Commentaires de Biaise de Monlue, t. Il, p
incultes, sont devenues des marais pestilentiels qui éloignent les immigrants^.
Après une lutte acharnée, les assiégés, réduits à leur dernier morceau de pain, furent obligés de capituler. Le 21 avril 1 555, les troupes françaises de Biaise de Monluc et la plupart des habitants sortirent de la ville. Les Siennois s'établirent à Montalcino, petite ville forte sur la route de Rome, et y fondèrent une république libre qui dura jusqu'au traité de Gateau-Gambrésis. Sienne et l'État siennois restèrent deux ans entre les mains de Philippe II. La ville, conquise au prix de tant de sang par l'or et l'armée de Gosme I"^, faillit lui échapper. Le roi d'Espagne voulait la donner aux frères Garafa, neveux de Paul lY, puis à Antoine de Bourbon, en échange de la Navarre espagnole^. Enfin, il la remit au duc de Toscane. Le 1 9 juillet 1 557, Gosme P' en prit possession. Philippe II se réserva seulement les ports d'Orbitello, de Porto- Ercole, de Telamone, de Monte-Argentaro et de Porto-San-Stefano. Ges remaniements furent ratifiés par le traité de Gateau-Gambrésis^. Les cinq villes formèrent un petit État qui a long-
1. Sismondi, Bistoire des républiques iialienneSf t. X, p. 189.
2. Nous avons raconté ces négociations dans Antoine de Bourbon et Jeanne d^Àlbret, t. III, p. 260.
3. L'article 23 du traité de Gâteau -Gambrésis stipule i'éyacuation du Siennois par les troupes du roi de France et l'article 24 une amnistie aux Siennois.
temps gardé son indépendance sous la domination nominale de TEspagne. Cette séparation, aggravée par des entraves commerciales et par des tarifs judaïques, priva le Siennois de ses communications avec la mer et contribua, dit Sismondi, à entretenir c l'état efifrayant de désolation » de la Marenne^
Depuis le jour de la conquête de Sienne, la grandeur de Gosme de Médicis demeura sans rivale en Italie. Il s'appliqua à guérir les maux que sa politique sanguinaire avait causés. Une administration sage, des fondations commerciales, une économie rigide, la création de canaux, des ports de Livourne et de Porto- Ferrajo, rendirent la prospérité à la Toscane. Gosme reçut le surnom de Grand ; il avait fondé l'État le plus puissant de l'Italie centrale.
Ferrare. — Hercule d'Esté, duc de Ferrare, prince éclairé, ami des arts et des lettres, avait épousé Renée de France, fille de Louis XII. Sa politique, après avoir longtemps oscillé entre l'Espagne et la France, s'était résolument fixée en faveur de Henri H. Beau-père du duc de Guise, il devint le représentant le plus autorisé du roi au centre de l'Italie. Après sa mort
1. Sismondi, Bistoire des républiques italiennes du moyen dçe, t. X, p. i9Z.
(3 octobre 1 559^), Renée de France quitta Ferrare^ et s'établit à Montargis. La retraite de cette princesse, protectrice de Marot, imbue des principes de la Réforme, mais également éloignée des violences des deux partis, restée française au milieu des splendeurs de la renaissance italienne, était un édiec pour le roi. Le nouveau duc de Ferrare, Alphonse d'Esté, bien qu'il eût été élevé à la cour de France^, ne suivit pas les leçons de sa mère. Il se mit au service de la politique espagnole et ne se distingua que par son faste. Il s'est rendu tristement célèbre en persécutant le Tasse. Après sa mort, ses états retournèrent au Saint-Siège.
Montferrat. — L'article 49 du traité de Gateau-Gambrésis stipulait que le marquisat de Montferrat serait restitué au duc de Mantoue. Le Montferrat appartenait à Frédéric H de Gonzague, mais avait été séquestré par ordre de Gharles-Quint. Rentré en possession de ses terres, le 3 novembre 1536, le marquis se mit au service de l'Espagne. Ses états furent plu-
1. Il moanit après deux jours de maladie, dit Ghantonay, non sans soupçon de poison (Lettre à Marguerite de Parme d'octobre 1559 ; Recueil conservé aux Arch. de Bruxelles).
2. Lettre de Renée de France à Philippe II, du 15 août 1560 (Autographe conservé au Musée des Archires).
3. Lettre de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 13 octobre (Recueil conservé aux Arch. de Bruxelles].
sieurs fois occupés, pillés, évacués et repris par les armées firançaises. Le traité de Gâteau- Gambrésis les assura définitivement à ses fils et y adjoignit la ville de Gazai, que le hasard de la guerre avait laissée entre les mains du roi^ G'était un succès pour la maison d'Autriche, dont les Gonzague étaient les lieutenants.
Corse. — La Gorse était unie à la France depuis 1553. La domination du roi, que rien n'appelait dans l'Ile, ni les souvenirs ni les intérêts, y avait été introduite par l'énergie indomptable d'un capitaine de fortune, Petro de Bastelica, dit Sampiero Gorso, et acceptée avec empressement en haine des Génois. Sampiero, né vers 1498, avait fait ses premières armes en Italie dans les bandes noires de Jean de Médicis. Nonuné colonel général de l'infanterie corse vers 1527*, Sampiero fit la guerre aux Impériaux jusqu'à la fin du règne de François I* avec une bravoure qui illustra son nom. En 1 535, pendant le séjour de Gharles-Quint à Rome, il proposa au cardinal du Bellay de ter-
1. « Forma dlnstniineDto quai s' havea da fare nella restita- UoDe dl Casale, 1559 » (Copie du temps ; f. fr., yol. 3195, f. 71). — Instraction au s. de la Mothe-GondriD, chargé de restituer la cité de Casai et son château à MM. les duc et duchesse de Mantoue, marquis de Montferrat (Copie du temps, s. d., ibid., f. S3). — Antre pièce sur le même sujet (Ibid., f. 85).