ArMfou, poêle napUal
chambre de ladite dame, dont il se retira poar ae déshabiller. Et sar les dix heures y retourna coucher avec elle jusquesaulendemainsept heures dii matin, que, la messe ouïe, il dina en priyé dedans sa chambre et la reine en la sienne avec la princesse, sans qu'il y entrât homme. L'après-dtner ils dansèrent attendant vêpres, où se firent les cérémonies de Tordre Saint-Michel, qui fut présenté au roi par le prince de la Roche-sur-Yon, lequel et la dame de Rieux, le lendemain, deuxième jour de février, prirent congé de leurs Majestés pour s'en retourner en France avec promesse de deux buffets qui se fesoient à Burgos, Tun de dix mille écus pour ledit sieur prince et Tautre de quatre mille pour la dame de Rieux, que on leur feroit tenir à Paris incontinent qu'ils seroient parachevés.
Les autres mémoires ajoutent quelques détails à ce récit. Le roi de France ajoutait de Timportance à Tinscription du roi d'Espagne au nombre des chevaliers de Saint-Michel . Le prince de la Roche-sur-Yon était porteur du collier de Tordre; l'ambassadeur de France, Sébastien de TÂubespine, évêque de Limoges, devait servir de chancelier. La remise se fît suivant le cérémonial suivant. A l'heure choisie par le roi, après les vêpres, La Roche-sur-Yon, précédé de L'Âubespine, du s. Pot, prévôt de l'ordre, portant le collier de coquilles d'or sur un coussin, et du prévôt Danzis, chargé du manteau de damas blanc fourré d'hermine et bordé d'or, fut introduit dans l'oratoire du roi, où Philippe II ,
vêtu d'un pourpoint et de chausses blancs, avait dû passer la matinée en prières. Après avoir lu les lettres de nomination, datées de Bar-le- Duc, du SI9 septembre 1559, il fît prêter serment au nouveau chevalier et lui remit un à un les insignes de Tordre. En bouclant le collier, il prononça la consécration : c L'ordre vous reçoit en son aimable compagm'e et, en signe de ce, vous donne ce présent collier. Dieu veuille que le puissiez longuement porter à sa louange et exaltation de sa vraie église catholique et accroissement de vos merittes et bonne renommée.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Le roi d'Espagne répondit : c Amen, Dieu m'en doint la grâce. » Le chancelier dressa un procès-verbal de la cérémonie et le fît signer par Philippe II en signe d'acceptation de la dignité de chevalier. Ce détail avait été particulièrement reconmiandé au prince de la Roche-sur- Yon*.
Le roi et la reine d'Espagne quittèrent Guadalaxara le 3 février et allèrent coucher à Alcala. Philippe II n'avait pas quitté la princesse pendant la route et la conduisait de la main à l'entrée de la ville. Les étudiants de l'université,
1. InstracUoQ du roi à La Roche* sur- Yod, du 23 noyembre 1559 (F. fr.. Toi. 10207, f. 71). — Acte d'accepUtion de Philippe U du l** férrier 1559 (1560) (Orig. sur parchemio; f. fr., Tol. 13085, pièce dernière). — Lettres publiées dans Négoda" tkm$ touê FrançoU //, p. 281 et 282.
