‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 43 sur 98 · IM · texte numérisé non relu

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dent fit du bruit. Le nonce protesta auprès du cardinal de Lorraine et un ordre du roi défendit à Throckmorton d'assister à la messe des morts du lendemain^.

La mort de François II (5 décembre \ 560) bouleversa de fond en comble le gouvernement du royaume. Le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, tout-puissants sous le feu roi, fiirent disgraciés et peu après renvoyés de la cour. Le roi de Navarre, traité la veille en accusé, devint lieutenant général du royaume. Le parti réformé exaltait la justice divine : Dépolit patentes de sede et exaltavit humiles. L'heure du triomphe d'Elisabeth semblait se rapprocher. Vers le 15 décembre, Throckmorton rendit visite au prince et fut invité à souper pour le 23, avec le cardinal de Bourbon, les ducs de Ne vers et de Bouillon, le comte d'Eu et l'amiral de Ck>ligny. À l'issue du repas, Antoine prit l'ambassadeur en particulier et lui annonça son projet de repousser au nom du roi le concile de Trente. Il se portait garant de l'approbation de Catherine de Médicis, qui avait commencé, dit-il, c à prendre goût à la vraie religion. » Throckmorton loua la nouvelle politique, mais il insinua au prince que sa maîtresse lui demanderait de plus

1. Sommaire de chancellerie de l'ambassade d'E^[>agDe, oct. 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 104). — Autre sommaire de chancellerie sans date (Ibid., n* 109).

grands services. La réserve aurait eu besoin d'explications. Elisabeth, aussitôt informée de ces dispositions, adressa une lettre de félicitations à son ancien allié, puis à Jeanne d'Àlbret, qui était restée en Béarn, et accrédita auprès du roi de Navarre un gentilhomme anglais, Nicolas Fremyn, comme l'intermédiaire de Throckmorton*.

L'étiquette obligeait la reine d'Angleterre à envoyer ses condoléances au nouveau roi par un personnage c de grande marque. » Elle choisit le comte de Bedford et le chargea surtout de recevoir les engagements officiels du lieutenant général. Bedford attendit à Londres le départ de don Juan Manrique de Lara^, ambassadeur de PhiUppe II, afin d'être plus libre à la cour de France*. Il arriva enfin le 15 février 1 561 à Paris et fut reçu avec des honneurs extraordinaires. Antoine le fit loger dans l'hôtel de la Rochepot, qui n'avait encore été prêté qu'au duc d'Albe en l'honneur du mariage par

1. Calendars^ 1560-61, p. 467 à 519; lettres de Throckmorton de décembre 1559 et de janvier 1560.

2. L'instroction de Philippe II à don Jaan Manrique de Lara, en date da 4 janvier 1561, est conservée en original anx Archives nationales (K. 1495, n" 14). Elle est accompagnée d'une lettre de Philippe II à Catherine de Médicis (Minute orig. couverte de ratures; ibid., n* 11).

3. Calendarsy 1560, p. 500 et 514. Throckmorton avait luimême conseillé à Bedford de retarder son arrivée en France jusqu'après le départ de l'ambassadeur d'Espagne.

procuration d'Elisabeth de Valois^. Le 16, Bedford se rendit à la cour et fut reçu à souper par le roi de Navarre. La première entrevue se passa en compliments réciproques. Le 18, Bedford et Throckmorton engagèrent les affaires sérieuses. L'ambassadeur avait mission de pousser la cour de France du côté de la réforme. Il recommanda le prince de Gondé, Goligny, et conseilla la liberté religieuse. Ce n'était qu'un prélude. Antoine accordait tout. Bedford aborda enfin un sujet qui le touchait davantage. U parla du penchant de la reine d'Angleterre pour le roi de Navarre, de l'utilité de son alliance, de l'appui qu'elle était prêté à lui prodiguer contre les ambitieux qui lui disputaient son rang et lui demanda, en c récompense de ses bons offices, » l'abandon de la dernière conquête du duc de Guise, la restitution de Galais. À ce mot, Antoine garda le silence. Throckmorton prit alors la parole et fit appel à l'intérêt personnel du prince ; il lui rappela que son pouvoir était menacé par le roi d'Espagne et les Lorrains et lui prédit qu'il succomberait sans honneur sous les coups de la coalition catholique. Le retour des Guises à la cour était le cauchemar du lieutenant général, mais il ne se laissa pas ébranler. Sa protection aux réformés, sa faveur aux Ghastillons, la

