‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 59 sur 99 · F. fr., vol. 3159, f · texte numérisé non relu

F. fr., vol. 3159, f

années du règne de Charles IX ^, sur les progrès de la réforme, sur les efforts de chaque prince pour tirer à lui un lambeau du pouvoir. Philippe II voulait tout apprendre ; il exigeait que ses représentants eussent une oreille à chaque porte, depuis Talcôve de la reine jusqu'à la grand'chambre du Parlement. Jamais il ne fut mieux servi que par son ambassadeur en France.

La correspondance de Ghantonay , telle qu'elle existe dans les dépôts manuscrits de Paris, de Bruxelles et de Vienne, forme deux collections à peu près complètes. La première, en langue espagnole, est conservée aux Archives nationales de Paris. Elle se compose de lettres, généralement très longues, souvent en chiffire, que l'ambassadeur écrivait au jour le jour à Philippe II. Bien qu'elle offre un grand intérêt, les faits curieux y sont noyés dans les considérations, les raisonnements, le verbiage où se délectait le roi c le plus paperassier » qui fût jamais. La seconde, rédigée en français, est conservée, partie en original aux archives de Vienne, partie en copie aux archives de Bruxelles^. Elle ne contient que des lettres adres-

1. Ghantonay fut remplacé en janvier 1564 par François de Alava (Arch. nat., K. 1501).

2. Nous ne mentionnons pas la partie imprimée dans le tome II des Mémoires de Condé.

sées à Marguerite de Parme ou à ses ministres, surtout au cardinal Granvelle. Le récit est plus condensé et plus confidentiel. Ghantonay réservait ses secrets à son frère, à la régente des Pays-Bas, les deux artisans de sa fortune politique. II écrivait en diplomate en Espagne, en familier à Bruxelles. Ses lettres françaises sont les seules qui émanent de sa plume ; les lettres espagnoles sont l'œuvre d*un traducteur ^ Il serait à souhaiter, dans l'intérêt de l'histoire, que les premières fiissent publiées.

La guerre entre la France et l'Espagne durait depuis un si grand nombre d'années que beaucoup de seigneurs espagnols ou flamands avaient été dépouillés de terres situées en France. Un acte supplémentaire au traité, en date du 3 avril, les rétablit dans leurs biens. Ces seigneurs étaient le prince d'Orange, le comte d'Egmont comme héritier de la princesse de Gavre, Philippe de Croy, duc d'Arschott, les héritiers de la maison de Vergey, le s. de Troviliers, Charles de Poitiers, s. de Saint-Valier, comme héritier de Guillaume de Poitiers, s. de Saint-Valier, passé au service de Charles-Quint avec le connétable de Bourbon, le duc d'Albuquerque, vice-roi de la Navarre espagnole, c pour quelque vaisselle qu'il dict luy avoir esté prise, » Nico-

1. Ohantonay aToue pluùenre fois dans ses lettres qu'il ne connaît pas la langue espagnole.

las Polweiler et ses frères, seigneur fraoccomtois, moitié capitaine, diplomate ou espion, qui avait habilement servi la cause impériale sur la frontière de FEst. En retour de ces restitutions, le roi de France fit valoir les droits de ses partisans^ ; de la princesse Marie de Bourbon, duchesse d*Estouteville, sur le comté de Saint*PoP; d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, propriétaire, du chef de la maison de Vendôme, du duché d*Enghien^, entre Mons et Bruxelles, des terres d'Oisy, de Rhodes, de Flandrin, de Hambordin, de la chàtellenie de Lille, des seigneuries de Dunkerque, de Gravelines et de Bourboui^^; de Diane de Poitiers, qui avait reçu de son père plusieurs domaines dans le royaume de Naples ; et enfin de quelques Italiens dévoués à la France, Hippolyte d*Este, cardinal de Ferrare, Thomas

1. Lettre de Henri II à Philippe il, da 30 avril 1559, en faveur du s. Jehan-Marye Tîsson, comte de Dezane (Orig.; Arcb. nat., K. 1492» n* 34).

2. Article 17 da traité de Cateaa-Gambréftis. Cette restitution souffrit quelques difficultés de la part des Espagnols {Corraponr dance de la duchetie de Parme, in-4y t. I, p. 52).

3. Le duché d'Enghien fut vendu par Henri IV au prince d'Aremberg. Depuis le traité de Cateau-Cambrésis, la maison de Bourbon sollicitait vainement du roi d'Espagne l'autorisation de s'en défaire. La négociation avait commencé en 1560 (Lettre de Cbantonay au cardinal Granvelle, en date du 31 Juillet 1560; registre de copies conservé aux archives de Bruxelles).

4. Nous prenons cette liste dans une lettre de Segur, envoyé longtemps après en Flandre pour mettre ces biens en gage (Ve de Golbert, vol. 402, f. 86).

d'ElbeDC, général des finances, Scipion de Fiesque* et Octave Fregose*.