vêtus de ces costumes pittoresques qui sont encore de mode dans les écoles espagnoles, lui adressèrent c plusieurs déclamations de vers et oraisons à sa louange dans toutes les langues * . > Le 4 février, la cour s'arrêta à Yaranges c où il n'y eut rien de nouveau, mais à la coustume maul vais logis. > Le lendemain, lundi 5 février, le roi et la reine arrivèrent à Madrid. La ville, de fondation nouvelle, décorée par Philippe II du titre de capitale , parce qu'elle occupe le centre de l'Espagne, est située dans une vallée sèche et désolée. Elisabeth dut verser des larmes si elle compara les bords rocailleux du Manzanarès aux rives de la Seine et de la Loire qu'elle avait toujours habitées, c  Madrix, dit notre annaliste, il fut fait une assez belle entrée consistant plus en monde que despense, car pour tout il n'y avoit que ung arc triumphant assez beau, où estoient quelques painctures et vers à la louange de ladicte royne, et force danses et masquarades. Ladicte ville est assez belle, grande comme la moictié de Melun. Le château est fort beau et bien commode pour les ofiBces et autres nécessités. Il n'estoit si grand lors de la prison du feu roy François comme il est à
1. Le récit du voyage d'Elisabeth à Tolède que nous entamons est tiré de la lettre d'un s. Duran, témoin oculaire, à Antoine de Noailles, gouverneur de Bordeaux (Orig., f. fr., vol. 691 i, f. 290).
ceste heure. Le roy y festoya la royne comme chez luy , où sont les plus beaux et riches meubles qu'il est possible de veoyr et en grande quantité, car chacune chambre et autres cabinets sont remplis de tapisseries et meubles tout à propos. Ceux d'Angleterre ne sont rien auprès. >
Le lendemain, Philippe II conduisit la princesse à un combat de taureaux, jeu favori de la population castillane, auquel une reine d'Espagne devait alors et doit encore aujourd'hui trouver un grand charme, sous peine de perdre la faveur de ses sujets. Deux pages venus de France eurent la jactance < d'en taster » sous les yeux de leur souveraine et t y feurent estrippez. » Le soir même, le roi dansa c le branle de la torche > avec la reine et la princesse Anne de Bourbon-Montpensier. Pendant le bal, quatre cavaliers, le comte de Beneve, don Louis Mandés del Garpio, don Pedro Bozio et le marquis d'Aguilar, firent publier un cartel c de six coups de picques, espées et haches à la barrière pour l'amour de leurs amyes. > Plusieurs gentilshommes français relevèrent le défi et se présentèrent comme assaillants, mais la reine, avertie par les accidents de la journée, leur défendit de prendre part au combat.
Le samedi 10 février, la cour quitta Madrid, passa le 1 1 à Iliescas, où le vicomte de Turenne, en 1527, avait épousé au nom de François !•'
la princesse Léonor de GasUUe, soeur de Gharies- Quint, et arriva le 13 à Tolède. La ville, dit notre annaliste, est c grande comme Orléans, assez mal bâtie de maisons et la pluspart de terre, assise sur une montagne contre plusieurs rochi^rs, environnée en la plupart du fleuve Tage, non navigable, le long duquel, au-dessus et au-dessoubs de lad. ville, y a fort beau et bon pays. Aussi est-ce la fleur de toute Espagne. L*on porte tout en lad. ville à charge d'asnes, où les rues sont estroites et si malaysées qu'à grant peyne deux chevaux y peuvent-ils passer de front; toutesfoys fort marchande. En ung des bouts , au plus hault d'icelle , est assiz le palays du roy , qui sera bien fort beau mais qu'il soit achevé. » L'élite de la noblesse de la province, les officiers de justice, l'université, la corporation des docteurs c et autres maistres de tout estât, > escortés de trois enseignes de gens de pied, chacune de 1 ,000 hommes c richement en point, > armés d'arquebuses et de piques, attendaient la reine à une demi-lieue de la ville. Elisabeth portait c une robe de velours noir doublée de toile d'argent, découppée à jour en tryangles et toute couverte de boutons d'or; la cote de toile d'argent; et coyfifée à l'italienne. Gomme elle vouloit monter sur sa haquenée, enharnachée de mesme, le roy luy envoya en don l'ung des plus beaux chevaulx blancs que
je veys jamais pour faire lad. entrée, avecques une selle de femme à l'espagnole, dont le cercle de devant estoit tout d'or massif à petits pilliers de mesme, tout couvert de bonnes et grosses perles. La housse de velours cramoisy toute
faicte de broderie d'or et d'argent , le har-
nois de mesme, enrichy de petits pilliers d'or massif et les bossettes semblables, avec la grand couverte trainant jusques à terre ; le tout estimé de 7 à 8,000 escus. > La princesse, observe l'auteur de la relation, ne se trouva pas à l'aise sur cette selle merveilleuse, parce que l'étrier était disposé à l'espagnole, c'est-à-dire placé à gauche.
