Brantôme, t. IX, p
S. Mémoires de Vestat de France sous Charles IX, 1578, t I, f. 6, V.
4. Voyez sur ce personnage Antonio Ferez et Philippe II par H. Mignet et l'ouvrage bien plus important du marquis de Pidal, Philippe II, Antonio Pere% ei le royawme d'Aragon, traduit de Tespagnol par M. Magnabal, 1867, 2 Tol. in-B".
sabeth, un narrateur sincère et sagace, indépendant de Philippe II, l'ambassadeur de France, Raymond de Pavie, s. de Fourquevaubc. Gomme ses prédécesseurs, Sébastien de l'Âubespine et Jean de Sainb-Suplice, il tenait la reine mère au courant des moindres incidents de la vie de sa fille. Il n'y a pas un mot dans sa correspondance officielle qui accuse Philippe 11^. Il en est de même de celle du nonce, Giov. Battista Gastagna, archevêque de Rossano^. Tous deux jugent même indignes d'être transmis à leurs gouvernements les propos que Brantôme reproduit avec tant d'assurance.
La confiance de Catherine de Médicis ne fut même pas effleurée par le soupçon, puisque, sans tarder, elle < mit les fers au feu > pour faire monter son autre fille, Marguerite de Valois, alors âgée de q uinze ans , sur le trône d'Espagne ^ •
1. La correspondance de Raymond de Pavie, s. de Foarque- Taulx, ambassadeur en Espagne, de juillet 1565 à ayril 1572, est conservée en copie du temps, sans lacune, à la Bibliothèque nationale, f. fr., toI. 10751 et 10752. Cette copie a été dressée par les soins du fils de l'ambassadeur lui-même sur les originaux et contient toutes les lettres qu'il adressa au roi et à la reine mère pendant sa mission et toutes celles qu'il reçut de la reine et du roi.
2. La correspondance de OioT. Battista Castagna, archcTéque de Rossano, nonce en Espagne, est conserrée en copie du temps à la Bibliothèque royale de Madrid, X, 172. Nous avons pu la consulter et M. Gachard en a donné une analyse asseï détaillée (Les bibliothèquei de Madrid et de rEtcurial, p. 85).
3. Voyez la correspondance de la reine avec Fourquevaulx . dans le tome in de Lettres de Catherine de Médkis, p. 200 et
Mais quand Philippe II eut épousé la princesse Anne d'Autriche (î 4 novembre 1 570) et que la reine mère vit le trône de Charles-Quint perdu pour les siens, elle donna cours à son hostilité contre le roi catholique. La calomnie n'avait aucun fondement, mais elle pouvait servir à discréditer Tennemi. Elle déshonorait le roi d'Espagne auprès des puissances étrangères, elle le couvrait de honte. La reine mère traita ouvertement le roi d'Espagne d'empoisonneur et parla de venger sa fille. Les juges impartiaux haussaient les épaules, mais les esprits prévenus adoptaient l'accusation. C'est ainsi que, le \ •*" octobre 1 572, elle adressa à Arnaud du Ferrier, ancien magistrat huguenot, alors ambassadeur de France à Venise, plus tard chancelier du roi de Navarre, une apologie de sa conduite à la journée de la Saint-Barthélémy, et un réquisitoire contre le roi d'Espagne. Après avoir parlé de la conjuration de l'amiral Coligny^, de ses rébellions multipliées et de la nécessité où s'est trouvé le roi de le devancer pour sauver sa couronne et sa vie, Catherine de Médicis ajoute des paroles de menace contre le roi d'Espagne : < Pour le regard de ce que me
suivantes. La négociation n*aboatit pas, heureusement pour la jeune princesse, dont l'esprit brillant et les fringantes escapades se seraient mal accommodés du formalisme espagnol.
1. C'était le thème adopté pour excuser le forfait de la Saint- Barthélémy.
mandez de celuy qui a faict mourir ma fille, c'est choze que Ton ne tient point pour certaine, et, au cas où elle le seroit, le Roy, monsieur mon filz, n'en pouvoit faire la vengerie en Testât que son royaulme estoit lors, mais, à présent qu'il est tout uny, il aura assés de moien et de forces pour s'en ressentir quand l'occasion s'en présentera; et m'asseure que, quand les princes protestants auront bien sceu la vérité et considéré tout ce que dessus, ils continueront à l'endroict de mon filz la mesme volonté qu'ils avoient auparavant ^ . >
La légende fit son chemin. L'arrestation et la mort de don Carlos, la fin de la reine Elisabeth, le mystère qui entourait ce double drame sollicitaient l'imagination. Les hommes sont avides de merveilleux. Nul n'admettait que les deux jeunes princes aient pu mourir de mort naturelle. La passion religieuse prêtait tous les crimes à Philippe II. Depuis 1568, les haines accumulées contre la politique du roi d'Espagne ont fait vivre la sinistre tradition. Saint-Real en a tiré un roman , Schiller une tragédie , les poètes des élégies. Voici un sonnet anonyme, inspiré par la prévention populaire, mais qui nous parait digne d'être sauvé de l'oubli :
1. Lettre de Catherine de Médicis à do Ferrier, ambassadeur A Venise, en date da i" octobre 1572 (Minute orig., f. fr., ▼ol. 15555, f. 139).
Parle, tombeau muet, et dy mon triste sort.
Sœur et fille de roy, d'un grand roy je ftis femme, Qui ravit de mon corps avant l'heure mon âme Pour un soubscon oonceu contre moy à grand tort.
Or le venin qui fût préparé pour ma mort
Me corromp tout le sang et ma personne entame *,
Hais afin de laisser à ma race le blasme
U tait croire que c'est la lespre qui me sort^ .
n feind de s'en douloir pour mieux couvrir son crime, Feind de cacher mon mal, mais lors plus il imprime En l'esprit d'un chacun que de lèpre je meurs.
Tuer donc l'innocente et qu'à tel sang subjecte Tel blasme et sur ce sang tel forfaict se rejecte... rois, ô mes parents, soyez-en les vengeurs ' I
1. Ce couplet contient une allnsion qni appelle un commentaire. Lee enfants de flenri n avaient tons très mauvais sang, comme on sait. Or le poète accuse Philippe II d'avoir rejeté sur la lèpre des Valois le mal secret dont Elisabeth mourut, mal causé par le venin qu'U avait préparé pour la faire mourir.
2. Ce sonnet est publié d'après les manuscrits par H. Tricotel, dans le Bulletin du Bibliophile, 1874, p. 456.