Lettre de Mansfeldt da 19 Juin (Ibid., f
RomeroS qu]\ sous prétexte de ravitailler la ville, piUa Verdun et y commit toute sorte d'excès ^. Mariembourg fut c rendu quasy inhabitable , de sorte que, advenant Thiver, écrit un capitaine, les soldats seront mal accommodés. » Les puits étaient c ors et sales, et infectés d'ordures; » les moulins brûlés, les maisons sans toiture. Pas un ornement n'était resté dans l'église^. Ces dégradations n'ont rien qui étonne au xvi* siècle. Les lois de la guerre n'obligeaient pas le roi de France à restaurer ces places au profit du roi d'Espagne. Aussi l'ambassadeur de Philippe II, malgré ses dispositions à la censure, ne trouva à formuler aucune réserve*.
L'article 1 8 du traité stipulait que le Gharolais serait rattaché à la Franche-Comté et retour^
1. Ce capitaine était fort coodq en France et seryait depuis le règne de François I*'. Il mourut à Crémone, en 1578, premier maître de camp général de Tarmée espagnole. Voyez Brantôme, t. VI, p. 261 et note.
2. Lettre de Sébastien de TAubespine an connétable, du 9 juillet 1559 (Orig., f. fr., vol. 6614, f. 30). Cette affaire donna lieu à une enquête (Lettres de Cbantonay au cardinal de Lorraine et à Marguerite de Parme, du 20 décembre 1559 et du 21 jauTier 1560; registre de copies conserré aux archiTes de Bruxelles). Voyez aussi la Correspondait de la duchesse de Parmey in-4, 1. 1, p. 81 et 131.
3. Lettre autographe de A. de Blondel au roi d'Espagne, du 29 Juin 1559 (Arch. de Bruxelles; lettres de seigneurs, toI. 21, f. 164).
4. Lettre de Chantonay à Marguerite de Parme, du l*' décembre 1559 (Registre de copies conservé aux arcblyes de Bruxelles).
nerait au roi d'Espagne. Le 2 juillet 1559, Henri II signa Tordre de restitution et le fit exécuter*.
Philippe II montra moins d'empressement à faire honneur à sa parole. Dès son arrivée à la cour, Perrenot de Ghantonay fut mis en demeure, d'abord avec modération, puis avec insistance, d'obéir aux stipulations du traité. Chaque jour il justifiait ses délais par de spécieuses raisons. Tantôt il attendait les ordres de son maître; tantôt les capitaines français n'avaient pas rempli toutes leurs obligations. Le voyage de Philippe II en Espagne, en août 1559, lui fournit longtemps un prétexte. Sans doute, le roi catholique, informé des rapports tendus de la France et de l'Angleterre, jugeait que la guerre était proche et que, dans une campagne qui pivoterait autour des murs de Calais, la possession des villes de Saint-Quentin, de Ham et du Catelet serait un précieux appoint à offrir, suivant l'intérêt de l'Espagne, aux deux nations belligérantes. Le S2 octobre, le cardinal de Lorraine adressa de sérieuses représentations à l'ambassadeur^. Philippe n avait inventé une autre défense. Il élevait des réclamations au sujet
1. Une copie de cette pièce est conservée dans la collection Moreau, vol. 740, f. 3.
2. Lettre de Ghantonay à Ifargaerite de Parme, dn 22 octobre 1559 (Registre conserré aux archives de Bruxelles).
de quelques villages, voisins de Metz, que d'anciens états féodaux rattachaient au duché de Luxembourg^, et avait envoyé à la duchesse de Parme Tordre de rendre Ham et Saint-Quentin, si les réclamations du roi de France devenaient trop pressantes, mais de garder à tout prix le Gatelet comme gage de la restitution des villages messins^. Sur ce terrain, des négociations nouvelles s'engagèrent et prirent bientôt tant d'aigreur que le duc de Guise jugea prudent d'envoyer son frère, le duc d'Aumale, à Metz, et de renforcer les compagnies commandées par le s. de Saint-Nectaire^. Vers les derniers jours de novembre, à Amboise, le roi appela Ghantonay dans l'embrasure d'une fenêtre et lui reprocha en termes amers les tergiversations de son maître. Le cardinal de Lorraine, qui rôdait comme par hasard auprès du roi, se mêla à l'entretien. Dans une sorte de discours étudié.