 l'entrée de la ville, sept à huit compagnies de gens d'armes à cheval donnèrent à la reine le simulacre d'un combat en attaquant les gens de pied. Les chars de triomphe, une foule de masques et de danseurs, après avoir achevé leurs c momeries, > la guidèrent aux portes de la ville, où les officiers municipaux, c vestus de drap d'or et velours vioUet cramoisy, > lui adressèrent des harangues.
Elisabeth passa sous de nombreux arcs de triomphe décorés d'emblèmes et de devises à sa louange ^ Le roi assistait à la réception du
1. Ces emblèmes et deyises sont reprodaiU dans ane plaquette fort rare, Entrata la regale e trionfante in Spagna nella nobil citta di Toledo délia $er. regina Isabella.,., par 01i?eri, capello di Toledo. Milano, 1560.
haut d'une fenêtre avec son fils, don Carios, et son frère naturel, don Juan d'Autriche. La coutume obligeait Elisabeth de jurer à ses sujets le maintien de leurs privilèges. Â l'ouverture de la cérémonie s'éleva entre les seigneurs et les notables, qui devaient prendre rang aux portes de la cathédrale, une querelle de préséance si ardente c qu'il en cuyda venir de la follye. » Après une dispute d'une heure et demie, la reine entra dans l'église et prêta son serment. Il était sept heures du soir quand elle arriva au palais royal, c ayant demeuré despuys les dix à cheval^. >
La satisfaction que Philippe II éprouvait de son mariage est certifiée par tous les témoins. Catherine reçut bientôt c des nouvelles de la bonne chère qui feust faicte aux nopces de la royne catholique et du grand contentement que en a le roy son mary^. » Jamais union roysJe, préparée par la seule politique, n'avait été mieux assortie. Philippe II avait reçu des mains de ses plénipotentiaires, sans la connaître et sans l'avoir jamais vue, une jeune fille de quatorze ans, élevée dans une cour dissolue et
1. Lettre de Durtn à Antoine de Noallles, gouTemeiir de Bordeaux (Orig., f. fr., vol. 6911, f. 290).
2. Lettre du 25 février 1559 (1560) adressée an connétable (Autogr., f. fir., vol. 3158, f. 51). — Voyez aussi la lettre de l'évéque de Limoges an roi, du 23 février (Néçociaiions tous François JI, p. 271).
livrée à Tintrigue, et il trouvait une femme innoceote, docile jusqu'à la servitude, la compagne soumise qu'il avait rêvée. Après son mariage, il adressa à la reine de France le témoignage c de son infini contentement > et renouvela plusieurs fois les mêmes déclarations^. De son côté, il rendait à sa femme la soumission facile par des égards et des prévenances. Bien qu'il s'accordât de nombreuses distractions , jamais Elisabeth ne soufift*it des infidélités de son mari, si même elle en fut informée. Esclave des apparences, attentif à donner le bon exemple, il se montrait fort empressé auprès de sa jeune femme. Catherine nourrissait l'illusion que sa fille prendrait peu à peu l'empire d'une maîtresse sur le roi d'Espagne et avait imposé aux dames françaises de la chambre d'Elisabeth le devoir de lui révéler les secrets de la vie des deux époux, c Elle sopa très bien, écrit Claude de Yalpergue, et dormit tote la nuit avec le roy son mari, qui n'i faut jamès, sans grande occasion. Il n'i a pas lontans que une parsonne, qui peu conestre une partie de ses condisions, m'asura qu'il l'eime le plus qu'il é possible, mes qu'il é de complesion...^. > Il est fâcheux que la suite de cette lettre n'ait