‹ Le Trafic des StupéfiantsChapitre 5 sur 40 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Produetion en tonnes Surface cultivée en hectares Chine ...... 45.000 L Inde se 968 04,708 Perse; 950 ?

Lurquie.-: 565 ?

Yougoslavie 80 , 9.725

LES STUPÉFIANTS A Egypte 41 4.120 Japon...... 4 774 Gréce se 3 ?

Indochine .. nn À ?

Corée...... À 331

D’après ce tableau on voit que les quatres grands pays producteurs sont la Chine, l’Inde, la Perse et Turquie.

Nous avons vu comment s'était implantée la culture du pavot en Chine. D’après les chiffres fournis par le représentant chinois à la conférence de Shanghaï, la production d’opium brut atteignait, en 1906, 25.000 tonnes ; la superficie des terrains adonnés à cette culture était de 1.700.000 hectares. Des provinces aussi grandes que la France étaient entièrement couvertes de champs de pavots ; celles qui venaient en tête pour la production étaient situées à l’ouest et à l’intérieur, notamment les provinces de Szechuan, du Yunnam, de Shensi, de Kewan. A la suite de l’Edit de 1906, les plantations disparaissent rapidement et en 1917 la culture du pavot est virtuellement supprimée en Chine. Ces dernières années, à la suite de troubles militaires, elle à pris une extension nouvelle. Nous n’avons que des données assez vagues sur la production à l’heure actuelle. D’après les renseignements émanant d'organismes privés, ou des consulats la quantité d’opium récoltée en Chine en 1924 aurait été au moins 15.000 tonnes ; tout faisait prévoir que la récolte de 1925 serait encore plus importante. Une enquête faite en 1923-1924 à démontré que dans certaines provinces les gouverneurs militaires rendaient obligatoire la culture du pavot ; d’après la même enquête les provinces qui tiennent la

tête pour la production sont : le Yunnam ou deux acres sur trois sont plantés de pavots, le Foukein, le Hounan, le Schechouan, le district de Jehol; par contre le district du Sining et la province de Chansi placés sous l'autorité de généraux énergiques ne produisent pas du tout d’opium.

L’Inde est le premier pays qui à produit en grande quantité l’opium ; l’opium hindou est le meilleur malgré sa faible teneur en morphine. Il y a deux grands centres de culture : le Bengale et le Malwa. Dans ces deux régions, la culture est l’objet d’un monopole pareil à celui du tabac en France. La production totale qui était en 1906 de 6.000 tonnes a été fortement réduite à la suite d'accords passés avec la Chine.

Voici les chiffres des quatre dernières années :

Années Superficie cultivée Production 1921 46.664 hectares 926 tonnes 1922 47.730 » 684 »

Cette réduction de production à entraîné une perte de quatre millions de livres sterling pour le gouvernement de l'Inde ; une nouvelle limitation des cultures est projetée.

La production de la Perse à vivement augmenté ces dernières années. Elle est actuellement de 950 tonnes et s’étend sur 30.000 hectares ; dix-neuf provinces sur vingt-six cultivent le pavot à opium. Cette culture rapporte un revenu annuel de 10.500.000 tomans (le toman valait 8fr.81) et l'exportation de l’opium représente environ 25 % de la waleur des exportations totales.

Pour la Turquie nous n’avons que des renseignements très incomplets. Ce pays n'ayant pas adhéré à la convention de la Haye de 1912 malgré l’engagement qu’il avait pris en signant le traité de paix, n’a fourni aucun rapport à la Commission de l’Opium. Sa production était en 1924 de 565 tonnes et depuis elle à continué d’augmenter. Comme celui de la Yougo-slavie, l’opium turc à une teneur en morphine élevée qui va jusqu’à 14 et 15 %.

D'autre pays produisent aussi de l’opium. En plus de ceux indiqués dans le tableau des pays producteurs, il faut encore citer : le Turkestan, le Boukara, le Tivé, la Turkemanie, l'Afghanistan. On ignore le chiffre exact de la production de ces pays éloignés et peu civilisés, mais d’après les renseignements que l’on possède, on peut dire qu’elle à ‘triplé en quelques années.

A l'heure actuelle, 14 production mondiale de l’opium brut peut être évaluée à 18.500 tonnes et elle à tendance à! augmenter.

$ II. — Fabrication de l’Opium préparé

On peut destiner l’opium brut à trois usages. On peut d’abord l'utiliser pour en extraire les principes actifs employés en médecine et comme stupéfiants. Nous nous occuperons de cet usage duand nous traiterons des dérivés de l’opium. Il peut ensuite être avalé sous forme de boulettes par les mangeurs d’opium. Les Hindous l'utilisent ainsi et nous verrons les conséquences de cette habitude en traitant des effets physiologiques de l’opium. Enfin, il peut être fumé, mais alors il ne peut pas être

p) EEE LE TRAFIC DES STUPÉFIANTS

utilisé tel quel ; il est alors soumis à une préparation et prend le nom de « chandoo ».

