‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 30 sur 99 · Mémoires de Ribier, t. II, p. 833 et suIt · texte numérisé non relu

Mémoires de Ribier, t. II, p. 833 et suIt

2. Cette intéressante pièce, d'une bonne écriture carsive du xyr siècle, est conservée à la Bibliothèque nationale, f. fr., ▼ol. 6617, f. 73 et suivantes.

du 1*' janvier 1560, que le cardiDal de Guise avait écrit une relation c de la création du pape, > et qu'il l'avait envoyée au roi*.

Le conclave s'ouvrit le 5 septembre^. Le soir même les cardinaux présents furent privés, suivant l'usage, de toute communication extérieure^. L'ambassadeur de France attendait le cardinal de Tournon pour le lendemain. Les cardinaux Strozzi et de Guise entrèrent le 14

1. NégoeiaUans stnu François II, p. 208. ^ Le cardinal de Gaifte enToyait périodiquement des messagers au rot (Lettre de La Boardaisière au roi, du 15 norembre 1559; copie; f. fr., Tol. 3102, f. 72). — Le cardinal du Bellay adressait aussi des lettres au roi (Lettres de du Bellay à la reine, du 20 noTembre et du 25 décembre 1559 ; orig., f. fr., toI. 3898, f. 5 et 6).

2. Lettre de Gonzague au duc de Ferrare, du 5 septembre {ÉpUtres des princes renies par Ruscelli^ trad. par Beiieforesty in-4*, 1572, f. 177 t*). Lettre de La Bourdaisière au roi, du 6 septembre (Copie; Vo de Golbert, toL 343, f. 350).

3. Joacbim du Bellay, que nous avons déjà cité, dépeint en Ters agréables la cour romaine et le commerce des cardinaux entre eux. On nous permettra cette citation, ce tableau pris sur le Tif par un grand poète.

c Marcher d'un grave pas et d'un grave sourcil,

Et d'un grave souris à chacun faire fête,

Balancer tons ses mots, répondre de la tête,

Avec un Messer non ou bien un Messer si;

Entremesier souvent un petit E cosi^

Et d'un Son Servitor contrefaire Thonneste,

Et, comme si Ton eut sa part en la conqneste.

Discourir sur Florence et sur Naples aussi ;

Seigneuriser chacun d'un baisement de main,

Et, suivant la façon du courtisan romain,

Cacher sa pauvreté d'une brave apparence :

Voilà de ceste cour la plus grande vertu.

Dont souvent mal monté, mal sain et mal vétn.

Sans barbe et sans argent on s'en retourne en France. »

au Vatican^. Le 25 arriva un ambassadeur espagnol, le licencié Vai^as, diplomate remuant que Ton retrouve toujours dans les grandes affaires de Philippe II. Dès lors se dessina clairement la politique espagnole. Vargas avait pour mission de soutenir la candidature du cardinal Pacheco, ancien vice-roi de Naples, favori de Charles- Quint, protecteur de Gosme de Médicis, ou, à son défaut, celle du cardinal Garpi. Le nouvel ambassadeur ne faisait pas mystère de ses instructions et avait pris pour domicile le palais du cardinal Pacheco*.

Le parti du roi de France se renforçait tous les jours. Le cardinal Jehan Bertrand, archevêque de Sens, ancien chancelier, remplacé par Ollivier, arriva à Rome le %i octobre, et entra le même jour en cellule ; le cardinal d'Armagnac s'y rendit le 28. Pour contrebalancer le nombre toujours croissant des prélats français, le cardinal Gapiusco, du parti espagnol, retenu dans son palais par ses infirmités, se fit porter au Vatican. Sa présence mettait la noble assemblée au complet. Tous les prélats décorés de la pourpre, présents en Italie, au nombre de 44, assistaient au conclave. Les intrigues se croi-

