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SECTION II

La Guerre de l'Opium, l'Édit de 1906 et ies Premiers Accords de 1a Chine avec l'Angleterre

Les premières manifestations internationales auxquelles à donné lieu l’opium dans le courant du XIXe ; siècle n’ont pas été dirigées contre ce poison. Il y a en lutte, mais non pas lutte des nations unies pour

- combattre le fléau de l’opium, mais lutte pour limposer à une nation plus faible qui PAPA tous ses efforts pour s’en débarasser.

Cependant cette aberration du sentiment de la solidarité qui unit les peuples entre eux n’a été que passagère et dès le début du XXe siècle la conscience universelle s’est ressaisie, toutes les nations ont coordonné leurs efforts pour enrayer le sinistre mal.

Le pavot à opium n’est pas une plante originaire de la Chine. L’habitude de fumer l’opiuml a été apportée d'Occident. Quand le gouvernement de Pékin se rendit compte du danger que constituait pour le peuple chinois cette passion il intervint et interdit de fumer l’opium. Le premier édit d'interdiction fut rendu par l’empereur Yung Cheng en 1729. En dehors du motif humanitaire, une autre raison poussait le gouvernement intervenir : la plus grande partie de l’opium consommé venait de l'étranger ; comme les Chinois n’exportaient presque aucune marchandise cette importation de drogue qui se chiffrait par millions faisait peu à peu sortir tout le numéraire de Chine. Cette interdiction fut renouvellée en 1796 avec menace de mort pour quiconque y contreviendrait. Malgré tout l’usage de fumer se maintint et les importations d’opium ne firent qu’augmenter. Ce commerce était d’abord entre les mains des Portugais qui faisaient venir l’opium de Goa ; il passa ensuite à la Compagnie des Indes Orientales qui en eut le monopole exclusif en 1773; ce monopole dura jusqu’en 1832, date à laquelle l’exportation de l’opium hindou vers la Chine redevint libre. Les Anglais grâce à des gratifications pécuniaires avaient trouvé des complicités parmi les fonctionnaires chinois et la

contrebande allait toujours en augmentant. Elle passe de 6.000 caisses en 1817 à 40.000 caisses en 1837.

Cependant une sourde irritation naïissait contre l’Angleterre ; les sociétés nationales secrètes protestaient contre cette flagrante violation des édits impériaux, les mandarins locaux devenaient hostiles vis-àvis des étrangers. Le gouvernement anglais, sentant que la position de‘ses nationaux devenait très instable voulut la consolider en concluant un traité avec le pouvoir central à Pékin ; ses avances furent très mal reçues. En effet dans toute la Chine les fâcheux effets de la raréfaction du numéraire se faisait de plus en plus sentir. Au lieu d’un traité l’empereur envoya en 1838 à Canton un délégué extraordinaire avec pleins pouvoirs qui avait pour mission de faire cesser effectivement tout commerce d’opium. Dès son arrivée ce commissaire somma les commerçants anglais de Canton d’avoir à lui livrer les caisses d’opium déposées dans leurs factoreries. Après un essai d’intimidation de la part d’un navire anglais qui remonta le fleuve jusqu’à Canton, acte imprudent qui faillit entraîner le massacre de tous les Anglais réfugiés dans leurs entrepôts les caisses d’opium furent livrées aux autorités chinoises qui les firent jeter à la mer : promesse fut faite par les commerçants de ne plus essayer d'importer de l’opium.

Cette suppression du commerce de l’opium qui rapportait à la colonie de l’Inde de si beaux bénéfices ne pouvait être acceptée par l’Angleterre ; d’autre part les commerçants Anglais faisaient entendre leurs doléances et réclamaient une indemnité pour la perte de leur opium jeté à la mer. Prenant pour prétette le massacre d’un voyageur anglais attaqué par des

