Traité de paix fait à Chasteau-Cambrésis, p
début des conférences, il avait sollicité la main de la princesse Claude, seconde fille de Henri II, déjà promise au duc de Lorraine. Le connétable lui offrit Marguerite de France, fille de François P' et sœur de Henri II, alors âgée de trente-cinq ans. Le duc l'accepta avec empressement ^ Dès ce jour, il considéra ses intérêts comme séparés de ceux de Philippe II, et, malgré de nouveaux succès en Piémont, il n'éleva pas ses demandes^.
La ligne des frontières du Nord souleva un plus long débat. Le connétable, qui, depuis sa première jeunesse, avait guerroyé en Picardie et en Champagne, connaissait les moindres villes et prétendait au rôle d'arbitre. Les autres plénipotentiaires français remarquèrent qu'il les soutenait faiblement et que, dans les points douteux, il capitulait sans discussion. Il conférait souvent seul avec le duc d'Albe, avec la duchesse de Lorraine, et portait en séance des concessions toutes faites. Le cardinal de Lorraine se plaignit de la condescendance de son collègue
1. Les négociations du mariage de Marguerite de France sont postérieures au 15 octobre 1558, car une lettre de cette princesse A Charles de Gossé-Brissac, de cette date, Tencourage à faire la guerre au duc de Savoie (Orig., f. fr., vol. 20451, f. 74).
2. Traité de paix fait à Ckasieau-Cambrésis, p. 26 et 36. Une lettre du D' Wootton à lord Gecil» datée de Bruxelles et du 9 janvier 1558 (1559), parle avec détails de la modération du duc de Savoie {Calendar of State papers, fareign séries, 1559, p. 83).
pour les ambitions espagnoles et en informa le duc de Guise. Sur cette dénonciation, le parti des princes lorrains, rivaux des Montmorency, donna libre cours à ses calomnies.
On apprit bientôt dans Tentourage du roi que le duc de Savoie insinuait que le chiffre de la rançon du connétable pourrait être abaissé à la fin de la guerre S et enfin que le roi d'Espagne Tavait fixé à cent mille écus en cas de paix et à deux cent mille en cas de reprise des hostilités^. Malgré les recommandations, ces conditions s'étaient ébruitées. Une lettre autographe du roi à Montmorency porte en post-scriptum : c Beauregard et Roquancourt m'ont dist à ce matin que Meru' leur avoit dict que vous estiés à ranson à sant mille escus au cas que la pays se fist, et, sy elle ne se fayt, à deux sens myle^. > Les ennemis de Montmorency l'accusèrent d'avoir sacrifié les intérêts du roi et de la France au désir de recouvrer sa liberté. Ces reproches étaient mal
1. Bibl. nat., f. fr., vol. 3139, f. 40. Lettre autographe du cardinal de ChÂtillon au connétable, datée du 30 novembre 1558.
2. Relations des ambassadeurs vénitiens, t. I, p. 409, dans la Collection des documents inédits.
3. Le roi écrit Têtu, C'était le surnom familier de Charles de Montmorency, seigneur de Meru, un des fils du connétable. 11 s'était rendu à Bruxelles auprès de son père ; mais nous voyons par deux lettres, une du dauphin François, l'autre du cardinal de Ch&tillon, qu'il allait et venait de France à Bruxelles (F. fr., voL 3139, f. 34 et 49).
