‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 29 sur 99 · De Thou, Uv. XVI, 1740, t. H, p · texte numérisé non relu

De Thou, Uv. XVI, 1740, t. H, p

3. Lettre de La Boardaiaière au roi, du 17 août (Copie ; coll. Clairembanlt, toI. 65 (aDciens numéros], f. 5013).

4. Lettre originale du roi aux cardinaux du Bellay, de Tonrnon et de Ferrare, en date du 27 août 1559 (F. fr.» yoI. 3921, f. 21).

5. Lettre de La Bourdaisière au roi, du 5 septembre (Copie; Ve de Coibert, yoI. 343, f. 350).

de Toumon*. Hippolyte d'Esté, né en 1509, archevêque de Lyon et d'Arles, cardinal en 1538, avait été chargé de diverses missions diplomatiques en Italie sous le règne de François I*. En 1 552, il était devenu lieutenant général du roi dans le duché de Parme et dans le Siennois, et, en 1 554, protecteur de France à Rome. Il avait donné des gages de son dévouement au roi en convertissant au parti français son frère le duc de Ferrare. Le cardinal de Tournon, né en 1489, en Vivarais, archevêque d'Embrun en 1 51 7, signataire du traité de Madrid, négociateur des mariages de François P' et de Henri II, archevêque d'Auch et de Lyon, avait été le ministre favori de François P' à la fin de son règne. Personne ne connaissait mieux que lui la politique de la France. Ses nombreuses missions à Rome l'avaient rendu familier avec les traditions du saint-siège. Ses vertus, la dignité de sa vie et de son caractère Pélevaient au premier rang des candidats à la tiare.

Au moment où le conclave allait s'ouvrir, le duc de Paliano et Charles Garafa commirent de concert un crime épouvantable, dont le récit frappa de stupeur leurs derniers amis. La dame Violante Garlonia, duchesse de Paliano, avait pour amant Marcello Gapece, neveu de son

1. Lettre de La Bourdaisière aa roi, du 6 septembre 1559 (Copie; Ve de Colbert, Tol. 343, f. 350).

maris jeune seigneur de Rome, connu pour ses galanteries. L'intrigue dura longtemps à i'insu du duc et lui fut enfin révélée par une dame de la suite de la duchesse. Aussitôt Palîano fit enfermer sa femme au château de Gallese et Marcello dans un cachot. Il convoqua le seigneur Ferrante Garlonro, comte d'Aliflfe, frère de la dame Violante, avec un autre de ses parents, au château de Soriano, et cita Marcello devant ce tribunal de famille. Le coupable, interrogé, commença par nier sa faute. Le duc lui mit les preuves sous les yeux, s'emporta et, dans un accès de rage, lui déchira le visage à coups de dents. Puis il le fit mettre à la torture. Vaincu par la souffi^ance, Marcello confessa l'adultère et écrivit de sa propre main : c Oui, j'ai trahi mon seigneur; oui, je l'ai déshonoré. » Le duc prit et lut la déclaration, se jeta sur le gentilhomme et le perça de vingt-sept coups de poignard. Le soir on jeta le cadavre à l'égout.

Restait la duchesse que le duc de Paliano, au milieu de ses aventures de guerre et d'amour, avait toujours aimée. La malheureuse était enceinte de sept mois. Le duc hésita longtemps sur son sort. Il était alors en pleine disgrâce et pouvait redouter la vengeance d'une maison riche et puissante. Paul IV, à la fin de son pon-

1. Lettre de La Boardaisière au roi, da 16 juin 1560 (Copie du tempe; f. fr, toI. 3102^ t 96).

tiiicat, avait été instruit du meurtre de Marcello par le plus jeune des Garafa, cardinal de NapleSy et s'était contenté de demander des nouvelles de la duchesse, parole énigmatique que les flatteurs du duc de Paliano interprétèrent conmie un arrêt de mort. Beaucoup d'autres eu voulaient à sa vie. La mère du duc, les femmes de sa maison s'efforcèrent de persuader au mari que l'enfant à naître était le fruit d'un amour coupable. On lui assura que, du fond de sa cellule, la duchesse avait demandé sa délivrance à Marc Antoine Golonna, le' rival détesté des Garafa, et qu'elle lui avait conseillé de faire assassiner son mari. Le cardinal Gharles Garafa blâmait impérieusement l'imbécile longanimité de son frère et lui signifia qu'il ne saurait défendre auprès du nouveau pape les intérêts d'un chef de famille aussi lâche devant l'outrage, aussi indifférent à l'honneur de son nom*. Ges reproches l'emportèrent sur les derniers scrupules.

