Négociations sotu François II, p
C'était là cepeodaat que liiilippe II entassait les prisoDoiers dont il voulait tirer vengeance. L'uD d'eux, Dommé Buade, arrêté à Cadix au retour d'une expédition en Afrique, se plaint, dans une lettre à l'ambassadeur, d'être traité en criminel d'État, chaîné de fers et maintenu c k la renverse » depuis quarante-cinq jours^. Un autre capitaine, gentilhomme au service du roi de Navarre, nommé Boiteau, neveu du baron de Clerc, avait été emprisonné comme corsaire à Saint-Jacques en Galice. Non seulement les Espagnols l'accablaient de violences, mais ils supprimaient ses lettres à son maître. Enfin
trésorier espagnol ^ nommé François Divarre, conduit au château de TÂquila, à Naples, puis à Gènes, puis à Milan, souvent battu et mis à la chaîne des galériens. Â Milan, Divarre signifia à La Roche-Posay qu'il aurait à payer une rançon de 15,000 écus. Eu vain le prisonnier objecta que cette sonmie était supérieure à son avoir. Divarre jeta son captif au cadiot et Ty tint plusieurs jours sans manger. Heureusement arriva une lettre du duc d'Albe qui améliora le sort du prisonnier^. Divarre lui permit de se nourrir à ses frais, mais ne voulut rien rabattre du chiffre de sa rançon^. Après le traité de Gateau-Cambrésis, le connétable de Montmorency recommanda La Roche-Posay au roi d'Espagne^. Divarre arguait de ses droits et se montrait intraitable. Pendant les pourparlers, La Roche-Posay s'évada du château de Milan, et, aidé par une dame italienne qui l'aimait, emprunta des chevaux de poste et s'enfuit en France. Divarre furieux mit les gardiens en prison et livra l'un d'eux à la torture. Le pri-
1. Après la prise de Calais, le 15 féTrier 1557 (1558), le père de La Roche-Posay avait écrit au duc de Guise pour le supplier d'intercéder auprès des Espagnols en faveur de son fils (Orig., f. fr. , vol. 20537, f . 86).
2. Requête de La Roche-Posay à l'ambassadeur d'Espagne (Orig. sans date; Arch. nat, K. 1492, n* 17).
3. Lettre du connélable à Philippe II, du 3 juillet 1559 (Orig.; Arch. nat, K. 1492, n* 45).
sonnier avait déjà passé la frontière et adressa au roi d'Espagne un mémoire justificatif en faveur de ses prétendus complices^.
Les Français furent plus généreux que les Espagnols. Le duc de Sessa, amiral d'Espagne, réclama officiellement aux capitaines des galères de Marseille les sujets du roi d'Espagne^ et Alonzo de Vargas fut dépéché en France. Var^ gas trouva à Marseille un grand nombre de captifs que les officiers du roi refusèrent de lui livrer sans ordre ^. Il porta plainte au duc d'Albe, le duc d'Âlbe à Ghantonay, Ghantonay au duc de Guise. Le grand prieur de France offrit de rendre tous les prisonniers à la condition que Philippe II userait de réciprocité vis-àvis des Français^. La proposition fut repoussée comme trop générale. A la suite de nouveaux accords, les galériens furent divisés en trois classes : les soldats pris les armes à la main, les passagers maritimes ou les habitants des côtes enlevés par voie de représailles, les condamnés par autorité de justice. La liberté était accordée aux deux premières classes, toujours
1. Ce mémoire est imprimé dans les Négociations sotu Fran^ fois //, p. 255.
2. Lettre originale de Sébastien de FAubespine an connétable (F. fr., Tol. 6614, f. 30).
3. Lettre de Vargas an dac d'Albe, da 3 août 1559 (Arcb. nat., K. 1492, n* 64).
4. Lettre de Chantonay à Margaerite de Parme, du 24 août 1559 (Recueil de copies eonserré aux arcbives de Bruxelles).
à chaîne de revanche, mais refusée à la troisième parce qu'elle contenait de nombreux espions^ • Ainsi réduite, la convention Ait inunédiatement exécutée à Marseille. On dressa un état de tous les Espagnols retenus sur les galères du roi; ils étaient au nombre de 975, répartis sur 35 navires^, et furent libérés sans rançon au mois d'octobre 1559. Mais les commissaires français attendirent en vain rechange. Philippe II préparait une campagne contre les barbares d'Afrique. Sa flotte était prête à prendre la mer. Il craignit de démonter ses vaisseaux et ajourna à la fin de la guerre le renvoi des malheureux Français'.
