que le devenir éternel de la matière énigmatique et chantent de nouveau avec une singulière gravité l'hymne druidique de nos premiers âges.

Gothiques et Impressionnistes sont du reste d'accord pour emprunter les éléments

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expressifs au milieu géographique et au milieu social.

Le eothique doit au paysage français jusques aux lignes de la construction. La Grèce vallonnée avait inspiré aux architectes les rampants à pente douce. L'Ile-de-France, pays de plaines, leur donne l'inquiétude du relief^ la prédilection des angles aigus, la frénésie de la verticale. Chaque Cathédrale demande en outre sa parure aux éléments du terroir. A Chartres, nous trouvons le type Beauceron, à Poitiers, le type Poitevin, à Paris, le Parisien. A Reims en particulier, les statues des rois apparaissaient profondément sigillées du signe de la race. Les chapiteaux reproduisent partout les bêtes du pays et les plantes qui poussent le long des murs de Téglise : des bœufs, des perdrix, de la vigne, du lierre, du persil, du chou frisé, du trèfle, des pois, du cresson, de Toseille, du plantain, du géranium, le poirier, Térable, des feuilles d'eau.

Mais qu'il aille regarder la neige à Argenteuil ou qu'il étudie patiemment des Pêcheurs à la ligne, n'est-ce pas toujours le ter-

roir même et le même terroir que Claude Monet interroge, quand il travaille en pleine nature, qu'il se fait attentif à la buée du sol et à la mobilité fragile de Teau et qu'il les va surprendre sur place, sans rien vouloir « embellir w à Tatelier?

Et Pissarro, si scrupuleusement réaliste, biographe de la vie de la campagne, dessinant des carrés de légumes « avec une précision de maraîcher», surveillant « les éclosions et les maturités », précepteur de Toignon et de l'artichaut, protecteur affable de l'asperge.

Et Sisley, l'ami des arbres du territoire, l'historien de la Seine et le poète du Loing, sensible et calme comme ces peupliers qu'il fait chanter sur nos ciels clairs I

Ce sont encore les bonnes gens de leur voisinage qui ont fourni aux Gothiques leurs types de Vierges et d'Apôtres ; ce sont les bancroches et les bossus qui traînaient dans les ruelles qu'ils ont chargés d'enfoncer des clous dans les mains du Christ. De leurs épouses et de leurs sœurs, ils ont fait les saintes femmes : dans les lépreux qu'ils rencontraient, ils ont reconnu Lazare. Aux che-

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mineaux chétifs et hâves, ils ont ouvert le Paradis. Ils pratiquent la prédilection du rustre, ils ont la curiosité du petit peuple.

Et c'est selon le même esprit vraiment que* M. Degas a incisivement portraicturé des jockeys, des modistes aux mouvements de petits singes, des canailles de blanchisseuse& dont les difformes appendices racontent le maniement du fer chaud et de la blague à froid, Manet, des buveurs d'absinthe, Berthe Morizot, des apparitions auréolées de moder-^ nisme et de morbidesse, et Renoir enfin, ces femmes de Renoir, puériles, gracieuses et inquiétantes, et en lesquelles « Tâme naïve de la fillette transparaît à travers le corps en formation de Tamoureuse. »

Ainsi plus les deux époques sont disparates dans le costume, le geste et les habitudes, plus ils se ressemblent en les montrant dissemblables.

Il est enfin, entre ces artistes d'autrefois et ceux d'hier, une plus vivante et plus sûre concordance, Taccent, — mais Taccent du Nord.

Ce sont des exaltés volontaires.

Le lyrisme des Gothiques est frappant. Ils ont accompli ce miracle : une architecture enthousiaste. On en découvre partout l'artifice, soit qu'on les surprenne à passionner les nombres et à faire mentir la géométrie, comme à Poitiers où le chœur est placé sur un plan convergent pour accuser la longueur du vaisseau, comme à Reims, où ils tracèrent en lignes fuyantes les frises de l'ébrasement des fenêtres ; soit qu'ils multiplient de toutes parts les divisions jusqu'au morcellement pour accroître l'illusion de la hauteur. Aussi font-ils assez bon marché des symétries. Le contraste de deux portails les séduit plus que leur répétition. Ils inclinent le chœur de l'église du côté où retomba la tête de Jésus.

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Ces rois qu'ils mettent sur les galeries de Reims et d'Amiens, bien haut sur la façade, ils leur font la tête énorme, inclinée en avant, sculptée en rudesse pour qu'elle réfléchisse de larges plans de lumière. Les figures de leurs vitraux, celle de Jacob notamment qui se voit à Tabside de Bourges, atteignent aux véridiques brutalités de la caricature.

« Tout prétexte à mouvement les tente, les bas-reliefs de la cathédrale de Bourges en sont un cas curieux; ils affectionnent mettre aux prises les damnés et les diables, et c'est le drame qu'ils prisent le plus volontiers dans rÉvangile. Même foursennerie en l'ornemental. Un étonnant enchevêtrement d'animaux et de plantes, une exubérance de semis et de rinceaux. On dirait une végétation folle qui grimpe sur les voussures, tapisse les porches, volubilise les piliers, se glisse en les moindres recoins, envahit tout, enguirlandant ici, festonnant là, se déroulant en sarabande * . »

Il y a aussi un lyrisme des peintres.

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