‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 3 sur 99 · Papiers d'Esiai de Granvelle, t. V, p · texte numérisé non relu

Papiers d'Esiai de Granvelle, t. V, p

Cette lettre a d'autant plus d'autorité qu'elle est datée d'Amiens et écrite sous les yeux du roi. Il ne parait pas que le connétable et le maréchal Saint-André en aient tenu grand compte. Us sacrifiaient tout à la paix, à leur désir de revoir la cour et d'y reprendre leur influence. Le cardinal de Lorraine et les secrétaires du roi montraient plus de fermeté. Les hommes de guerre se faisaient les avocats de la paix et les hommes de robe les avocats de la guerre.

Les ambassadeurs espagnols prirent un autre avantage. La guerre se poursuivait contre la France par une coalition composée de l'Espagne, de l'Angleterre et de la Savoie ; la France n'avait pour allié que le roi de Navarre. Le duc d'AIbe fit entrer aux conférences les députés anglais ; le connétable ne sut pas faire admettre les députés béarnais. L'iniquité était flagrante; si le duc de Savoie avait été injustement dépouillé du Piémont pendant la guerre, la maison d'AIbret avait perdu la Navarre espagnole. Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'AIbret, protesta, mais il fut mollement soutenu par les gens du roi de France*. Le cardinal de Lorraine dit confiden-

1. Jeanne d'AIbret aYait écrit deux lettres, l*une au roi, l'autre an connétable, pour les prier de soutenir les réclamations de la maison d'AIbret aux conférences de Gateau-Gambrésis. Nous les avons publiées dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'AIbret, t. I, p. 419 et 420.

tiellement au duc d'Âlbe c qu'ils ne pourroyent délaisser de parler du royaulme de Navarre, mais que Ion n'y persisteroit*. > Sur cet aveu, les ambassadeurs espagnols daignèrent faire montre d'équité. Quand on annonça à Gercamp l'arrivée des plénipotentiaires de la maison d'Albret, le duc d'Âlbe fut le premier à proposer à la conférence de les recevoir solennellement. Le 1S novembre, Nicolas Dangu, évêque de Mende, et Jean-Jacques de Mesmes, représentants du roi de Navarre, entrèrent en séance sous la présidence de la duchesse de Lorraine. De Mesmes prononça une longue harangue, parfaitement en règle avec les principes de la dialectique du xvi^ siècle, qui prenait la question à l'origine de la maison d'Albret^. Les ambassadeurs espagnols répondirent que, tenant depuis longtemps la contestation de la Navarre pour résolue au profit de leur maître, ils ne lui avaient pas demandé d'instructions spéciales^. Antoine de Bourbon se retira alors en fiéarn et envahit sans déclaration de guerre.

1. Lettre des plénipotentiaires espagnols à Philippe H, du 17 octobre 1558 {Papiers d' Estât dé Granvelle, t. V, p. 261).

2. Le discoars de de Mesmes est Imprimé dans les Mémoires pour l'histoire de Navarre et de Flandre, par Galland, in-fol., 1648, preuves, p. 72, et par Domont, Corps diplomatique, t. IX, p. 23.

3. Traité de paix fait à Chasteau-Cambrésis , in-4% 1632, p. 64. Le mémoire de de Mesmes est dans le yolame, p. 171.

à la tête d'un corps de partisans, la Navarre espagnole. Cette expédition, mal connibinée et mal conduite, échoua misérablement ^

Le roi d'Espagne profita habilement des fautes de ses adversaires. Au moment de l'ouverture des pourparlers, l'épuisement de ses finances et de ses armements ne lui permettait pas de continuer la guerre. La flotte turque ravageait l'tle de Minorque ; les Marocains avaient détruit l'armée espagnole d'Afrique ; la réforme se propageait en Espagne; l'empereur Gharles-Quint, dont les conseils et la sagesse étaient encore une force, venait de mourir au monastère de Yuste (21 septembre 1 558) . Dans les Pays-Bas, le feu des guerres religieuses couvait sous un calme apparent. En Angleterre, l'époux de Marie Tudor* rencontrait tant d'aversion chez le parti anglican que la haine traditionnelle de la France en était presque oubliée. Telle était sa détresse qu'il écrivait à Granvelle : c Je dois vous dire qu'il m'est de toute impossibilité de soutenir la guerre ; j'ai déjà dépensé un million deux cent mille ducats que j'ai tirés d'Espagne, il y a deux ou trois mois, par le moyen des banquiers, et j'ai besoin d'un autre million d'ici au mois de

1. Cette campagne, connue Bons le nom de Guerre mouillée^ a été racontée avec détails dans Antoine de Bourbon et Jeanne d'ÀlbreU t. I, p. 303.

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