La délivrance des capitaines espagnols souffrit encore moins de difficultés, car les réclamations des intéressés ont laissé peu de trace ^. Un seul seigneur, Francisco de Luna, gentilhonmie de haut rang, négociateur et homme de guerre, fut retenu longtemps à Paris ^. Une
1. Correspondance de la duchesse de Parme , iû-A, 1. 1, p. 39.
2. L'eut est imprimé dans Négociations sous François II, p. 248.
3. Lettres de Chantonay à Marguerite de Parme, du 1*' décembre 1559 (Registre de copies conservé aux archives de Bruxelles).
4. Les uégociations durèrent plus d'une année (Lettre de Chantonay à Marguerite de Parme, du 11 janvier 1560; registre de copies conservé aux archives de Bruxelles).
5. Lettre de Chantonay k Marguerite de Parme, écrite vers le 21 septembre 1559; et du même au cardinal Granvelle, du 11 janvier 1560 (Registre de copies conservé aux archives de Bruxelles).
troupe de gens de pied, entassés à Péronne, fut remise sans rançon au comte de Meghem^.
Maigre la générosité du roi de France, Ghantonay, dans sa correspondance, se plaint du traitement de ses nationaux. Le s. de Fumel, gentiihonmie périgourdin, est signalé comme un geôlier exigeant et impitoyable^. Le conseil du roi jugeait en dernier ressort les demandes des capitaines français et les offires des captifs étrangers. Bien qu'il y apportât de l'impartialité, ses arrêts soulevaient quelquefois les protestations de rirascible ambassadeur d'Espagne. Un seigneur italien, le major de Lombardie, au service du roi catholique, avait requis le conseil du roi de France de fixer le chiflfre de sa rançon. Le prisonnier était riche de 15,000 écus. Le conseil le taxa à 1,500 écus. Ghantonay, qui poursuivait le succès de cette requête comme une affaire personnelle, se plaignit à la reine mère, insulta les Guises, oncles du roi, et exigea la revision de l'arrêt. L'arrêt fut maintenu et lui fut apporté avec une lettre du roi. c II print cette ordonnance signée de moy, écrit François II, à luy portée de par moy et la royne ma mère , et la gecta contre terre disant que c'es-
1. Lettre de CliaDtonay à Marguerite de Parme, da 19 septembre 1559 (Registre de copies conserve aux archives de Bruxelles).
2. Il était sans doate parent du prisonnier du même nom que nous avons signalé plus haut.
toit le plus mesdiant et le plus malheureux jugement qu'il estoit possible et que c'estoit une injustice de MM. de Guise, avec mille autres paroles insolentes et peu sentantes la dignité du
Heu » Il courut chez la reine, remplissant
les salles du château de Blois du bruit de ses menaces. Catherine le reçut avec hauteur et lui dit € qu'elle estoit asseurée qu'il n'avoit pas chaîne du roy son maistre de parler et se conduire ainsi ; si bien qu'il se retira fort confus^.» Le traité de Gâteau- Cambrésis avait oublié Metz, Toul et Verdun, mais les négociateurs de France et d'Espagne avaient longuement discuté le sort de ces trois villes. Au conmiencement de la guerre, elles avaient la qualité de villes libres et ne reconnaissaient d'autre souverain que l'empereur d'Allemagne. £n 1552, Henri II s'en empara et Gharles-Quint, en 1553, essaya vainement de les reprendre.
Pendant les conférences, Philippe II réclama les trois villes au nom de l'empire. Les ambassadeurs du roi de France déclinèrent le débat sous raison que le droit de revendication n'ap- 'partenait qu'à la Diète. Alors commença une négociation interminable où la France, intéressée à gagner du temps, lutta, à coups de représentations diplomatiques, avec l'empereur, qui,
1. Minute d'ane lettre do roi à Sébastien de rAobespine, juin 1560 (F. fr., vol. 15874, f. 53).
menacé par les Turcs sur les bords du Danube, ne pressait point la solution. Au mois de janvier 1560, Ferdinand envoya des ambassadeurs en France*. Le roi les reçut avec de bonnes paroles et les renvoya à la Diète ^. Le renvoi équivalait à un ajournement indéfini.