Cette transformation de l’opium brut en chandoo a lieu dans des établissements appelés bouilleries ; elle dure plusieurs jours et elle est faite généralement par des ouvriers chinois. Il existe un grand nombre de petites bouilleries dans la région du Yunnam et de Canton, en Chine ; elles ne disposent que d’un matériel réduit, les procédés employés sont primitifs et le rendement est faible: pour 100 kilos d’opium brut mis en préparation on retire à peine 40 kilos de chandoo ; d’autre part, ce chandoo ainsi fabriqué, est toujours fraudé, il contient en quantités variables du « dross ». Des bouilleries plus perfectionnées sont celles de Batavia qui fournit tout l’opium consommé dans les Indes Néerlandaises, de Singapour pour la Malaisie et les Etablissements du Détroit, celles installées au Siam et à Macao. Mais la plus importante est celle de Saïgon qui produit tout le chandoo consommé dans l’Indochine française ; c’est la méthode employée dans cette bouillerie que nous allons étudier, pour voir comment s'obtient le chandoo. Les méthodes employées ailleurs n’en diffèrent pas essentiellement.

Cette préparation dure trois jours et comprend un grand nombre d'opérations successives : on prend d’abord les pains bruts d’opium expédiés par caisse, et on les dépouille des « leaves » qui les entourent. ces leaves fortement imprégnées d’opium sont trempées dans des bassines pleines d’eau bouillante et par une série de filtrages et d’ébullitions on arrive à récupérer l’opium qui y adhère. Ensuite, on dispose l’opium dans des baquets chauffés à la vapeur, on le laisse

épaissir et ensuite on le malaxe longuement pour qu'il garde une homogénéité parfaite. L'opération principale qui va faire disparaître les princripes vireux à alors lieu : c’est le grillage. On étend une certaine quantité d’opium au fond d’une bassine qu’on renverse sur un feu de charbons ; la surface extérieure de cette galette d’opium s’altère à la chaleur et le bouilleur à l’aide de pinces détache cette mince couche superficielle. On recommence ainsi jusqu’à l’épuisement de la galette qui donne une vingtaine de couches ainsi détachées. Cet opium grillé est mis dans des cuves pleines d’eau froide où il se dissout en grande partie. On arrive à séparer cette solution plus dense du reste du liquide au moyen de mèches de jones qui jouent le rôle de siphons. Elle est ensuite filtrée et concentrée en un sirop très épais marquant 29 degrés Baumé. Ce sirop est longuement battu, puis oxygéné et l’on a enfin obtenu le chandoo. Ce chandoo fermentera à deux reprises. Une première fermentation rapide qui dure à peine "un mois, une seconde très lente et presque indéfinie qui au fur et à mesure que l’opium vieillit le rend meilleur. L’opium obtenu dans la bouillerie de Saïgon est très recherché ; l’absence de toute substance étrangère le rend beaucoup Moins toxique que celui fabriqué en Chine. Pour 100 kilos d’opium brut, on arrive à obtenir jusqu’à 60 kilos de chandoo.

Le chandoo bien préparé a une limpidité parfaite, une odeur spéciale de violette. Sa couleur varie selon le pays d’origine mais elle est en général brun rou.geâtre ; sa saveur est amère. Seul l’opium brut dont la teneur en morphine est faible, fournit un chandoo apprécié des fumeurs. Les opiums de Yougo-Slavie,

de Turquie qui contiennent jusqu’à 15 % de morphine sont laissés de côté et ne sont utilisés que pour extraire des produits pharmaceutiques. C’est l’opium de l'Inde et notamment celui de Bénarès qui donne le meilleur chandioo. Le dross qui est le résidu de l’opium fumé est souvent ajouté au chandoo et en augmente la toxicité. L’opium chinois, même celui vendu comme première qualité, contient 10 % de dross.

D’après la convention de La Haye de 1912, l’usage de l’opium préparé n’est autorisé que dans les territoires d'Extrême-Orient où l’habitude de fumer l’opium est implantée de longue date. Les exportations sont en principe défendues et chaque pays ne doit produire que l’opium qu’il consomme.

Voilà les pays qui produisent encore l’opium préparé : Chine ; elle n’a fourni aucun chiffre à la Commission de l’Opium, mais si nous tenons compte que la quantité d’opium importée en Chine «st à peu près égale à Icelle agxportée de ce pays, que l’opium chinois donne 45% de chandoo, nous pouvons évaluer la production de la Chine à 7.000.000 de kilos.

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