‹ Le train de minuit; comédie en deux actesChapitre 2 sur 65 · SCENE PREMIERE JACQUES, HENRIETTE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE JACQUES, HENRIETTE

Chacun .a une extrémité de la scène; Jacques, tenant sur son bras un habit d'homme; Henriette, tenant une robe de femme.

.lACQUES.

Henriette.

HENRIETTE

Ne bouge pas au moins...

JACQUES

Tu n'es pas aimable, Henriette...

HEMUETTE.

Pas aimable... [lourquoi?... Est-ce que je t'empêche de me par-

Icr? E.sl-ce que je ne te permets pas de me dire que tu me trouves jolie et que tu m'aimes tant que tu en es bête?...

JACQUES

Cette permission pouvait suffire, il y a six semaines, mais il me semble que maintenant que nous sommes mariés... ce que tu me permets de te dire de loin, tu devrais me permettre de te le dire... de près !

HENIUETTE.

Pour que l'on nous surprenne, et que l'on nous mette à la porte !...

JACQUES

Cela serait fâcheux sans doute... mais il est plus fâcheux encore d'être obligés, quand on s'adore, défaire semblant de s'exécrer.

HENRIETTE

Est-ce ma faute à moi? Pouvions-nous supposer que, chez des maîtres mariés depuis huit jours, l'amour serait aussi mal vu qu'il l'est dans cette maison ? On ne nous garde ici qu'à cause de cette aversion que nous sommes censés avoir l'un pour l'autre. Le jour où madame se douterait que cette aversion est une comédie et qu'au fond nous ne nous détestons pas du tout...

JACQUES

Pas du tout!...

HENRIETTE

Notre compte serait bientôt fait, tandis que pour obtenir d'elle de bonnes paroles et des cadeaux, il me suffit de lui dire un peu de mal de toi...

JACQUES

Et tu lui en dis?...

HENRIETTE

Énormément, dans l'intérêt de notre ménage.

J'entends... et dans un certain sens je ne saurais te blâmer; mais, c'est égal, il est bien triste...

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