La Diète, inhabile à prendre une résolution, était encore plus incapable de Texécuter. Si par impossible elle se fût mise en mouvement, U restait au roi la ressource d'acheter les princes dont le vote était à vendre^. Metz, Toul et Verdun étaient donc destinés à rester à la France. Philippe II ne les réclamait que pour Thonneur, afin de ne pas être accusé d'indifférence par ses alliés d'outre-Rhin*.
L'article 10 du traité de Gateau-Gambrésis restituait à la France les villes de Saint-Quentin, du Gatelet, de Ham et de Théroanne, et au roi
1. Le discours des ainbassàdears allemands aa roi, longue et yerbease harangue en latin, est conservé aux Archives nationales (K. 1493, n- 34).
2. Cette mission est racontée dans une lettre de Chantonay à Philippe II, du 2 février 1560 (Arch. nat., K. 1493, n* 38). — Un peu plus tard, à cette même occasion^ l'archevêque de Vienne fut envoyé en ambassade en Allemagne (Lettre de Chantonay à Philippe II, du 31 août au 8 septembre 1560; Arch. nat., K. 1493, n*77).
3. Chantonay expose que telle était la politique du roi de France (Lettre de Chantonay à Philippe II, du 7 octobre 1560 ; Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1493, n* 100).
4. Instruction de Philippe II à don Manrique de Lara, envoyé en France, datée du 4 janvier 1561 (Orig. espagnol; Arch. nat., K. 1495, n- 14).
d'Espagne les villes de Thion ville, de Hariembourg» d*Yvoi (aujourd'hui Garignan), de Damvilliers et de Montmédy. L'échange de ces villes, estimées alors pour leur forte position et surtout pour le souvenir des héroïques combats qui avaient été livrés au pied de leurs murailles, souleva des difficultés qu'il est intéressant d'étudier, parce qu'elles font connaître les mœurs militaires du xvi* siècle.
Les fortifications de Théroanne^ ayant été rasées par les Impériaux durant la dernière guerre, l'article 1 1 du traité stipulait que le roi de France serait autorisé à démolir les murs d'Yvoi. La clause fîit difficile à exécuter. Les capitaines français voulaient forcer les habitants à leur servir de pionniers. Ceux-ci refusaient de travailler à la destruction de leurs défenses et prièrent le duc de Savoie d'intercéder auprès du roi de France*. — Au 20 juin 1 559, Yvoi était
1. La restitution de Thérouanne s'opéra sans opposition, mais en 1566 s'éleva, entre les deax rois de France et d'Espagne, une difficulté sur la dirision de révéché. Les conseillers du roi de France prétendaient que la souveraineté entière de l'évéché appartenait à leur maître, et l'administration ecclésiastique à l'archevêque de Reims. La duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas, soutenait que le diocèse avait été partagé par le pape du consentement des deux rois. La discussion se termina par une transaction. Voyez sur cette affaire les Lettres de Catherine de Médieis, t. II, p. 384, et une importante note diplomatique remise par Fourquevaux à Philippe U (Arch. nat., K. 1505, n? 55).
2. Lettre du comte de Mansfeldt au duc de Savoie, du 14 mai 1559, datée de Louvain (Orig.; Arch. de Bruxelles; Lettres des seigneurs, vol. 21, f. 139).
encore entre les noains du noaréchal de Vieilleville^. Les pourparlers durèrent plusieurs mois. Pendant ce temps la démolition avait continué. Enfin la ville fut rendue trop complètement désarmée au gré des Espagnols, trop peu dans l'intérêt de la France*. Yvoi redevint ce qu'il avait été dans la première moitié du siècle, l'un des boulevards de la puissance espagnole au nord.
La restitution des autres villes ne pouvait donner lieu à aucune discussion de principe, mais l'impopularité du traité, l'amour-propre des gens de guerre suscitaient des protestations ardentes de la part des capitaines qui s'étaient attachés à la défense de la frontière. L'évacuation de Thionville, place forte de la rive gauche de la Moselle, qui rappelait un des plus brillants exploits du duc de Guise, était particulièrement douloureuse aux soldats. Thion ville avait été démuni aussitôt après la publication du traité et les armes, canons et munitions apportés à Metz^. Vers le milieu de juin, Pierre de Mansfeldt, lieutenant du roi d'Espagne, précédé d'un trompette, suivi de c quelque pouvre peuple qu'estoit là venu pensant entrer aud. Thionville, » se pré-
1. Lettre de Mansfeldt dn 20 jain 1559 (Orig.; ibid., f. 168).