II... ne... l'est plus
LOUIS
Aussitôt après votre départ de Cherbourg, M. Armand de Mériei a demandé à être embarqué!
JEANNE
Armand!... Parti?... Non! non!... Gela n'est pas possible!
LOUIS
Gela est cependant!
JEjVNNE, avec force en faisant "in pas vers lui. Non !
LOUIS
Mais enfin, s'il vous était démontré, prouvé, que M. de Mériel a quitté la France...
JEANNE
Sans me revoir ?
LOUIS
Sans vous revoir !
Mon Dieu!
LOUIS
Il faudrait bien vous rendre à l'évidence et alors...
Alors, je ne croirais plus à rien en ce monde!... Protestations, serments, je foulerais tout aux pieds!... (Le regardant fixement.) Je me dirais que les hommes sont vils et lâches et je les mépriserais !
LOUIS
Vous auriez tort de ne pas faire d'exceptions! (Tirant une lettre de sa poche et le lui présentant.) Tenez I
JEANNE
Qu'est-ce que cela?
Une lettre qui me vient des bureaux de l'inscription maritime de Cherbourg!... Lisez!
JEANNE, haletante, lisant.
« L'enseigne de vaisseau... Armand de Mériel. . a été embarqué... sur le transport la Loire... parti, hier... pour l'Indo-Ghine! » Ah! (Elle tombe assise à droite du guéridon et sanglote, la tète dans ses- mains.) C'est vrai, mon Dieu!... c'est vrai!
LOUIS, ramassant la lettre qui s'est échappée des mains de Jeanne ; à part, en passant au numéro 1. Cette lettre m'a coûté vingt-cinq louis!... Je ne les regrette pas ! (S'approchant du guéridon, à gauche.) C'était mon devoir de vous ouvrir les yeux.
JEANNE, sanglotant toujours.
Après mon père... lui!
VCTF. TROISIEME 79
LOUI>;: s'asseyant ea face d'elle.
Oubliez!... Cet amour n'était pas si profondément enraciné dans votre cœur, que vous ne puissiez l'en arracher?
JEANNE, au milieu de ses larmes.
Oublier!
LOUIS
Songez qu'il en est d'autres... un autre... qui n'aspire qu'à vous rendre la plus heureuse des femmes !
JEANNE, l'élevant lentement la tête.
Un... autre.., dites- vous ?
LOUIS
Oui!
JEANNE, se levant.
Et qui donc?
LOUIS, timidement, se levant également.
Jeanne...
JEANNE, poussant un cri en reculant vers la droite. Ah!
LOUIS, marchant sur elle, devant le guéridon. Vous avez compris... vous avez deviné... oui, c'est moi !
JEANNE, reculant toujours.
Vous! Vous I
LOUIS- un peu au-dessus de Jeanne.
La sollicitude que je vous témoigne... le culte ardent, profond, passionné, que je professe pour vous... (il fait passer Jeanne au numéro 1, mais en restant au-de.ssus.) le moindre de mes regards, de mes gestes... enfin, tout, tout en moi ne vous dit-il pas que je vous aime?
JEANNE
Vous... le frère de mon père 1
Eh! qu'importe! Ce mariage ne serait pas un sacrilège... puisque la l(~ii l'autorise.
JEANNE, à elle-même, comme frappée d'une idée ', elle est à gauche du guéridou.
Ah!... (Haut, se contraignant.) Vous dites que vous... m'aimez ?
LOUIS, avançant un peu sur elle.
Oh ! oui! oui!
JEANNE
Eh ])ien... prouvez-le moi!
LOUIS
Parlez!... Ordonnez!... que dois-je faire? jycANXE, se détachant du guéridon.
Avant notre... mariage... je signerai... et vous signerez également, comme étant mon tuteur, un acte, par lequel je déclarerai abandonner toute ma fortune aux pauvres !
LOUIS, marchant sur Jeanne.
.Jeanne !
JEANNE
Vous refusez ?
LOUIS
Dans votre intérêt... dans votre propre intérêt, oui !
JEANNE, éclatant en le regardant en face. Ah! je ne me trompais pas!... c'est la fortune de votre frère, sa fortune seule que vous convoitez!
LOUIS
Quoi? Vous supposez?...