‹ Le traité de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559):Chapitre 76 sur 98 · Guadalaxara · texte numérisé non relu

Guadalaxara

petits arbres verts, où étoient enfermés un s^nglior, un loap et plusieurs lierres et oonils.

A la porte de la ville y avoit un arc triomphant, duquel pendoit une nuée, dont sortit une fille qui lui présenta les clefs avec plusieurs vers faits à sa louange. Plus avant dedans la viUe y avoit un autre arc rempli de hautbois et musiques. Le poêle étoit de drap d'or porté par les douze régidores, vestus de grandes robes de velours cramoisi, brodées de larges passemens d'or et doublées de pennes de soie grise.

Ayant été à l'église, elle fût menée au palais du duc de Plnfantasque, Tun des plus beaux de toute l'Espagne, où l'attendoit la princesse, sœur du roi catholique, v^ive du roi de Portugal et mère du roi de Portugal à présent régnant; laquelle vint au-devant de la reine jusques au principal escalier, où elle la reçut avec tous les honneurs et caresses que leurs grandeurs requéroient. Le soir, à la requête de ladite princesse, la reine fût servie à Tespagnole de la viande de la princesse et par ses ofBders. Et, estant toutes deux à table en même honneur^ quatre des principales damoiselles de la princesse les servirent de pannetier, échanson et écuyer tranchant.

Et continuèrent en cette foiçon jusques au 30« du même mois. Auquel jour le roi arriva et, travesti et déguisé qu'il étoit, assista tout au long du souper de ces dames. Et, sur les huit heures du soir, envoya visiter la reine et lui faire entendre son arrivée, afin qu'elle se tint prête pour répoûser le lendemain, sans qu^elle l'eût encore vu qu'en peinture.

Le lendemain, la reine, vêtue d'une grande robe de toile d'argent à grandes manches fourrées de loup cervier, la côte de même, toute couverte par le devant de rubis, perles, diamants et autres pierreries et coiffée à la françoise, fut prise à la main et menée par Madame la

princesse, comme sa marraine, en une grande salle du palais, en laquelle y avoit un dais de drap d'or frïsé, et dessous ycelui deux chaires de semblable hauteur, dedans lesquelles s'assirent la reine du côté droit et la princesse de Fautre.

De la part de Sa Majesté très chrétienne, hors du dais, estoit le prince de La Roche-sur- Yon et maître Sébastien L'Aubespine, évêque de Limoges, ambassadeur de France, assis sur des petites selles couvertes de velours cramoisi. Et du rang de la princesse étoient le cardinal de Burgos, la damoiselle de Bourbon et la dame de Rieux; au bas les autres seigneurs et dames.

Le roi, ayant été quelque peu attendu par la reine, arriva sur les dix heures, vêtu d'une petite robe à collet carré de velours violet, toute couverte d'or et d'argent, et doublée de toile d'argent, brodée aussi par le dedans, et les chausses blanches à l'espagnole de même broderie.

Au-devant et après le roi marchoient grand nombre de ducs, marquis et comtes, et grands seigneurs, chevaliers de la Toison, qui tous vinrent baiser les mains de la reine et de la princesse sans qu'elles bougeassent de leurs chaires. Puis le duc de TLifkntasque, comme parrain du roi, le mena en la salle. En laquelle il ne Ait pas sitôt entré que la reine se leva debout sans bouger, laissant approcher le roi jusque près du trône où elle estoit. Et, comme il montoit, elle s'avança trois ou quatre pas et, se rencontrant aa milieu de Taire, le roi lui ayant fait une grande révérence et elle répondu de même, il lui voulut baiser la main, ce qu'elle refusa, et, lui voulant faire le semblable, il ne le voulut non plus permettre.

Le 28 janvier 1 560, le jour de Farrivée d*ÉIisabeth à Guadalaxara, Philippe II était encore à Madrid. Le 29, il partit pour Âlcala et, le 30, il

rejoignit la reine ^. Brantôme présente sous de sombres couleurs la première entrevue de la reine et du roi : c Tay ouy dire, dit-il, que la première fois qu*elle vit son mary elle se mist à le contempler si fixement que le roy, ne le trouvant pas bon, luy demanda : c Que mirais, c si tengo canas? » C'est-à-dire : c Que regarc dez-vous, si j*ai les cheveux blancs? > Ces mots luy touchèrent si fort au coeur que depuis on augura mal pour elle^. > Aucun document ne confirme ces commérages.

Incontinent le cardinal de Burgos les fiança de nouveau et, pendant que il se préparoit pour chanter la messe, le prince de la Rocbe-sur-Yon, l'ambassadeur, M"* de Bourbon et tous les autres serviteurs domestiques de la reine allèrent pour baiser les mains du roi et delà reine et de la princesse, ce que le roi ne voulut permettre; obstant la coutume du pays^ qui n'admet à baiser les mains des rois et reines autres que leurs naturels sujets.

Ce foit, le roi, conduit par le duc de Tlnfantasque, et la reine par la princesse allèrent jusques à la porte d'une grande salle, où le cardinal de Burgos les épousa. Et, au lieu d'un rubis et diamant que on baille en France, il leur donna à chacun un fort beau rubis, puis bailla au roi treize écus qu il présenta à la reine, laquelle les mit en un bassin d'or pour l'ofiTirande. El lors le roi prit la reine par la main et la mena jusques au siège qui leur

1. Arch. ntX,, K. 1493, n* 32. Lettre originale de Philippe n à Chantonay, en date do 28 janTier 1560.

2. Brantôme, t. VUI, p. 9, édit. de la Société de l'histoire de France.

estoit préparé aumilieu de la salle, où ils s'agenouillèrent tous deux et la princesse au-dessous de la reine en pareil honneur.

Les cérémonies semblables à celles de France, sinon que, la paix présentée au roi après révangile dit, Sa Majesté en déféroit Tbonneur à la reine, laquelle la refusoit et renvoyoit au roi, qui lors la baisoit; puis on la présentoit à la reine, qui en déféroit aussi Thonneur à la princesse, laquelle fesoit de même à la reine que elle avoit fait au roi.

L Vbrifou ^ étoit d'un tissu d^or, lequel fut mis sur répaule du roi, parce quil avoit été marié, et étendu sur la tète de la reine. Puis, sans Tôter, Ton posa sur leurs épaules une chaîne de grosses perles, rubis et diamants, si longue qu'elle les tenoit en double tous deux accouplés et enchaînés par le col. Et en cest estât demeurèrent despuis l'évangile jusques à la fin de la messe, tenant toujours chacun un cierge de cire blanche.

La messe dite, le roi mena la reine en sa chambre, se retira en la sienne, puis retourna demi-heure après pour la mener dîner avec Madame la princesse en convy public, auquel le roi s'assit au milieu de ces deux dames et tous trois servis de même façon et par les mêmes damoiselles que dessus; si non que l'on ûst cet honneur à Madamoiselle de Bourbon de la faire servir la reine d'échanson, qui est le plus grand honneur que l'on puisse faire par delà aux princesses et filles de grande maison ; les viandes servies par les pages.

Durant le dîner n'y eut autre cérémonie, sinon que Ton chanta force chansons à la louange de la reine, qui après dîner fut conduite par le roi en sa chambre, se retirant en la sienne jusques au soir, que il la vint reprendre et mener au bal. Puis allèrent souper en la

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