1. Calendars, 1560, p. 489, 514, 565. Lettres de Throckmorton et de John Somers.

liberté des prêches, il promit tout, tout excepté Calais. Les deux Anglais se retirèrent convaincus que les événements Tûbligeraient à capituler un jour * .

L'ambassadeur d'Angleterre passa l'année 1561 à préparer la guerre civile. Le finoid accueil du roi de Navarre à la revendication de Calais avait suspendu le^ négociations. Elisabeth € n'en prenoit cure, > car elle voyait venir le jour où elle serait en mesure non plus d'offinr mais d'imposer ses conditions. La formation du triumvirat, union factice des trois principaux athlètes du parti catholique^, le colloque de Poissy^, le massacre de Vassy*, qui donna le signal de la guerre, furent considérés par elle comme des étapes qui la rapprochaient de son but. Le 31 mars 156SI, Elisabeth fixe les grandes Ugnes de sa politique dans une lettre à Nicolas Throckmorton. c Nous avons prié l'ambassadeur de France ici de faire connaître à la reine mère et au prince de Condé quelle estime nous faisons de leur constance, et com-

1. Calendarsy 1561, p. 555, 565 et 620. Lettres des 20, 26 fé- ▼rier et 12 mars 1561.

2. 6 ayril 1561. Sur le triaiDTirat, voyez Antoine de Bourbon ei Jeanne dPAlbrety t. ni, p. 73.

3. Colloque de Poissy, sept, et oct. 1561. — Nons publions àxoAXe&Mémoireide la Société de l'histoire de Paris (ann. 1889) nn mémoire et ane chronique inédite sur le colloque.

4. Massacre de Vassy, l" mars 1562. — Voir le récit d'ilnioine de Bourbon et de Jeanne iPÀlbrety t. IV, p. 109.

bien nous croyons qu'il est dangereux pour le roi de Navarre de se séparer d'eux et de s'unir avec ceux qui ont cherché sa ruine et ne peuvent

trouver de profit que dans son abaissement

Nous l'avons aussi prié, en notre nom, d'affermir et d'encourager la reine mère, la reine de Navarre et le prince de Gondé à montrer leur sagesse et leur constance et à ne pas donner à leurs adversaires puissance ou courage par leur faiblesse. Et à cette fin nous voulons les assurer, ainsi que l'amiral, de notre intention de les soutenir constamment affin de les affermir dans

leurs bonnes intentions^ »

Lorsque cette lettre arriva à son adresse, le prince de Gondé avait entamé la campagne par un brillant exploit. Dans la nuit du 1^"* avril 156SI, presque sans coup férir, un de ses lieutenants, François de Goligny, s. d'Ândelot, frère de l'amiral, avait surpris la ville d'Orléans. Les chefs de l'armée protestante s'y rendirent en toute hâte. On fortifia la ville, qui devint le boulevard de la réforme. Les capitaines, les gens d'armes, les gens de pied, mécontents et sans emploi, affluèrent sous la cornette blanche. Beaucoup de villes, du nord au midi, entrèrent en révolte. La guerre prit un développement qui menaçait l'autorité royale.

1. Calendars, 1562, p. 590. Cette lettre a été tradoite et publiée par le duc d'Aumale {HisL des Condé, U I, p. 351) el ailleiirs.