4. Lettre autographe, sans date, de Henri II au connétable ; f. fr., vol. 3139, f. 18.
fondés. En montrant ses dispositions conciliantes, le connétable obéissait à des ordres impérieux dont il était seul dépositaire. Le roi Henri II lui écrivait pendant les conférences : c Mon amy , . . . je vous assure que M. de Guy se ne désire la pays, me remontrant tous les jours que j'é plus de moyan de fayre la guerre que je n'us jamès. . . Faytes se que vous pourés afin que nous ayons la pays; et ne monterés sete lestre que au maréchal Synt André et la brûlés aperès. Le dyst personnage (le duc de Guise) a dyst isy à quelquen que, tant que la guerre durera, pas ung de vous deus ne sortirés jamès de prison ; et, pour se, pansési, conune chose qui vous touche^. > Dans une autre lettre : c Pour Tannée qui vient je autant ou plus de moien que je né eu setecy, et croy que Ton ne se fut pas esforcé de trouver ses moiens isy, sy se neust esté l'espérance que Ton a que vous ne serés rien^. > Henri H écrit encore au connétable, dans le style hyperbolique du temps, qu'il c subiroit volontiers la mort, laquelle j'estimerois heureuse et mouroys contant quant je veroys une bonne
1. Lettres inédUes de Dianne de Poytiers, p. 155^ note. Dans une antre lettre, le roi conseille au connétable de traîner la négociation en longueur à moins que les Espagnols le laissent partir sur parole, auquel casait faudra se montrer facile et conci« liant (Antogr. s. d.; f. fr., vol. 3139, f. 20).
2. F. fir., Tol. 3139, f. 8. Lettre autographe au connétable, sans date.
pays et lonme du monde que jayme et estime le plus^. > Gomment un vieux courtisan aurait-il résisté à de tels encouragements?
L'Angleterre n'avait encore pris aucune part aux négociations. Les ambassadeurs de Marie Tudor n'arrivèrent à Gercamp que le 21 octobre. G'étaient Thomas Thurlby, évèque d'Ély, Thomas Howard d'EfBngham, premier gentilhomme de la Chambre, et Nicolas Wootton, doyen d'Yorck. Ils entrèrent en séance le Si4 octobre. Une grave querelle divisait la France et l'Angleterre, la possession de Galais. Le sujet avait été touché dans les réunions précédentes, mais d'un commun accord il avait été ajourné à l'arrivée .des commissaires anglais. Dès l'ouverture de la conférence, les ambassadeurs de Marie Tudor, soutenus par les Espagnols^, déclarèrent que la reprise de Galais était la condition de leur acquiescement à la paix. Les Français ne se montrèrent pas moins absolus; ils refusèrent d'accepter la discussion de la clause. Ge début ne permettait aucune transaction. Les plénipotentiaires espagnols proposèrent alors à Philippe II de laisser les Anglais et les Français
i. F. fr., Tol. 3139, f. 5. Lettre autographe au connétable, sans date.
2. L'opinion publique en Angleterre rendait Philippe 11 responsable de la perte de Calais. Voyez les pièces publiées dans une étude, ApuntanUentos para la historia del rey Philippe II (Mémoires de l'Académie hist. de Madrid, t. YII}.
en présence les uns des autres, et dans TîntervaDe de renvoyer le connétable en France, c puisque, regaignant le crédit, il se pourroit opposer à ces jeunes gens, désirant le trouble, et peu à peu, par ses prudentes raisons, persuader le roy ^ > Le connétable accepta la mission. Il déclara c qu'il estoit amateur de la paix, comme Ton l'avoit toujours cogneu, et que, s'il se pouvoit veoir libre vers le roy, son maistre,
il feroit librement l'office^ > Mais il ne
donna pour le moment aucune suite à ce projet. Les séances des S6 et 98 octobre, 7, 9, 1 3,
1 6 et SI1 novembre montrèrent l'opiniâtreté des Anglais. La restitution de Calais devenait le noeud de la négociation. Les trois parties s'éloignaient chaque jour davantage d'un accommodement, quand, le S4 novembre, arriva à Gercamp un courrier d'Angleterre. On crut qu'il apportait l'ultimatum de la reine Marie Tudor, mais bientôt s'ébruita, malgré les dénégations des députés anglais, une plus grave nouvelle : la reine d'Angleterre était morte le
17 du même mois. Le 96, avant la confirmation de sa mort, le duc d'AIbe et Ruy Gomez proposèrent au connétable et au cardinal de Lorraine de se réunir encore une fois et de conclure ensemble un traité en dehors des Anglais. Les