1. Lettre de La Bourdaiaière, da 15 septembre 1559 (Copie; Ve de Colbert, roi 343, f. 352).

2. Lettre de La BoardaUière, du 28 septembre (Vc de Colbert, Tol. 343, f. 355).

saient en tous sens, mais rien ne transpirait au dehors des intentions des pères. On supposait que le sacré collège attendait les récusations de Philippe II avant d'arrêter un choix. L'ambassadeur de France attribuait les retards à l'opiniâtreté de chaque parti. Il écrit que plusieurs cardinaux faisaient disposer leur cellule pour un long séjour, c mettant peine, un chacun, de bastir selon que le lieu le comporte, et de s'accommoder comme s'ils dévoient habiter là encore bien longuement ^ »

Le duc de Paliano, très bien informé des préférences des souverains étrangers, adressait des recommandations à son frère. Séduit par les promesses de Babou de la Bourdaisière, il avait pris parti pour les candidats du roi de France. Garafa avait des engagements avec le cardinal Garpi; mais, fidèle aux. conseils du duc de Paliano, il se mit en campagne pour les favoris du roi, Hippolyte d'Esté et François de Tournon. Dès les premières ouvertures, ses amis refusèrent de le suivre. Guise et Ferrare désignèrent alors, à Tinsu de Garafa, Hercule de Gonzague, cardinal de Mantoue. Le nom de ce prélat, étranger à la politique, rallia tous les partis. Le cardinal de Santa Fior, l'un des serviteurs de Philippe II, l'accepta sur la recom-

1. Lettre de La Boardaisière, du l*' no?embre 1559 (Copie; Ve de Golbert, toI. 343, f. 360).

mandation d'HippoIyte d'Esté. Il fallait enlever rapidement Télection pour empêcher Garafa et Farnèse de se concerter. Guise et d'Esté ne conmiuniquèrent leur secret qu'au doyen, le cardinal de Bellay. Mais à peine étaient-ils entrés dans sa cellule qu'ils furent épiés ou trahis. A la sortie ils s'aperçurent que le sacré collège était déjà prévenu contre eux. On accusa de l'indiscrétion un secrétaire de Santa Fior, nommé le Lutin. Au vote, Hercule de Gonzague ne réunit que 23 vœux au lieu de 30 qui lui étaient nécessaires. Plusieurs prélats espagnols avaient cédé aux suggestions des cardinaux Farnèse et Garafa. Les partisans de Gonzague ne se tinrent pas pour battus et adressèrent au roi d'Espagne de pressantes lettres pour l'inviter à ramener les déserteurs. On attendit pendant cinquante-deux jours la réponse de Philippe IL

Ge long délai fut utilisé en faveur d'un autre candidat. Le cardinal Pacheco se mit en avant ; mais il n'obtint, dans plusieurs votes successifs, que 23 suffrages, dus aux intrigues de l'ambassadeur Yargas.

Le conclave durait déjà depuis plusieurs mois et rien n'annonçait une solution prochaine. Sébastien de l'Aubespine, ambassadeur en Espagne, porta plainte contre les menées du licencié Vargas. Le duc d'Albe désavoua son représentant. Yargas, disait-il, était un ambitieux qui

abusait de sa mission. Le roi catholique se désintéressait du choix du pape. II lui importait peu qu'il fût Espagnol ou Français pourvu qu'il se montrât dévoué au service de Dieu^.

Le désaveu, simulé ou non, n'arrêta pas les intrigues de l'Espagnol.

Cependant le duc de Paliano ne cessait de solliciter son frère en faveur des candidats du roi de France. Un secrétaire, que le cardinal avait laissé au dehors pour lui adresser des informations, lui écrivait lettres sur lettres. L'ambassadeur de France jugea que les conseils de ce secrétaire pourraient avoir de l'influence sur le maître et le fit introduire au Vatican comme conclaviste de l'archevêque de Sens. Enfin Garafa promit à François de Toumon , par l'intermédiaire de Julien de Médicis, de soutenir sa candidature. Le secret ne devait être confié qu'aux cardinaux de Guise et de Ferrare. A peu de jours de là, Garafa se plaignit que Strozzi avait déclaré, dans une conférence avec Farnèse, que c quelque chose que dict Garaffe de vouloir faire en faveur de la part françoise, qu'il n'en croiroit jamais rien jusques à ce que le vist et touchast avec le doigt. » Le soupçon blessa l'irascible prélat. Médicis ayant voulu excuser Strozzi ou révoquer ces paroles en doute, Garafa

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