Ibid,, t. V, p
plénipotentiaires français répondirent qu'ils ne pouvaient rien arrêter avant d'avoir obtenu Calais.
Les conférences furent suspendues et les ambassadeurs se retirèrent^. Leur retraite mettait la paix en péril. Il suffisait d'un coup de main heureux, de la surprise d'une place, d'une rixe entre les postes avancés pour rompre la trêve et rallumer la guerre. Le roi ne confia ses inquiétudes qu'à Montmorency, mais il les manifesta en termes qui justifiaient l'attitude conciliante du connétable : c Mon amy, je ne sauroys vous dire le regret que j'é de vous voir séparer sans rien fere et ne scay quand Dieu permetera que vous vousrassenbliés^. >
La mort de Marie Tudor ne laissait dans le cœur de Philippe II qu'un vide facile à remplir. Le prince ne s'abandonna pas à des regrets hypocrites, et le duc de Feria fut envoyé aussitôt en Angleterre pour saluer la nouvelle reine.
1. Trotté de paix fait à Chasteau-CambrésU, p. 74 et 76. Les ambassadears anglais et espagnols se retirèrent à Braxelles ; le cardinal de Lorraine et les secrétaires d'État du roi de France à Villers-Cotterets. Le connétable, prisonnier sur parole, obtint Tautorisation de se rendre à Paris dans les premiers jours de janvier (Lettre du connétable à François de Noailles, du 11 janvier ; copie ; f. fr., vol. 20620, non paginé, pièce 20).
2. F. fr., Tol. 3139, f. 20. Lettre autographe au connétable, sans date. Dans le reste de la lettre, le roi regrette la suspension d'armes qui, dit-il, n'aura servi qu'à l'Angleterre, et donnera à la reine Elisabeth le temps de s'établir.
Elisabeth, fille de Henri VIII et d'Anne de Boleyn*.
Marie Tudor reposait à peine dans son tombeau de Westminster que le roi d'Espagne demanda la main d'Elisabeth^, à la condition qu'elle professerait la religion catholique. La princesse écouta avec faveur ces propositions, mais évita d'y répondre. Peu de temps après, Philippe n lui écrivit de sa propre main une première, puis une seconde lettre ^, Déjà la reine d'Angleterre s'engageait avec le parlement dans la guerre à l'Église romaine. Son acharnement était un refus déguisé. Philippe II renonça à la couronne d'Angleterre.
Un mois après son avènement, Elisabeth ratifia les pouvoirs des ambassadeurs anglais et leur donna ses instructions ^. Les trois rois désiraient la reprise des conférences, surtout Phi-
1. Les ambassadeurs français réanis à Cercamp savaient déjà, le 25 novembre, que le dnc de Feria était parti pour Londres {Traiié de paix fait à Chasteau-Cambrésis, p. 74 et 75).
2. Les négociations de Pliiiippe II pour épouser Elisabeth d'Angleterre étaient déjà connues à la cour de France le 10 décembre 1558. A cette date, Henri II commande à son ambassadeur à Rome, Babou de la Bourdaizière , évéque d'Angouléme, de conseiller au pape de refuser les dispenses nécessaires {CataL d'autographes de M. Filon, 1877).
3. Les relations de Philippe II et d'Elisabeth sont savamment exposées dans les Mémoires de V Académie royale d'histoire de Madrid, t. VII, p. 249.
4. Voyez la lettre de Henri II à la reine Elisabeth, concernant raffermissement de l'union entre les deux royaumes, en date du 20 janvier 1559 (Copie; coll. Moreau, vol. 717, f. 265}.
lippe Ilf qui n'avait plus rien à espérer de son ancienne alliée ^ Le connétable de Montmorency montrait autant d'empressement que le roi d'Espagne : c Me ferez bien grand plaisir, écrivait-il à Granvelle, de me mander de vos nouvelles et le temps et le lieu où nous nous devons assembler, afin de nous y trouver et parachever ce qui estoit bien commencé^. >
Dès les premiers jours de janvier, les ambassadeurs cherchèrent un lieu de rendez-vous. On ne pouvait songer à Gercamp, abbaye délabrée, inhabitable pendant l'hiver, ni à Cambrai, ville pleine de gens de guerre. La duchesse douairière de Lorraine proposa Cateau-Cambrésis^.
L'évèque de Cambrai y possédait un château démeublé et sans fenêtres. On y pourvut < en faisant faire , à grande diligence , fenestres de papier en châssis de latteaulx^. > Ces réparations furent menées avec négligence et parcimonie. Les ambassadeurs arrivèrent à Cateau- Cambrésis dès les premiers jours de février ; ils s'y trouvèrent plus mal qu'àCercamp.
Avant de reprendre officiellement les négociations, le 1 février, les ambassadeurs français signifièrent aux Espagnols qu'ils rapportaient