‹ Le train de minuit; comédie en deux actesChapitre 12 sur 65 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

P.ICIIARDIN.

Oui, j'ai une nièce ([ui s'est mariée il y a un mois environ...

LE COMTE

Avec un petit cousin à moi, Ferly, je sais... le mariage a eu lieu en province...

RICHARDIN

J'ai reçu une lettre de madame de Ferly... Elle m'annonçait qu'elle venait à Paris avec son mari... et qu elle logeraitchez moi... avec son mari!... Des nouveaux mariés, je ne peux pas souffrir ça, moi... c'est désagréable à voir... Ça se parle tout bas, ça se prend la main, ça s'embrasse !... et les baisers ça fait un bruit qu»; je n'aime pas... ps... ps... là-dessus, j'ai pris le parti de niettu; mon hôtel à leur disposition et de m'en aller.

LE COMTE

Et là-dessus, moi, je t'ai écrit que si tu ne savais où aller, tu ferais bien de venir chez moi... que tu y trouverais encore des nouveaux mariés, cela est vrai, mais des nouveaux mariés d'une espèce particulière, des nouveaux mariés qui ne se parlent jamais tout bas, qui ne se prennent guère la main, et qui ne s'embrassent pas du tout.

RICHARDIN

.l'aime à le croire... les baisers... oh!

LE COMTE

Et tu es venu?

Avec confiance!

Merci!

RICHARDIN

LE COMTE

RICHARDIN

Et aussi avec une certaine inquiétude... car enlin... la situation me parait tellement extraordinaire, au bout de huit jours...

LE COMTE

Ail! tu aurais pu venir le lendemain!...

RICIIABDIN.

Le lendemain?...

Je vais te conter ça.

Ah!

LE COMTE

Rir.IlAnDIX.

Ils s'assnvont, Ri<'li.irilin sur le rnnapi', lo comte ^up un fauleii'l *. LE COMTE.

delà t'épargnera la peine de faire des snppositions... qui, du reste, fatigueraient inutilement ta cervelle. J'ai fait une sottise en nie mariant, une énornK^ sottise... ma seule consolation est de me dire que ce sont les autres qui me Font fait faire... J'ai, moi, regimbé jusqu'au dernier moment ou à peu prés, à toute force je ne me voulais pas marier, à ce point qu'un jour, bien que les choses fussent fort avancées, je pris un grand parti au risque de ce qui pouvait arriver !... j'écrivis une longue lettre à la mère de Louise... elle se nomme Louise... déclarant dans cette lettre que je ne me sentais qu'un entraînement médiocre vers celle à l'existence de qui on voulait lier mon existence... et le déclarant en termes assez nets, alin qu'il n'y eut pas moyen de revenir!... Ma lettre finie... je voulus la porter moi-même... J'arrive à la porte de la maison... une voiture s'arrête, deux femmes en descendent... c'était ma sœur et la mère de Louise... Moi, je balbutie... je tenais justement à la main... « Madame, c'est une lettre! — Votre réponse, dit la mère; mon ami, vous comblez mes vœux ! » Elle se jette dans mes bras, prend ma lettre, ne l'ouvre pas... Nous arrivons dans le salon, Louise y était avec sa sœur... une enfant de trois ou quatre ans !... Sa nu''rejette malettre sur la table... sans l'ouvrir! Je vais m'élancer... mais on m'entraine dans une chambre voisine pour me présenter à je ne sais quelle cousine de province, qui me voulait jiarler en particulier et qui avait fait deux cents lieues pour me dire la phrase sacramentelle : «Monsieur, rendez-la heureuse!... » Au iiout d'une demi-heure je rentre enfin... je regarde... malettre n'y était plus... j'examinai les figures... rien! On me garda à

* lUcliardin, le comte.

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