Dix jours après la prise d'Orléans, Goligny envoya à la reine d'Angleterre* le s. de Sechelles, gentilhomme c d'une grande maison de Picardie, qui a souffert persécution pour son zèle pour la religion, et dont la reine de Navarre, le prince de Gondé, l'amiral et d'autres, qui favorisent la religion, font grand cas^. » Le 1 7 avril, Nicolas Throckmorton conseille à lord Cecil de se hâter, c Je sais assurément, dit-il, que le roi d'Espagne tient l'œil ouvert et manœuvre pour mettre le pied dans Calais. Il faut de notre côté pratiqu* et flatter nos amis les protestants de ce pays. » Dans le cas où le parti catholique appellerait le roi d'Espagne, c il faudrait que les protestants, soit pour leur propre sûreté et défense, soit par dépit et désir de vengeance, ou par bon vouloir et affection pour S. M. la reine et sa religion, pussent être poussés et amenés à mettre S. M. la reine en possession de Calais, Dieppe ou le Havre, des trois places ensemble si on peut, ou au moins d'une des trois, n'importe laquelle, pourvu que nous l'ayons^. >

A la fin d'avril, Catherine envoya à Londres

1. Gaspard de Colignyy par le eomte Delaborde, t. U, p. 78. La lettre de Goligoy est datée du 11 ayril 1562.

2. Calendars, 1562, p. 619. Lettre de Throckmorton à la reine Elisabeth, da 24 ayril.

3. Lettre de Throckmorton à lord Cecil, du 17 ayril 1562, tradoite dans VHUi. des Condé, du duc d'Aumale, 1. 1, p. 354.

un ambassadeur extraordinaire, le comte de l

Bussy^, afin de prévenir l'intervention redou- |

tée. La mission n'eut pas de succès. Bussy fîit i

leurré de protestations de pure forme et n'obtint aucun engagement formel. Elisabeth saisit l'occasion de répondre et envoya en France sir Henri Sidney , rival de Tbrockmorton et membre |

de son conseil. Sidney était chargé de proposer à la reine mère, dont les dispositions indécises restaient un problème à l'étranger, l'alliance de \

l'Angleterre contre le roi d'Espagne et les catho- |

liques^, ou au moins la médiation dena reine l

Elisabeth entre les deux partis religieux^. Il *

arriva à Paris le 3 mai et fut mal reçu à la porte |

Saint-Marceau. Les bourgeois de garde l'arrè- j

tèrent et l'emprisonnèrent si étroitement que i

Tbrockmorton, dont le logis n'était pas éloigné, ne fut pas informé de sa détresse. Enfin un de ses serviteurs s'échappa. Tbrockmorton adressa aussitôt des remontrances à la reine c contre i

la furieuse et maligne insolence de ce peuple, » et le roi de Navarre commanda au maréchal de Montmorency de faire délivrer le prisonnier.

Dans l'intervalle, l'ambassadeur de Portugal, traversant la porte Saint -Marceau, avait été

1. Oalendars, 1562, p. 617. Lettre de Throckroorton da 21 ayril.

2. Lettre de Chantonay aa roi d'Espagne, da 11 mai 1562 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1497, n* 30).

3. Lettre de la reine Éliftabeth à Condé, du 10 mal 1562 (Duc d'Aumaie, Hi$t. des Condé, 1. 1, p. 372).

témoin des mauvais traitements infligés à Sidney et avait obtenu sa mise en liberté. Le maréchal de Montmorency les rencontra tous deux sur le chemin du logis de Throckmorton et n'eut qu'à réprimer le zèle des bourgeois*.

Antoine de Bourbon n'était plus cet ambitieux hésitant qu'on a vu au cours de ce chapitre toujours prêt à voler à l'aide de la réforme sans oser faire un pas, et qui ne se dédommageait de sa faiblesse contre les Guises que par de sourdes intrigues ^ussi mal combinées que faiblement conduites. Véritable prototype de l'honmie c ondoyant et divers » dont parle Montaigne, il avait profité de sa dignité de lieutenant général du royaume pour prendre la tète du parti catholique et était devenu le plus obéissant serviteur du roi d'Espagne après avoir été son adversaire le plus résolu. Il avait oublié ses promesses à la reine d'Angleterre et, dès la première audience qu'il donna à Sidney, il le traita en suspect. Il lui conseilla de retourner en Angleterre et le pressa d'avancer le jour de son embarquement t par ailleurs que le Havre, dit-il, non par méfiance, mais par crainte que, en ce tumulte, il luy arrivât quelque incon-

