Négociations sous François II, p
en ce monde que ce qu'elle crainte » Cependant la comtesse cherchait la revanche de son échec. Un jour, à Tolède, Elisabeth et Juana de Portugal voulurent c s'aller promener et disner » dans un jardin hors de la ville. Les équipages furent commandés pour le lendemain. Le matin arrivent à la file coches et litières. Les deux princesses montent dans le premier coche ; la comtesse d'Urèna monte dans le second et donne précipitamment le signal du départ. Madame de Glermont réclame une place au grand maître d'Albe. Le comte, d'un air indifférent, lui crie d'attendre les litières, saute sur son cheval et galope après le coche royal. Madame de Glermont, c se dépitant, » resta sur la porte et s'en alla diner chez l'ambassadeur de France. Le soir, Elisabeth adressa des reproches au comte d'Âlbe, c dont il se fascha fort, et se plaignit au duc d'Âlbe et au roy, estant à demy mort du mauvais visage de sa maistresse, estimant que cela venoit de mad. de Glermont. »
Le comte d'Âlbe d'Âliste, beau-frère du duc d'Âlbe, était un personnage dur et hautain, c Oultrageux en ambition de seul gouverner et quasi commander à sa maîtresse, » il méprisait les gentilshommes qu'elle avait amenés de France. L'un d'eux, Âmeric Ferrier, marquis de
1. Lettre de Sébastien de rAobespine à la reine, da 31 aoAt 1560 (Orig., f. fr., Tol. 15874, f. 104).
BourdeloD, c se lamenta » à la reine de France d*ètre traité c non pas selon ma qualité, dit-il, mais ne pis ne mieux que si j'estois un simple valet ^. » Le comte d'Âlbe voulait surtout éloigner la dame de Glermont, c afin de mieux posséder et régner seul. » Heureusement pour le repos d'Elisabeth, il remplit peu de temps la diai^e de grand maître. En août 1 560, il se retira à la campagne pour cause de santé ^ et mourut six mois après d*une hémorragie causée par Fextraction d'une dent^. Le duc d'Âlbe hérita de ses fonctions. L'entrée dans la maison de la reine de ce haut seigneur, supérieur à tous les courtisans, déplut à la comtesse d'Urèna. La reine réussit à l'amadouer et lui fit adresser par Catherine des lettres qui le flattèrent, c Nostre comtesse, écrit Claude de Yalpei^e, quelque bonne mine qu'elle fasse, n'est pas un brin contente, car elle pansoit, puisque le conte estoit mort, d'estre le tout et commancer à parler bien aut, à commander ; mes la reine luy monstre à ceste eure qu'elle veut estre ors de page, de sorte qu'elle ne sest où elle en est; et tout le monde en est extrêmement rejoy, mes-
1. Lettre d'Americ Ferrier à la reine Catherine, da 30 mai 1560 (Orig., f. fr., Tol. 15874, f. 27).
2. Lettre de Sébastien de rAabeepine A la reine, du 31 août 1560 (Orig., f. fr., vol. 15874, f. 104).
3. Lettre de la dame de Vineuii da 15 février 1560 (1561) (Orig., f. fr., ToL 6606, f. 72).
mement dos aultres que dépandons d'elle ^ »
Pendant l'année 1 560 survint c une fortune » qui causa plus d'affliction à Elisabeth que la mort du comte d'Âlbe. Elle avait amené de Blois une jeune fille, nommée Ghaisneau, et l'avait donnée à M"® de Guilinières. Ghaisneau tomba malade à Âranjuez et fut soignée dans un couvent. Après une assez longue convalescence, elle s'échappa déguisée en religieuse et rentra au palais. Bientôt elle donna des signes d'aliénation mentale. Tantôt elle prétendait entendre des voix du ciel ; tantôt elle accusait les religieuses de vouloir la faire bouillir comme luthérienne. Elle couchait habituellement avec M"^ de Guilinières. Une nuit, vers une heure, elle sortit du lit, se vêtit seulement de sa cotte et trouva la force de dévisser une ouverture condamnée.
Gomme elle faisait du bruit, M"® de Guitinières s'éveilla et l'invita à reprendre sa place. Ghaisneau lui répondit qu'elle allait parler à ceux qui l'appelaient et se jeta par la fenêtre. Elle tomba du haut de vingt toises et mourut sur le coup, c La royne, dit L'Aubespine, en fut deux ou trois jours en quelque frayeur*. > Le départ des serviteurs français n'avait pas