Baschet, D^lomaiie vénitienne, p
2. Il y a plusieurs portraits d'Elisabeth au musée de Madrid. Celui qui nous a paru le plus TiTant et probablement le plus ressemblant est celui de Pantoja de la Crux, inscrit sous le u* 925.
3. M. le marquis Duprat attribue à la princesse (Vie éP Elisabeth de Valoii, p. 79) une jolie pièce devers consenrée en manuscrit dans le vol. 883 du f. fr., f. 32. La pièce porte pour titre : La royne à Madame, à quoi une main du temps a ajouté : Jsabel, rojfne d'Espagne. Elle mériterait d'être attribuée à Catherine de Médicis ou à Marie Stuart plutôt qu'à Elisabeth. Mais elle est conservée dans un recueil de vers de Jean de la Maisonneuve. Tout indique donc qu'elle est l'œuvre de ce poète. M. Joly, dans la Vraye histoire de Triboulet (Lyon, 1867, in-8% p. 87), a publié une autre pièce qui nous paraît d'un versificateur de profession plutôt que de la princesse.
savait obéir, qualité qui lui assurait les égards de Philippe H. Le roi d'Espagne n'était pas ce sombre bourreau que les romans dépeignent sous les traits de Barbe Bleue, c A le voir, > écrit une dame de la cour de France, une année après le mariage d'Elisabeth, c on jureroit qu'il n'a pas plus de vingt-cinq ans^ > Il était de taille moyenne, comme son père, et d'apparence délicate. Son front large, ses cheveux blonds, la blancheur de son teint auraient rappelé la bonhomie et la douceur flamandes, si le regard fixe et impératif, l'épaisseur des sourcils n'eût donné de la froideur à ses yeux bleus. Toujours vêtu de noir, sans broderie, sans autre ornement que le collier de la Toison d'or, il imposait le respect par son noble visage et sa dignité naturelle. Loin de justifier le désenchantement d'une épouse, même élevée à la cour raffinée des Valois, les nombreux portraits de ce prince laissent de sa personne une impression sévère mais agréable^.
Jamais prince de la maison d'Autriche n'avait épousé une fille de France, et jamais princesse
1. Rapport transmis par Sébastien de l'Aubespine (F. fr., Tol. 15874, f. 7).
2. Relations des ambassadeurs vénitiens sous Charles^Quint et Philippe IF, publiées par M. Gachard, p. 36, 122, 171 et 182. Nous signalerons aussi le portrait du Titien et celui de Pantoja de la Orux, conservés au musée de Madrid (n** 455 de la galerie de la reine Isabelle et 931 de la grande galerie).
du sang de France n'avait occupé le trône d'Espagne. L'union des deux familles royales, saluée comme un présage de paix entre les deux plus puissants empires de l'Europe, devait être accompagnée d'une grande solennité. Cependant Philippe II ne put se décider à confier sa personne à la bonne foi du roi de France.
Il se souvenait du voyage de Gharles-Quint, en 1 539, à la cour de François P' et ne voulait pas courir les hasards d'une telle imprudence * . Il décida de se faire représenter à la fête nuptiale et d'épouser la princesse par procuration. Son choix hésita entre Frédéric de Tolède, duc d'Albe, et Ruy Gomez de Silva, prince d'Éboli. Le premier était un grand seigneur, aussi illustre par sa naissance que par ses hauts faits; le second, un petit gentilhomme que la faveur du roi avait élevé au premier rang. On fît sentir au roi d'Espagne que les convenances lui imposaient la nomination du premier^.
