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se parait déjà de la couronne d'Angleterre. On croyait qu'Elisabeth n'attendait plus qu'une demande officielle. Au mois de novembre, ud ambassadeur du duc Philibert-Emmanuel, chef de la maison de Savoie, fîit chaîné de la présenter à la reine^. La princesse la reçut, mais ne répondit pas. Les jours se passèrent, puis les mois. Enfin la négociation s'éteignit faute d'entretien. Telle fut la conduite d'Elisabeth vis-àvis de ses nombreux prétendants. Jamais elle n'en repoussa aucun. Tous, pendant sa longue carrière, les uns après les autres et quelquefois simultanément, furent encouragés par les paroles les plus flatteuses. Tous furent écartés au moment de la conclusion.
La prétention de la reine d'Angleterre d'emporter sa virginité avec elle dans son tombeau de Westminster s'accordait mal avec les égarements de sa vie privée. Plusieurs seigneurs anglais, le comte d'Arundel, sir William Pickering, Christophe Hatton, le comte d'Oxford, le jeune Tremaine, le comte d'Essex, pour obtenir sa main, briguèrent et reçurent ses faveurs.
Ces fantaisies passagères ne laissèrent aucune
1. CalendarSt 1560, p. 146. — Le 8. de Morette, ambassadeur de SaToie, était arrivé à la coar de France au commeacement de noTembre pour disculper le duc de Nemours de la ientalive d*enlèTeraent du duc d'Orléans, dont il était accusé (Lettre de Chantonay à Philippe II, du 9 novembre 1561 ; orig. espagnol, Arch. nat., K. 1497, n* 107).
trace et ne ternirent même pas, dans l'opinion des easuistes puritains, le voile immaculé de la chaste Elisabeth. Mais elle eut des caprices plus retentissants et plus durables. Dès les premiers jours de son règne, elle avait remarqué Leices* ter. Robert Dudley, comte de Leicester, de l'illustre maison de Northumberland, avait été emprisonné à la tour de Londres comme complice de la conjuration qui porta Jane Grey sur le trône. Élevé à la cour de Henri Vin auprès d'Elisabeth, il fut un des premiers lords du parlement qui saluèrent l'avènement de la nouvelle reine. Grand, bien fait, d'une beauté sculpturale, toujours vêtu avec magnificence, il était plus distingué par sa figure que par son esprit. Elisabeth, insensible aux charmes d'un sentiment élevé, montra, en lui donnant la préférence, les inclinations vulgaires de la fille de Henri VUI. Leicester devint l'arbitre de ses plaisirs. Les fêtes, les chasses, les bals, les voyages d'agrément étaient son œuvre. Un an après, le crédit de Dudiey ne faisait que s'accroître. Les honneurs, les dignités, les richesses s'accumulaient sur sa tête. Il crut toucher au trône. C'est alors que lady Dudiey, Anne de Robesart, fîit assassinée au château de Cumnor. On répandit le bruit qu'elle était tombée fortuitement du haut d'un escalier, mais personne ne fut trompé. Seule, Elisabeth feignit de traiter de calomnies
les accusations portées contre son favori. Peutêtre trouvait-elle qu'il n'avait pas acheté trop cher le bonheur de lui appartenir tout entier. Tel était son crédit que le s. de Yulcob, plus tard ambassadeur auprès de Fempereur, envoyé à Londres, en 1566, pour négocier le mariage de Charles IX, reçut de Leicester la confidence que, si jamais la reine se décidait à se marier, elle ne prendrait pas d'autre époux que lui^. Le scandale de sa faveur était public. Elisabeth ne prétendait même pas au mystère. La royauté in partibus de Leicester était admise par Gecil, qui s'adressait gravement à lui pour obtenir de la reine des audiences ou des signatures^. Sébastien de l'Âubespine, évéque de Limoges, ambassadeur de France auprès de Philippe II, écrit au connétable, le 9 juillet 1559, que les conseillers du roi disent beaucoup de mal de la reine d'Angleterre, c la taxant, oultre la religion, de se gouverner avec bien grande liberté^. » Un an après, les récits de sa vie galante sont plus circonstanciés. < Il s'est ici publié de nouveau, écrit Ghantonay à Marguerite de Parme, qu'elle (la reine Elisabeth)
1. Lettre de Votcob à La Forest, en date du 6 août 1566 (Copie du temps; f. fr., toI. 15970, f. 14).
2. Lettre de Cecil À Leicester, du 18 octobre 1568 (Copie ; coll. Horeau, vol. 718, f. 113 bisei 114). Il serait facile de multiplier ces exemples.