ladrones le gouvernement anglais entreprit des opérations militaires contre la Chine. Ce fut la guerre qui est restée si tristement célèbre sous le nom de « Guerre de l’Opium ». Elle dura deux ans et se termina par la défaite des Chinois qui furent obligés de se soumettre aux volontés britanniques. Une première série d’opérations fut entreprise contre les côtes chinoises ; les navires anglais bombardèrent les principales villes de la côte méridionale puis remontèrent vers le golfe de Pe-Tchi-Li et là parvinrent à faire passer des lettres qui arrivèrent au gouvernement de Pékin. Celui-ci accepta d’ouvrir des négociations qui aboutirent à la signature d’un arrangement préliminaire. Par cet arrangement le gouvernement Chi- nois s’engageait à payer une indemnité de 30 millions de francs pour la destruction des caisses d’opium il cédait en pleine propriété aux Anglais l’île de: Hong Kong. Ceux-ci en prirent immédiatement possessicn. Mais cet arrangement ne fut pas ratifié par l'Empereur qui disgracia son plénipotentiaire et donna à nouveau l’ordre de cesser tout commerce avec les Anglais. Devant cette attitude les navires britanniques allèrent bombarder Canton. Le commerce anglais reprit dans cette ville, mais la situation restait précaire. Une grande expédition fut décidée avec Nanking comme objectif. Après la prise de Shanghaï, de Chapoo, de Sun Kiang les troupes arrivèrent devant Nanking. Le gouvernement de Pékin capitula et consentit à signer le traité de Nanking en août 1842. Par ce traité les Chinois s’engageaient à payer une indemnité de 18 millions de dollars, ils reconnaissaient aux Anglais la possession de Hong Kong et leur per-

mettaient de faire librement du commerce dans cinq grands ports y compris Canton.

Les Anglais protestent contre la tradition historique qui les accuse d’avoir imposé par la force à la Chine les importations d’opium; en effet dans le traité de Nanking aucune clause ne vise ces importations. La guerre de 1840 n'aurait eu d’autre but que la réparation du dommage causé aux commerçants anglais par la destruction des caisses d’opium, et l’ouverture de la Chine au commerce européen.

Il est naturel que l'Angleterre essaie d’esquiver ses responsabilités, mais il apparaît cependant d’une manière indéniable que la guerre de 1840 à eu pour but primordial d’obliger la Chine à recevoir, malgré ses lois prohibitives, l’opium des Indes. En effet la destruction des caisses d’opium par le gouvernement chinois était tout à fait licite. Dans tous les pays les marchandises de contrebande sont saisies et de plus des poursuites pénales sont dirigées contre ceux qui font entrer ces marchandises en fraude. La conduite de l’Angleterre à été aussi abominable que le serait celle de l'Allemagne si elle déclarait la guerre à la France sous prétexte que celle-ci opère des saisies de morphine et de cocaïne venues d’outre-Rhin. De plus quand les Anglais prétendent avoir seulement voulu ouvrir la Chine au commerce, ils oublient de dire que leur commerce à cette époque là était constitué presqu’en totalité par les importations d’opium. Et le résultat voulu à bien été atteint ; devant les Anglais victorieux les barrières de la Chine se sont abaissées et l’opium est rentré à flots ; les mandarins sachant qu'ils ne seraient pas soutenus par le gouvernement central se sont inclinés devant la volonté britannique

et les importations d’opium hindou bien que prohibées par la loi, en fait ont été libres ; aussi ont-elles rapidement augmenté, elles atteignaient 3.000.000 de kilos en 1850 et passaient au double en 1880. C’est une page peu glorieuse de l’histoire de l'Angleterre qui doit reconnaître qu’elle à sa large part de responsabilité dans le développement de l’opiomanie en Chine.

La Chine fut désarmée pendant de longues années pour lutter contre le fléau de l’opium qui ne cessait d'étendre ses ravages. Elle était liée par des traités qui l’obligeaient à ouvrir ses ports à l'importation étrangère, il lui était difficile d'interdire la culture du pavot quand l’opium étranger pouvait rentrer en

quantités quasi-illimitées sur son territoire ; cette interdiction n’aurait eu d'autre résultat que de débarasser l’importation étrangère de la concurrence intérieure. Cependant l’opinion publique mondiale commençait à s’émouvoir de la triste situation faite à la Chine. En Angleterre même, de nombreuses ligues se formaient, dont la plus importante est «la Société pour la suppression du trafic de l’opium », fondée en 1874 par Lord Shaftesbury ; le mouvement antiopioumique gagnait du terrain ; en 1891 la Chambre des Communes déclara à 30 voix de majorité que « l'importation de l’opium des Indes en Chine était moralement injustifiable ». En 1906 elle renouvelait ce vote et cette fois à l’unanimité ; de plus elle priait le gouvernement «de faire les démarches nécessaires pour mettre rapidement fin à ce commerce ».