Le duc d'Albe, escorté du prince d'Orange, du prince d'Egmont^ et des plus hauts seigneurs, flamands et espagnols, de la cour de Philippe II,
1. Noos avons raconté les péripéties de ce voyage dans le Mariage de Jeanne dAlbret, p. 31.
2. Lettre de Sébastien de l'Aobespine, évéqne de Limoges, du 27 mai 1559 (F. fr., vol. 6614, f. 41).
3. Tons les biens du prince d'Orange et du comte d'Egmont situés en France avaient été confisqués pendant la guerre. Un traité supplémentaire, en date du 3 avril, les leur restitua (Copie ; f. fr., vol. 3153, f. 155).
partit de Bruxelles le 1^' juin 1559. Le prince d^Orange seul avait une suite de 500 chevaux^. Henri II voulut rendre au duc d*Albe autant d'honneur qu'à son maître. L'amiral Goligny attendit les ambassadeurs à la frontière et les accompagna jusques à Glermont, où il tomba malade. A Chantilly, ils furent reçus par le duc François de Montmorency, fils aîné du connétable ; à Écouen , par Henri de Montmorency- Damville ; à Saint-Denis, par le cardinal de Lorraine, frère du duc de Guise. Le 15 juin^, ils entamèrent leur dernière étape. En route, ils rencontrèrent le duc de Lorraine, le prince de Ferrare et, plus loin, le duc de Nemours, venus au-devant d'eux avec une troupe de gentilshommes ; et, à six heures du soir, ils mirent pied à terre à la porte du Louvre. Le roi dauphin^ les attendait < au mitant > de l'escalier d'hon-
1. Lettres de TAubespine au roi et au connétable, do 23 mai (Orig., f. fr., Yol. 6614, f. 36 et 39).
2. Tons les historiens du temps ne s'accordent pas quant aux dates de l'arrîTée du duc d'Albe et du doc de Savoie, et même du mariage. Ainsi le biographe de Vieilleville fixe i la fin d'avril l'arrivée des seigneurs espagnols; Texact de Hiou lui-même place au 15 juin la séance du Parlement on le roi assista. Un document contemporain (F. fr., vol. 15872, f. 86), sorte de programme des fêtes de la cour, avance chaque entrée de quelques jours. Nous avons suivi on récit inséré dans les Mémoireyjour' naux du duc de Guise, et un extrait inédit des registres de l'Hôtel de Ville de Paris (Vc de Colbert, vol. 252 et 140).
3. François II portait le titre de roi dauphin parce qo*il était dauphin de par sa naissance et roi do chef de sa femme, Marie Stuart, reine d'Ecosse.
neur et le roi c quasy au bout de ladite montée ^ > Ils baisèrent les mains du roi, qui les accueillit < bien huraaynement et courtoisement^ > et les conduisit dans sa chambre.
Après les premières effusions et les protestations pacifiques, les ambassadeurs passèrent dans une autre salle et furent présentés à la reine Catherine de Médicis, à Marie Stuart, à la duchesse de Lorraine, Claude de Valois, à la princesse Elisabeth, leur future souveraine, et à Marguerite de France, sœur du roi. Puis ils allèrent souper à l'hôtel du maréchal Saint-André, près les Filles repenties, et coucher à Thôtel de Yilleroy, rue des Bourdonnais^.
Le dimanche 1 8 juin, les ambassadeurs espagnols accompagnèrent le roi à Notre-Dame et jurèrent avec lui l'observation de la paix, < le duc d'Albe marchant à côté dud. seigneur, vestu d'une cappe de drap en forme de deuiH. Les autres et leurs pages estoyent les plus braves^ qu'il leur estoyt possible. > Les seigneurs espagnols et les seigneurs français faisaient assaut
1. Ce récit est extrait d'une longoe lettre que le dac d*Albe écririt le joar même à Philippe II (Arch. nat., K. 1643, n* 29).
2. La plupart des historiens racontent qae le duc d'Albe s'agenouilla aux pieds du roi ; il n'est point fait mention de ce détail dans la lettre de Philippe II citée dans la note précédente.
3. Extrait des registres de l'Hôtel de Ville, Vo de Colbert, TOI. 140, f. 541.
4. La cour de Philippe II portait encore le deuil de Marie Tudor.