Le S8 août, le duc de Paliano envoya au

1. Le cardinal Carafa protesta plus tard contre l'accusation d'avoir conseillé le meurtre, mus les dépositions du comte d'Aliffe, de Leonardo di Cardine, dont on va apprécier le rôle, l'accusent de complicité. Un secrétaire du cardinal, SiWino Gozzini, déclare qu'il avait écrit au duc, sur l'ordre de son maître, pour le presser de c satisfaire à l'honneur, car autrement il ne le Touloit plus pour frère • {Archivio storico artistico, archeol. e Uiterario délia dla e protHncia di Roma, t. II).

château de Gallese le capitaine Vico de Nobili, pour les préparatifs du meurtre, qu'il se réservait à lui-même. Au moment de rejoindre son complice, il tomba malade. Hors d'état d'exécuter le crime, il requit le service de deux parents, le comte d'Aliffe, témoin du supplice de Marcello Gapece, et Leonardo di Gardine, oncle des Garafa, spadassins à gages dont il pouvait répondre. La duchesse était couchée quand ils arrivèrent à Gallese. Le soir même ils lui annoncèrent qu'elle devait se préparer à mourir. « Y a-t-il un ordre du duc?

demanda-t-elle. — Oui, Madame, > répondit Leonardo. Et il lui montra l'ordre d'assassinat. La victime observa qu'elle était enceinte et qu'on devrait attendre sa délivrance ; mais elle n'osa protester contre les volontés de son mari. On introduisit dans sa chambre deux moines et le curé de Gallese, chargés de la confesser. Pendant qu'elle était en prières avec eux, les deux assassins discutaient le mode de supplice. Le comte d'Aliffe proposait de l'empoisonner, mais Leonardo objecta que la mort serait lente à venir et qu'il était pressé de retourner à Rome. Il voulait accomplir sa mission jusqu'au dernier soupir de la victime. Aliffe se rendit à ces raisons et alla chercher les instruments nécessaires pour l'étrangler.

La confession terminée, le curé se retira et

les deux bourreaux s'avancèrent auprès du lit de la duchesse, c Mon frère, mon oncle, criat-elle dans un moment d'angoisse, pourquoi voulez-vous me tuer? » Ils répondirent que Fhonneur l'exigeait. Les deux moines lui présentaient un crucifix et l'exhortaient à bien mourir. Le comte d'Âliffe lui banda les yeux et lui jeta autour du cou une corde emmanchée sur un bâton de cornouiller. Puis il serra avec force; mais la corde était trop longue; il la retira. La duchesse arracha le bandeau et demanda : c Que font-ils donc? » Aliffe dit qu'il allait raccourcir la corde pour ne pas la faire souffrir. Quand il eut achevé les nœuds, il remit un mouchoir sur les yeux de sa sœur et lui passa la corde au cou. La duchesse était assise en chemise au pied de son lit. Don Leonardo saisit les mains de sa victime et les retint sur ses genoux. Le comte enroula la corde autour du manche et vira rapidement.

La malheureuse fit un effort suprême, retomba en poussant un soupir et rendit l'àme. Le lendemain, pendant la nuit, elle fut ensevelie sans pompe dans l'église de Gallese^.

1. Dans le récit qui précède nons avons presque littéralement traduit une relation écrite par un des moines qui assistèrent la duchesse à ses derniers moments, et publiée dans VArchivio iiorico arUaico archeologico e lUterario délia cUla e provincia di Roma, t. II, 1877 et 1878. M. Georges Duniy arait déjà fait

Le chroniqueur qui nous a servi de guide raconte que révénement passa inaperçu à Rome, soit que Ton s'attendit à la vengeance du duc, soit que le supplice ait paru justifié par les fautes de la duchesse ; mais il se contredit luimême en disant que six mois après le duc de Paliano fit jeter au cachot trente habitants de Gallese coupables d'indiscrétion. D'ailleurs les correspondances des ambassadeurs français, que nous avons citées et que nous citerons plus loin, sont unanimes à signaler le retentissement du crime.

La triste fin de la belle Violante était la fable des carrefours de Rome quand s'ouvrit le conclave. On racontait tout bas la part que Charles Garafa avait prise au meurtre de sa belle-sœur, et les récits sans doute renchérissaient sur Thorrible vérité. Habitué à tout braver, l'ancien condottieri sortit du palais Garpi, sa retraite depuis que sa vie était menacée dans les rues de Rome, et prit sa place dans le sacré collège. Telle était la rudesse des mœurs de l'Italie du xvi^ siècle qu'il n'eut pas de peine à y reconquérir tout son ascendant. Il disposait des voix de dix ou onze cardinaux c promeuz par le feu pape Paul quart, son oncle, lesquelz, pour recognoissance du bien et de l'honneur qu'ilz avoyent receu de

Gonnattre et mis en œuvre ce curieux document avant nous {Le cardinal Carlo Carafa, p. 315 et suiv.}.

son dit oncle, estoient pour demeurer unis et jurez avec luy pour l'incluzion ou Texcluzion de ceux qu*iiz jugeroient leur torner à propos d'empescher ou ayder en ceste occasion du siège vacant. » Carafa en outre rattacha à son parti les cardinaux Farnèse, Saint-Ange, Savelli et di Honte. Ainsi soutenu, il était l'arbitre du conclave ^ Carafa ne poursuivait qu'un but, la grandeur de sa maison. Le duc de Paliano possédait des biens immenses ; toute son ambition était de les conserver. Les deux frères tremblaient d'être obligés de rendre compte de leurs crimes et étaient décidés à tout sacrifier à un pontife qui leur assurerait l'impunité.

Un mémoire inédit nous permet de raconter les péripéties du conclave*. Le document ressemble aux copies de pièces qu'il était d'usage de faire passer sous les yeux des principaux membres du conseil du roi. Il émane de l'un des prélats qui représentaient la France, peut-être le cardinal Louis de Guise, frère du duc François.

Outre le soin du narrateur à faire valoir les bons offices de ce prélat, ce qui est déjà un indice, nous savons par une lettre de Jehan Bertrand, archevêque de Sens, datée de Rome,

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