1. Dac d^Aumale, Histoire des Condé, t. I, Pièces jastificaliyes, lettre de Throckroortoii du 8 mai. — Autres lettres de même date de ThrocJimortoii dans les Calendars.

vénient à iuy ou aux siens^. » Sidney âait porteur d'une lettre d'Elisabeth au prince de Gondé'. Il demanda un passeport pour un de ses secrétaires. Antoine le lui refusa durement, c affin de n'acooustumer les ambassadeurs à se mesler de nos afiGodres plus que de raison et aussi que je crains et ay grandement suspecte, dit-41 dans une lettre à la reine, sa négociation pour cent mille raisons^. »

Sidney repartit le 1 8 mai. Éconduit par le roi de Navarre, il avait édiangé ses vues avec la reine et obtenu des doléances et de vagues démonstrations, qu'il considérait conune des jalons d'attente. Après son départ, Throckmorton reprit la direction des pourparlers.

Froissé par les prétentions de supériorité de son collègue, il avait fait taire ses préférences devant lui. De grandes divergences de vue séparaient les deux diplomates anglais.

Ils poursuivaient le même but, la guerre aux catholiques, au parti des Guises et de Marie Stuart, mais ils préconisaient des moyens difiTérents. Sidney traitait la reine en alliée, Throck-

1. Lettres da roi de Naytrre à la reine (F. fr., Tol. 15876, f. 58 ; minate datée da mois de mai).

2. Cette lettre est publiée par le dac d'Aumale {Histoire des Condé, U I, p. 372).

3. Lettre da roi de Navarre à la reine (F. fr., toL 15876, f. 60; minate datée de mai 1562).

morton en ennemie. Le premier voulait associer l'Angleterre à la reine mère contre les catholiques, le second aux réformés contre la reine mère. Sidneyse flattait d'entraîner Catherine dans les rangs du parti réformé et de l'y retenir ; Throckmorton concentrait tous ses efforts sur deux points, l'alliance des huguenots et l'abandon d'une ville du littoral aux armées anglaises comme le fruit de cette alliance. Pour réussir, il faisait sonner bien haut la première partie de ses desseins et cachait soigneusement la seconde, excepté à lord Gecil. Il savait que le parti réformé, dans toute l'effervescence de ses premières illusions, se serait révolté contre une proposition de trahison, mais il comptait sur la nécessité, sur la défaite, sur la passion de la vengeance et voulait vendre, non pas donner, l'appui de l'Angleterre. < Cette question, dit-il à Gecil, ne doit être touchée ni directement ni indirectement avec aucun d'eux (les chefs de la réforme) ou de leurs ministres, quel que soit celui qui viendra traiter avec vous, parce que l'occasion s'en présentera plus naturellement et convenablement d'elle-même lorsqu'ils nous demanderont assistance, soit d'argent, soit d'appui » Et il ajoute, à l'adresse de Catherine de Médicis, un mot sévère, par lequel il prétend stigmatiser la politique favorite de Henri Sidney : < Les protestants sont des gens

vrais et fidèles et les papistes des gens doubles et rusés^ >

Le jour même du départ de Siduey, le 1 8 mai, Throckmorton impose sa politique à lord Gecil : c Maligny est au Havre. Si cette ville tombe eu notre pouvoir, les Français rendront Calais pour avoir le Havre. » Les réformés avaient proposé des bons de garantie à échéance de deux ans en paiement d'un secours en honmies et en argent', c Au lieu de bons de garantie, c'est le Havre qu'il nous faut^. » Deux mois après, le 1 SI juillet, il écrit encore : < Si la reine, notre maîtresse, veut secourir d'argent le prince de Gondé, la meilleure garantie de la dette sera le Havre*. >

Ces conseils furent écoutés. Catherine de Médicis avait passé les mois d'avril, de mai et de juin à négocier avec les chefs du parti réformé campés à Orléans. Elle leur demandait de déposer les armes. Ceux-ci exigeaient des gages et élevaient leurs exigences en même temps que s'élevaient leurs forces. Les deux partis prétendaient défendre l'autorité royale :

1. Lettre de Throckmorton à lord Cecil , du 17 avril (Duc d'Aumale, Histoire des Condë, t. I, Pièces justilicatires, p. 355).