En Chine, grâce à des conditions de vie éminemment favorables au développement de ce vice, les ravages de l’opium s’étendaient chaque jour et menaçaient de faire sombrer le peuple Chinois dans une

détresse économique complète et dans l’inertie morale. Tout sentiment national avait disparu et le gouvernement central aussi bien que les princes locaux comprirent que c’en était fait de la Chine si elle n’arrivait pas à triompher de cette passion. Le mouvement de lutte ne partit pas de Pékin. La campagne indigène contre l’opium commença dans les provinces méridionales, elle prit une grande extension ; les vices rois et les gouverneurs locaux prirent chacun pour leur territoire des mesures pour interdire l’usage de l’opium. L’aboutissement de ce mouvement fut l’édit de l’impératrice douairière du 20 novembre 1906 qui interdisait dans tout le céleste empire la culture du pavot sur de nouveaux terrains, fixait un délai de dix ans pour sa disparition complète, rendait obliga.toire l’enregistrement des fumeurs, ordonnait à tous les fonctionnaires civils et militaires de s’abstenir désormais de fumer, et créait des sociétés officielles de propagande pour lutter contre le vice national. La publication de cet édit à été accueillie avec beaucoup de scepticisme dans les milieux politiques étrangers. On croyait qu'il ne s'agissait là que d’une décla.ration de principes, d’un de ces édits si souvent renouvellés et si peu respectés. Il semblait impossible d'assurer l’application de ces mesures radicales dans un empire si étendu et avec les faibles moyens d’action dont disposait le gouvernement impérial. Certains même accusaient la Chine de nourrir des intentions secrètes, de vouloir faire cesser, en provoquant ce mouvement contre l’opium, l’importation des Indes, qu’elle était incapable par ses seuls moyens d’arrêter ; ou de vouloir tout simplement réglementer la production à seule fin d'organiser un monopole qui

LA LUTTE CONTRE LES STUPÉFIANTS Ati

lui rapporterait d'immenses revenus à l’instar de l’Indochine et des Indes Néerlandaises.

Mais cette fois c'était avec la ferme volonté de venir à bout du mal qui rongeait depuis deux siècles le pays, que le gouvernement entrait en campagne ; aucune arrière pensée ne guidait son action, il voulait délivrer les Chinois de la misère physique et morale qui les étreignait, faire de la Chine une grande nation, capable de jouer un rôle dans les destinées du monde, capable surtout de résister aux demandes injustifiées des grandes puissances. Aussi les résultats dépassèrent les espérances : A la veille de la conférence de Shanghaïen 1909 les cultures de pavot avaient été réduites de 40 à 50 %, des millions de fumeurs avaient renoncé à la drogue ; ce vice que l’on considérait quelques années auparavant comme de bon ton, était regardé commei honteux, les nouveiles générations étaient préservées, de nombreuses ligues de propagande s'étaient constituées. Certes un pareil résultat n'avait pas été atteint sans sacrifices ; le sang avait coulé à flots, des insurrections de paysans avaient été cruellement châtiées ; d’immenses plantations de pavots avaient été détruites et des populations entières réduites momentanément à la misère; mais peu à peu les champs de riz et de blé avaient remplacé les champs de pavots et les pertes pécuniaires subies par certaines provinces avaient été compensées par le retour à la santé morale et physique de leurs habitants. Le gouvernement décidé à aller jusqu’au bout avait révoqué tous les fonctionnaires qui n'avaient pas renoncé à l’habitude de fumer ; des centaines de mandarins, des gouverneurs, des vice-rois furent ainsi impitoyablement privés de leurs emplois.

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