‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 59 sur 98 · Ces mots, en ee pays, désignent les Pays-Bas · texte numérisé non relu

Ces mots, en ee pays, désignent les Pays-Bas

perdist point ceste opinion, ce qui lui donna occasion de m'en discourir assés suffisamment pour entendre le fond du project des Inquisiteurs*. >

Ce témoignage serait formel s'il pouvait être accepté sans restriction, mais Y Apologie du prince d' Orange ^ d'où il est tiré, mérite peu de crédit. V Apologie est un ouvrage de pure polémique, lancé au plus fort de la lutte entre Philippe II et les Pays-Bas ; elle est pleine d'assertions fausses, comme le meurtre de la reine d'Espagne et celui de don Carlos. L'auteur^ s'inquiétait plus de frapper fort que de frapper juste. Toutes les armes étaient bonnes contre l'ennemi. Philippe II, qui, en ce moment même, mettait à prix la tète de Guillaume d'Orange, avait bien mérité cette injustice.

Les historiens, protestants et catholiques, qui ont soutenu l'existence de ce pacte odieux, ont été guidés par Guillaume le Taciturne^. La plupart s'en sont prévalus pour rajeunir des lieux conmiuns sur l'intolérance des rois catho-

1. Apologie du prince d^ Orange publiée en 1581 (Édit de 1858, p. 88).

2. Il est douteux que Gnillaume d*0range soit l'auteur de son Apologie. Beaucoup d'historiens en attribuent la rédaction à Pierre Loiseleur, dît de Villiers.

3. Nous citerons particulièrement Pontus Payen, auteur catholique impartial, dont les mémoires ont été publiés dans la collection de Mémoire* de la Société de l'Hisi, de Belgique, Voyez t. I, p. 7.

liques du x\i^ siècle. Assez d'autres faits chargent la mémoire de Henri II et de Philippe II pour leur épargner des accusations imméritées. Sans nul doute, les affirmations du prince d'Orange, bien qu'un peu entachées de parti pris, présentent de l'autorité; mais elles sont combattues et victorieusement réfutées selon nous par le silence de PhiUppe II. La correspondance de ce prince et de son ambassadeur en France, conservée presque sans lacune aux Archives nationales, ne contient aucune allusion à l'accord, signé ou tacite, des deux gouvernements sur la politique à suivre vis-à-vis de la réforme. Ghantonay et ses successeurs relèvent même, à chaque acte du roi de France, la divergence de vues des deux rois. Us opposent ironiquement la faiblesse et la tolérance de François II, de Charles IX, de Henri lU à la fermeté de Philippe U. Dans cette masse immense de dépêches, qui se succèdent pendant plus de trente ans à l'occasion de la guerre civile, le roi de France ne parle qu'une fois de l'union des deux royaumes, en matière religieuse, et il n'en parle que pour refuser de lier sa politique à celle de son puissant voisin. Le 26 juin 1559, le duc d'Albe écrit à Philippe II : c Le connétable vint me parler et m'a dit que le roi lui avait commandé de me dire que je lui avais offert, de la part de Y. M., toute

l'assistaDce qu'il voudrait pour la réforme et le ch&timent de ceux de la religion dans son royaume, où il voyait de jour en jour augmenter le mal, qu'il prisait ce qui lui était dit de

encore y en 156SI, aux premiers troubles, les troupes espagnoles franchirent la frontière à la demande du roi de France ^ . Mais ces faits sont absolument indépendants des stipulations de Gateau-Gambrésis. L'alliance fut déterminée par les événements, circonscrite à la guerre civile, close à la paix d'Amboise et ne prouve en rien que les deux rois, dès 1 559, aient enchaîné leur liberté d'action vis-à-vis des réformés.

Après la signature du traité, le choix de l'ambassadeur espagnol auprès de la cour de France Ait l'objet de pourparlers. Au mois de mai 1559, Granvelle sonda la cour de France sur la nomination de Perrenot de Ghantonay, l'alné de ses frères^; le 30, Philippe II, par une lettre autographe à la reine, confirma ce choix^. Dans les premiers jours d'août, le duc d'Albe présenta lui-même le nouvel ambassadeur à la cour de France. Ghantonay a laissé une correspondance très étendue. On y trouve de nombreuses révélations sur les intrigues du règne de François II et des quatre premières

tembre 1560 (Arch. nat., K. 1493, n* 90). — Lettre de Catherine de Médicis à Philippe II, s. d. {Lettrei de Catherine de MédieU, t. I, p. 149). — Lettre de Chantonay à Philippe II, da 7 octobre 1560 (Orig. espagnol; Arch. nat, K. 1493, n* 100).

1. Nous aTons raconté ces foits dans Antoine de Bourbon et Jeanne d*Alàret, t IV, passim.

2. Lettre autographe de Honrillers an connétable, en date du 13 mai 1559 (F. fr., toI. 6617, f. 42).

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