2. Lettre de Paul de Foix à la reine, en date du 26 août 1562 (Orig^ f. fr., vol. 6612, f. 137).

3. La Perrière, la Normandie à Vétranger, p. 8 et 9. Fragments de lettres de Tlirockmorton.

4. La Perrière, le XVP siècle et les Valois, p. 72. Citations de lettres de Throckmorton.

les catholiques, au nom du roi, présent dans les rangs de Farinée; les réformés, au nom du roi, qu'ils disaient captif de leurs ennemis. Le 1^ juillet, après de longs pourparlers, chaque jour abandonnés et renoués, Gondé sort d'Orléans à la tète d'une armée, prend et pille Beaugency. Le 4, le roi de Navarre et l'armée catholique s'emparent de Blois, le 1 1 , de Tours, et, vers le milieu d'août, marchent sur Bourges sous le commandement nominal de Charles IX.

Le parti huguenot était en pleine déroute. Il avait trop présumé de ses forces en essayant de tenir tète au roi. Formé de soldats que la discipline militaire ne maintenait pas dans le rang, il s'affaiblissait à mesure que les revers décourageaient ses partisans. C'était le moment que Throckmorton attendait depuis le conunencement de la guerre. À la nouvelle des premiers désastres, il promit au nom de la reine d'Angleterre tous les secours que les vaincus lui demandèrent, moyennant un traité et des gages.

Vers le milieu d'août, Jean de Ferrières-Maligny, vidame de Chartres, Robert de la Haye, conseiller au parlement de Paris, un des anciens agents du prince de Condé, et quelques habitants de Dieppe passèrent en Angleterre et se rendirent à Greenwich auprès de la reine. « Ils s'y tiennent cachés, » écrit Paul de Foix, ambas-

sadeur de France à Londres, c de sorte qu'ils ne se sont jamais laissé voir en public, et vont trouver ladite dame par galleries et lieux couverts afin de n'estre recogneus ni veus de per^ sonne^. »

Les mardiés de Throckmorton avec les réformés avaient été menés avec tant de discrétion que la cour de France en ignorait le prix. Dès les premiers pourparlers, Paul de Foix écrit à Catherine qu'il doute des secours promis par Elisabeth aux rebelles d'Orléans. A la fin de juillet, Antoine conseille à la régente de France de faire < patte douce » à l'intervention anglaise sans soupçonner l'importance des gages que Elisabeth exige ^.

Catherine de Médicis envoya en Angleterre François de Scepeaux, seigneur de VieilleviJle, maréchal de France, afin de compléter ses propres informations. Vieilleville arriva à Londres le 5 août^ et fut reçu le lendemain dans la chambre de la reine. Elisabeth le chargea de reprocher à la reine mère l'échec de la mission pacificatrice de Sidney. Elle dit t qu'on n'avoit eu aucun esgard en France à ses bonnes inten-

1. Lettre de Paul de Foix du 26 août 1562 (Orig., f. fr., Tol. 6612, f. 54).

2. Lettres d'Antoine de Bourbon et de Jehanne d^Albret, publiées par M. le marquis de Rochambeau, p. 257.

3. La missiou de VieilleTille est racontée avec détails dans les Mémotret de Carloix, lir. Vin, chap. xxxi.

tioDS, et qu'elle estoit restée en telle indignation et de ce refus et des cruautés et meurtres qui se commettoient en France qu'elle avoit plustost besoin de purgation, pour vuider sa colère, que de la veue du sieur de VieilleviUe*. >

Le maréchal revint sans avoir pénétré les menées anglaises en Normandie'. Le 21 août, Paul de Foix écrit à Paris que la reine d'Angleterre a promis au vidame de Chartres des vivres, des munitions, de l'argent, la permission de lever des volontaires, mais qu'elle refuse d'envoyer des gens de guerre en son nom pour ne pas rompre la paix avec la France^.

