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Alphonse Germain, Revue encyclopédique, n* 81, p

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Il consiste à relever partout le contraste des teintes, à en altérer ardemment les relations, à imaginer à tout propos quelque champ de bataille des coloris. Un gris tire sur le jaune, un autre sur le bleu; ils affirment aussitôt le safran et le cobalt. Gela s'appuie sans doute sur une indication naturelle, mais cela dénote surtout une disposition personnelle. La méthode de décomposition colorée qui est familière aux Impressionnistes favorise cet état d'esprit : elle exige d'eux qu'ils règlent arbitrairement l'opposition des teintes, elle sollicite leur tempérament et provoque des préférences optiques. Dès l'origine, alors qu'ils prenaient possession de leur technique, ils avaient adopté de l'art cette définition devenue célèbre : « La nature vue à travers un tempérament », ce qui est bien la formule du lyrisme, et c'en est certainement encore que de demander aux spectacles évoqués de forcer leur langage, de les faire parler un peu au-delà d'euxmêmes et d'outrer la réalité dans son propre sens, pour donner une impression. Avec quel entrain enfin, avec quelle virtuosité joyeuse

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ils ont tous, mais surtout Claude Monet, renouvelé sans cesse leur technique, faisant, à chaque œuvre, montre d'une habileté nouvelle. C'était peindre avec enthousiasme.

Mais le lyrisme (et c'est ici que nous voilà parvenus jusqu'à leur plus intime affinité), est tempéré cjiez eux par une rigueur exacte, contenu par une composition rationnelle. Ils excellent ensemble à l'équilibre des expressions aiguës, ce qui est le propre de l'âme occidentale, car c'est toute notre gloire d'être des individualistes disciplinés et des révoltés raisonnables.

Ce sont des esprits profondément semblables que ceux qui conçoivent, avec l'audace que l'on sait, un système architectonique qui repose purement sur la nervure €t l'arc-boutant, et ceux qui font de' l'œuvre picturale cet édifice de couleurs simples. Ici et là, c'est le même mélange de hardiesse et de sagesse; la même liberté s'enhardissant jusqu'à la même logique, le même emportement vers l'absolu. L'on sait désormais la parfaite précision avec laquelle une Cathédrale s'ordonne et la science méticuleuse qui

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agença réblouissement des verrières. Mais qu'ils ressemblent donc à ces Gothiques sobrement exaltés, les peintres qui ont écarté le sentimentalisme des sujets pour demander à la matière même de leur ouvrage toute sa force expressive, pour lui donner toute sa valeur intrinsèque. Depuis Cézanne, authentique et violent, ils n'ont plus voulu considérer le tableau que comme une surface « recouverte de couleurs dans un certain ordre assemblées*. » Plus une touche désormais, et surtout les plus vives, qui ne soit avec toutes les autres selon une relation nécessaire. Cela va s'accusant davantage encore chez les fils de la tradition impressionniste. Un tableau de M. Vuillard s'équilibre d'une tache suprême qui en est la clef de voûte. A mesure qu'ils font plus strictement vrai, ils retirent à la réalité de la chose représentée son importance. C'est comme une assomption de la matière, qu'ils affranchissent de la sujétion des sujets pour la faire participer à la splendeur des lois.

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