Un autre acte, signé par le duc d'Albe et le connétable de Montmorency, régla la situation des prisonniers des deux nations. La destinée de ces malheureux était digne de pitié. D'après les coutumes barbares du temps, ils devenaient la propriété du vainqueur. Les seigneurs, les gentilshommes de haut parage rachetaient leur liberté au prix d'une forte rançon. Les simples hommes d'armes, les gens de pied sans ressources étaient envoyés par troupes aux galères. Les navires espagnols et français étaient ainsi peuplés de rameurs, qui n'avaient commis d'autre crime que de se laisser désarmer sur le champ de bataille. Soumis au dur régime de la mer, battus, traités en vils criminels échappés de la potence, ces pauvres soldats, qui avaient porté glorieusement la pique et l'épée, mouraient pour la plupart sur le banc des galères sans avoir les moyens d'informer

1. Scipion de Fiesque, comte de Lavagne, marié à Aiphonsine Strozziy an des pins ardents capitaines da parti français en Italie. La restitution de ses biens et notamment de la terre de PontremoJi souffrit des difficultés. Voyez les lettres de François II et de Catlierine de Médicis à Philippe II, en date du 3 février 1559 (1560) (Arch. nat., K. 1493, n*- 33 et 35), et celles de Charles IX et de Catherine à la république de Géues, du 18 avril 1563 (Ibid., K. 1499, n- 52, 53 et 60).

2. Acte du 3 avril 1559; copie du xyii* siècle; f. fr., vol. 3153, f. 155.

leurs familles qu'ils vivaient encore et qu'une faible rançon les rendrait à leur patrie. Il fut convenu entre le duc d'Albe et le connétable de Montmorency que tous les gens de guerre, tant de pied que de cheval, retenus dans les prisons ou sur les navires seraient c relaxés de bonne foy » sans rançon; qu'ils n'auraient à payer que l'argent emprunté ; que, s'ils n'avaient pas les moyens d'acquitter leurs dettes, le montant en serait établi par acte devant les officiers du roi et le recouvrement poursuivi par voie diplomatique ; que, en échange de la nourriture des prisonniers français (environ 30,000 écus), le roi de France délivrerait sans rançon neuf capitaines de gens de pied ^ ; et enfin que les deux rois pourraient envoyer dans les villes et les forteresses, dans les ports et sur les navires, des commissaires chargés de reconnaître les captifs de leur nation'.

Cette convention fut très mal accueillie par les capitaines espagnols. Ils se disaient frustrés de leurs droits les plus précieux et ruinés par les frais d'entretien de leurs prisonniers. Toute ruse servait à l'avarice castillane pour retenir sous clef les gages vivants de ses créances, c II y en

1. Cet acte est imprimé dans Négoeiatians $oui François II, p. 250. Panni ces priaoaniers se trouvait le célèbre don Bernardino di Mendoca.

2. Copie auUientiqaée; f. fr., Tol. 3119, f. 44. — Autre copie auttieoUquéei f. fr., toI. 15872, f. 75.

a ici, écrit au roi Sébastien de TAubespiDe, ambassadeur auprès de Philippe II à Bruxelles, plus de deux ou trois cens, dont chacun veult tirer jusques au sang, et que l'on renvoie de saint Pierre à saint Paul quand il est question déjuger leurs difficultés et différends ^ » Philippe II montra une générosité inattendue et donna l'ordre de relâcher tous ces malheureux ; mais ses secrétaires tirèrent bénéfice de la munificence de leur maître. L'Àubespine donna 500 écus au secrétaire de la Torre et délivra d'un seul coup les gens d'armes et les archers des compagnies du dauphin, du comte de Yillars, du s. d'Estampes ^ et les gens de pied de Villebon^. Il agit de même vis-à-vis du secrétaire Erazzu et obtint, malgré l'opposition de Philippe de Salm, dit le comte Rhingrave, le renvoi de Lansac, capitaine et négociateur, qui avait rendu des services signalés au roi en Italie^. Dans le courant de mai, une commission nommée par le roi de France parcourut les châteaux forts de la Flandre et libéra, en vertu de son autorité, une foule de soldats : les gens

1. Lettre originale de Sébastien de i'Aubespine au roi, en date dtt 7Z mai 1559 (F. fr., vol. 6614, f. 36).

2. Lettre originale de Séiiastien de l'Aubespine au roi, en date da f juin 1559 (F. fr., vol. 6614, f. 23).

3. Lettre originale de Sébastien de l'Anbespine au roi, en date du 27 mai 1559 (F. fr., vol. 6614, f. 44).

4. Lettre de Sébastien de TAubespine, du t** juin (Orig., f. fir., Tol. 6614, f. 23).

de pied, sans rançon; les hommes d'armes, censés gentUshommes, moyennant une somme d'argent, équivalente à une année de leur soldée Les seigneurs, auxquels les Espagnols supposaient des ressources, étaient tarifés à des chi&es plus ou moins élevés. Le s. de Fumel, du Périgord, fut obligé de s'engager pour 1 ,150 écus, d'Âubigny pour 5,000, Senarpont pour un chiffre excessif qui suscita une vive contestation. On demanda 15,000 écus au s. de Haintenon. Le s. d'Annebaut, au contraire, fut relâché moyennant quelques écus. La situation des pages semblait douteuse. En principe, le duc de Savoie les déclara de bonne prise ; mais le comte d'Ëgmont, mécontent de cette décision, les assimila aux gens de pied. Les compromis donnaient lieu à de tels débats que Philippe II désigna un tribunal composé de Berlaymont, de Glayon et du président Viglius pour juger en dernier ressort les prétentions des capitaines espagnols^.

Les recherches des commissaires français ne furent sérieusement poursuivies qu'en Belgique^ . Pas un officier du roi ne pénétra en Espagne.

1 . L'un des procès-rerbaux de celte commiftaion , daté da 2 juin, est conservé dans le toI. 6617 du fonds français, f. 64. I^ liste des prisonniers ne contient ancan nom connu.

2. Lettres originales de Sébastien de TAubespine, du t*** jnin et du 2 juillet (F. fr., vol. 6614, f. 23 et 27).

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