Le S6 août, il n'est pas encore informé qu'elle exige une ville du littoral de la Manche et croit qu'elle se contente de c l'honneur de servir Dieu*. >

Ghantonay, dont la perspicacité est rarement en défaut, estime que la reine d'Angleterre € crye plus haut qu'elle n'a envie de mordre*^. >

1. Note sur la mission de VieiUeviUe conservée au Record Office et publiée par le comte de la Perrière {le XVP siècle et les Valois, p. 73).

2. Lettre de Ghantonay an roi de Nayarre, da 27 août 1562 (Copie do temps; Arch. nat, K. 1498, n* 28).

3. Lettre de Paul de Poix à la reine, du 21 août 1562 (Mémoires de Condéy t. m, p. 607).

4. Lettre de Panl de Poix à la reine, du 26 août 1562 (Orig., f. fr., Yol. 6612, f. J37).

5. Lettre de Ghantonay an roi de NaTarre, du 27 août 1562 (Copie du temps ; Arch. nat., K. 1498, n* 28).

Le roi d'Espagne n'en sait pas davantage. Le 1 ^' septembre, il assure à Sébastien de TAubes- 1

pine que la reine Elisabeth, c sans se désister |

de son entreprise en France, parolt s'estre fort refinoidie*. >

À cette date, les bases du néfaste traité de Hamptoncourt avaient été acceptées par le J

vidame de Chartres. Le parti réformé livrait à j

r Angleterre les villes du Havre et de Dieppe < en récompense » d'un secours en honunes et en argent. La nouvelle arriva à la cour, sous les I

murs de Bourges, au lendemain de la prise de {

la ville. Aussitôt le roi de Navarre réunit un ]

conseil. Il voulait continuer la guerre par le \

siège d'Orléans et fit valoir l'avantage de frap- I

per les rebelles, déjà démoralisés, au cœur de |

leur plus redoutable forteresse ; mais la majorité décida que l'armée devait marcher sur Rouen pour arrêter l'invasion anglaise^. Bientôt les conditions du traité s'ébruitèrent. A Paris, le peuple poursuivait de ses huées l'ambassadeur d'Angleterre'. Throckmorton s'en plaignit à la reine mère et demanda à se retirer à Londres, alléguant qu'il ne pouvait c voir les

1. Lettre originale de Sébastien de l'Aubespine, du l*' septembre, datée de Madrid (F. fir., vol. 15877, f. 5).

2. Mémoires de Claude Baion, t I, p. 285. — Mémoires de La Noue, chap. yn.

3. Duc d'Aumale, Histoire des CoKdé, t. I, p. 376 ; lettre de Throckmorton du 23 juillet 1562.

grandes cruautés du peuple de Paris. > Catherine lui répondit froidement que, puisqu'il sollicitait son congé, elle rappellerait Tambassadeur de France^. Throckmorton renonça à l'intimider et se réfugia seulement à Orléans '.

La question d'argent retarda jusqu'au 20 septembre la signature du traité de Hamptoncourt'. Le lendemain, la reine d'Angleterre, sans donner aux réformés le temps de se raviser, envoya à Adrien Poynings, capitaine de Portsmouth, l'ordre de faire passer la Manche à l'armée anglaise^. Le 7 octobre, Beauvoir La Nocle, lieutenant du prince de Gondé au Havre, eut l'impudence d'informer la reine mère de l'arrivée de 4,000 Anglais au Havre et de 4,000 à Dieppe c pour la gloire de Dieu et la délivrance de la minorité du roi^. > La nouvelle était destinée à effirayer Catherine de Médicis. Heureusement, elle fut corrigée le lendemain par la lettre d'un capitaine de Harfleur qui assurait que l'armée anglaise comptait à peine 400 hommes^. Les

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