CHAPITRE PREMIER
Négociation du traité de Cateau^Cairibrésis,
Ouverture des conférences de Gercamp (12 octobre 1558). — Mort de Marie Tudor (17 novembre 1558). — Conférences de Gateau-Cambrésis (février 1559). — Signature du traité de paix (2 et 3 avril). — - Appréciation du traité. — Mariage du duc de Savoie et de Marguerite de France. — Blessure et mort de Henri II (30 juin- 10 juillet 1559).
Quelle était la situation de la France vis-à-vis des états voisins à la fin du règne de Henri II et quelle était la situation des états voisins visà-vis de la France? La guerre avec l'Espagne durait presque sans interruption depuis l'avènement de Gharles-Quint. Les succès et les revers avaient été partagés. Au nord, dans les Pays- Bas, au sud, en Italie, les garnisons françaises et espagnoles se coudoyaient sur tous les points, n n'y avait d'autre frontière que la ligne des places fortes occupées par chaque parti, et tous les jours le hasard de la guerre avançait ou recu- , lait la limité.
Des événements décisifs marquèrent la fin de
cette longue lutte. Le 1 août 1 557, le connétable de Montmorency et le maréchal de Saint- André perdirent la bataille de Saint-Quentin. La France se releva de ce désastre, le 8 janvier 1558, par la prise de Calais, et, le 3lS juin, par la prise de Thionville. Le 1 3 juillet, le maréchal de Thermes fut vaincu à Gravelines. Au mois d'août, Philippe II et Henri II se mirent à la tête de leurs troupes. Les deux armées étaient en face Tune de l'autre au nord de la Picardie. On s'attendait à un choc formidable. Ce fut la paix qui survint.
Vincent Garloix raconte que Yieilleville, à la première nouvelle de la maladie de Marie Tudor, envoya à Philippe II un moine chargé de lui reprocher € Toutrageux et insatiable désir qu'il avoit de verser le sang chrétien » et de lui proposer, s'il arrivait € fortune i à la reine d'An-
. gleterre, une alliance matrimoniale avec la maison de France. Elisabeth de Valois, seconde fille de Henri II et de Catherine de Médicis, était alors âgée de près de quatorze ans. Philippe II,
^ € oinct et gressé de ceste emmielleure, » ne repoussa pas € telle inspiration divine. > Henri II, sollicité à son tour, fut touché de la € tremeur de l'ire de Dieu » et mit au moine < la bride sur le col. i Celui-ci retourna au camp du roi d'Espagne € et joua si bien du plat de la langue » qu'un matin don Ruy Gomez de
Silva, comte de Melito, se présenta aux avantpostes et demanda à parler au marquis de Boisy, grand écuyer de France^. Les négociations durèrent assez longtemps sans donner de résultats. D'un côté, le connétable Anne de Montmorency et le maréchal de Saint-André, prisonniers en Flandre depuis la bataille de Saint-Quentin, de Tautre, les agents espagnols entassaient les propositions et les demandes. Les deux partis formulaient dés exigences inacceptables et s'accusaient mutuellement de pousser à la guerre. On commença d'abord à parler de trêve, puis de désarmement, puis de licenciement des troupes étrangères. Enfin, le 6 octobre 1 558, les deux rois désignèrent leurs plénipotentiaires. Ceux de la France étaient le connétable de Montmorency, le maréchal Saint-André, Jean de Morviliers, évéque d'Orléans, Claude de l'Aubespine^et plus tard son frère, Sébastien de l'Aubespine, évéque de Limoges, conseillers du roi, magistrats sans grande initiative, mais capables de défendre les intérêts de la France, et enfin le cardinal de Lorraine, ministre remuant et plein de ressources, le véritable homme
1. Vincent Garloix, Métnoires sur VieiUeville, Uy. VII, ch. xvm.
2. Flassan observe dans son Traité de la diplomatie, t. II, p. 46, qu'en signant le traité, Glande de l'Aubespine prit le titre de secrétaire d^ Estât, et que ce fut le premier acte où cette qualification se trouva substituée à celles de secrétaire du roi ou de secrétaire des finances, précédemment employées.
d'état de ce groupe ^ L'Espagne était représentée par Ferdinand Alvarez de Tolède, duc d'AIbe, favori du roi, Guillaume de Nassau, prince d'Orange, dit le Taciturne, le héros de l'indépendance des Pays-Bas, Ruy Gomez de Silva, comte de Melito, l'époux complaisant de la belle duchesse d'Eboli, maltresse de Philippe II, Antoine Perrenot de Granvelle, évèque d'Arras, l'àme de la politique espagnole, l'adversaire indiqué du cardinal de Lorraine, comme le duc d'Albe était celui du connétable, et enfin par le président Yiglius. Ce dernier était malade et ne put assister aux négociations^.
Le 8 octobre, Henri II concéda aux députés la ville de Gercamp et donna aux Espagnols un sauf-conduit pour eux et leurs gens^. La première réunion s'y tint le 12 octobre*. Elle commença par des échanges de pouvoirs et des protestations de pure forme. On parla de trêve.
.1. Une copie des poa?oirB donnés par le roi à ses plénipotentiaires est conservée dans le f. fr., vol. 3153, f. 147.
2. Papiers d'Estat de Granvelle, t. V, p. 399, dans la collection des Documents inédits pour servir à Vhistoire de France,
3. Mémoires-journaux de Guise, p. 429, dans la Collection de mémoires sur Vhistoire de France, de Michaud et Poajoulat. La nouTelle de l'ouverture des négociations était publique à Paris à la date du 11 octobre. Ce jour-là, le conseil de la ville fit une grande procession en faveur du succès des négociations (Cérémonial de l'Hôtel de Ville, f. fr., vol. 18528, f. 1).
4. Traité de paix fait à CKasteau-Cambrésis. Paris, in-4% p. 19. Recueil de lettres des ambassadeurs français pendant les négociations. Ce recueil est attribué à Henri de Mesmes de Roissy.
Les Espagnols ne l'acceptaient que jusqu'à la fin du mois. Ils voulaient même circonscrire étroitement la terre neutralisée ; mais la discussion prouva la difficulté de répartir équitablement les sauvegardes, les immunités, et la trêve fut généralisée à la frontière du nord de la France, Les ambassadeurs des deux rois signèrent l'acte, le 1 7 octobre, à leur seconde réunion.
Le 18 octobre, arriva à Gercamp une princesse qui tenait presque également aux deux cours de France et d'Espagne, Christine de Danemarck, duchesse douairière de Lorraine, cousine de Philippe II et belle-mère d'une fille de Henri II. Le jour même, elle réunit les députés sous sa présidence et aborda les questions graves. Les Espagnols voulaient laisser les Français formuler leurs demandes sans se prononcer. Le cardinal de Lorraine avait dévoilé cette tactique à l'occasion des premiers pourparlers. Un mois auparavant, il avait écrit au connétable : € Qui m'en croiroit, ils parleroient d'oires en avant les premiers, car nous avons trop faict les
gracieulx Quant à faire ofl&*es nouvelles et
de s'eslargir plus avant, je ne vois une seulle raison pourquoy le roy le doibge faire, et ne serviroient nos négociations à aultre fin que en chacune leur accorder quelque chose d'avantaige* >