ACTE TROISIEME
En ce cas, je ne vois pas...
LOUIS
Vous vous absorbez dans vos tristes pensées et cela m'eflfraie !
JEANNE
Laissez au temps le soin d'accomplir son œuvre, en effaçant de mon souvenir cet horrible tableau ! (Louis se détache du canapé el descend lenlemenl devant le guéridon ; pendant ce qui suit, il prend un journal et le froisse ; Jeanne continue.) Mon père !... mon pauvre père !... Je le vois encore... pâle, ensanglanté .. tournant sesyeu.x. mourants vers moi et me murmurant à l'oreille quelques mots que je lui jurai de ne répéter qu'à la personne qu'il me désignait.
LOUIS, se retournant.
A moi, peut-être?
JEANNE
Non !
LOUIS, se rapprochant de Jeanne.
Et...' ces mots?
Ces mots, dont je n'ai jamais pu comprendre le sens sont restés gravés dans mon esprit!
LOUIS
Quels sont-ils ?
JEANNE
J'ai fait le serment de ne les dire qu'à...
LOUIS
Achevez ?
JEANNE
Je ne puis !' Ce serait désobéir à celai qui est au ciel!
Elle se lève el passe au numéro \.
LOUIS (2)
Ah! (.V part.) Qu'est-ce donc?
JEANNE
Et vous me reprodiez de m' absorber dans mes tristes pensées? Ah I Pourquoi Dieu nie laisse-t-il vivre après une aussi cruelle épreuve?
LOUIS, s'avançaut.
C'est mal, ce que vous dites là!,.. Dieu, dont vous parlez, ne m"a-t-il pas placé sur votre chemin, pour remplacer auprès de vous celui dont nous pleurons la mort ?
JEANNE
Il m'aimait tant !
Je vous aime aussi, moi !
JE.\NNE, embarrassée, roculaal un pou.
Oui... je... je le sais !
LOUIS
Jeanne... avant que vous ne vinssiez... M. Maillet me parlait de votre... avenir...
Jeaune le regarde iulerrogativemeiil.
LOUIS, conliuuant.
Il me disait que le seul moyen d'appeler l'oubli à votre aide serait de vous unir...
JEANNE, vivement en se rapprochant de lui. A M. Armand de Mériel ?