‹ Le traité de Berlin, annoté et commentéChapitre 7 sur 46 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

Turquie, conséquence de la guerre victorieuse; son indépendance, application logique de son admission au concert européen; la non-intervention dans son administration intérieure, corollaire de son indépendance : malheureusement cette admirable déduction s'appliquait à une Turquie imaginaire, et n'a servi qu'à favoriser les vices de l'administration turque et le kief de la diplomatie occidentale. A la séance où le Congrès de Paris prononçait l'admission de la Turquie au concert européen, M. Brunnow, deuxième plénipotentiaire russe, soufflait aux oreilles d'AaIi Pacha, son voisin de table, ces mots : « Maintenant que vous en êtes, vous jugerez du charivari. » Le même jour, un publiciste russe télégraphiait à Saint-Pétersbourg : « Les alliés de la Turquie applaudissent au Hatti-Houmaïoun et s'en contentent : victoire! revanche de Sébnstopol, l'Empire ottoman est condamné. »

La diplomatie russe voyait au loin, son recueillement était facile; Aali Pacha craignait d'ouvrir les yeux, et la diplomatie occidentale dormait. Elle ne dormait pas toute; car, à défaut des ambassadeurs, les consuls veillaient; leur vigilance se manifeste à chaque page des rapports déposés au Parlement ; les Consuls anglais veillaient, sonnaient l'alarme sur les

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dangers de cette désaffection générale, de celte désagrégation de l'Empire; mais la haute diplomatie dormait et se remettait à dormir de plus belle après chaque secousse , après Damas comme après Crète; elle dormait encore quand la Sublime Porte décrétait des mois de quarante jours, fondait une nouvelle religion catholique, torturait les protestants et interdisait la vente de la Sainte Bible. A cette période avancée d'incubation de la crise orientale , un sous-secrétaire d'État de la Reine apprenait à la Chambre des Communes, sur la foi d'un rapport de Sir Henri Elliot , que le Uatii-Houmaïoun est en exécution, et que les Chrétiens ont tort de se plaindre'. La diplomatie occidentale adorait son sommeil, et quand uu écrivain lui criait : Caveant consules! Yanghin var! Au feu! elle le traitait d'intrus, pis encore, d'incendiaire. Et quand, tout récemment encore, cet écrivain invoquait à l'appui de ses assertions le témoignage des Blue- Books et celui des consuls de la Reine, un ambassadeur de Sa Majesté Britannique le stupéfiait avec cette réplique : « Les Consuls ne savent pas ce qu'ils disent. » La diplomatie occidentale dormait, et elle prétendait endormir à son instar les insurgés de Bosnie

' Lord Enfield, séance du 5 août 1872.

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