1. Ces villages étaient Lames, Saulcy, EuDery, Boosy, Fleny, Ay, Malroy, Arcancy, Trommery, Estauges, Villers-les-CaTisy et SerTJgny. Lames était on fief du Hainaat; tous les autres étaient des dépendances du Luxembourg {Ccrrespondance de la duehesie de Parme, t. I, p. 85, note).
2. Correspondance de la duchesse de Parme, 1. 1, p. 58, 63, 65, 84 et 91.
3. Cette affaire est longuement traitée dans les lettres de Chan* tonay des 3 et 14 et 20 février, 2 mars, 22 ami et 21 mai 1560 (Registre de copies conservé aux archives de Bruxelles). L'affaire n'était pas encore terminée à la date da 4 janvier 1561 (Instrno Uon de Piiilippe U à don M anrique de Lara ; orig. espagnol ; Arch. nat., K. 1495, n* 14).
nourri de faits, il fit valoir la ponctualité du roi de France vis-è-vis de c son bon frère d'E»pagne, > par comparaison avec Tinexactitude du roi catholique. Il y ajouta des plaintes fondées. Les capitaines, campés à Saint-Quentin, à Ham et au Gatelet, y commettaient toute sorte d'excès. Dans la campagne, ils empêchaient la semence des terres en réquisitionnant le grain et le bétail; dans les villes, ils écrasaient les habitants de taxes de guerre, enlevaient les meubles et démontaient les toitures pour le chauffage des soldats. Sans doute, ajoutait le cardinal de Lorraine, c le bon frère du roi » ne devait pas être rendu responsable de Tinexécution du traité, mais il n'en était pas moins vrai que la France n'avait reçu aucune des compensations promises. À ces reproches, Ghantonay balbutia quelques excuses. Il n'osait avouer le motif des nouveaux délais de son maître. Philippe II ne pouvait payer ses troupes et livrait les villes françaises et leurs habitants aux exactions de ses soldats^. Le soir même, Ghantonay écrivit à Marguerite de Parme. La princesse avait l'esprit droit et n'aimait pas à suivre Philippe II dans les sentiers tortueux de sa politique. Elle emprunta à un marchand d'Anvers, Juan Lopez Gallo, l'argent nécessaire à la solde et licencia
1. Coneip<mdanct de la duchesse de Parme, t. I, p. 58, 94, etc.
les compagnies. Le roi de France, fatigué d'attendre, s'était décidé à une démonstration d'un grand effet moral : il avait rappelé les otages espagnols pour le 20 décembre, le duc d'Âlbe à Bayonne, le prince d'Orange et le comte d'Egmontà Péronne^. Le 8, Mai^uerite écrivit au roi de France que les places seraient restituées le 1 8 de ce mois. Aussitôt François II lui répondit :
Ayant, cooime j'ay faict, procédé de ma part si sincè« rement et franchement en ce que j'ay deu faire, il me sembloit que Ton en deyoyt faire ainsi. Et à vous parler firanchement ay trouvé estrange que l'on ayt voulu retarder cela pour l'occasion d'aucuns petitz villages, dont Tambassadeur du Roy, mon bon frère, me parla dernièrement, lesquels il dicl estre de Luxembourg
Je ne laisse de despécher présentement courrier exprès sur les lieux, afOn que, l'ayant entendu, j'en puisse respondre plus aeurement, estimant néanmoins que une si légière occasion ne sera pour rien retardée de ladicte restitution, joincte qu'il fault croyre que, entre les amys^ telz que nous sommes^ ledict seigneur roy et moy, nous n'aurons jamais &ulte de bon compte^
La restitution des places fortes eut lieu après
1. Lettre de Chantonay à Ifargaerite de Parme, du 1** décembre 1559 (Registre de copies conservé aux archives de Bruxelles}. — Antre du 5 décembre (Ibid.). — Le comte d'Egroont s'était rendu à Reims le 14 septembre {Correspondance de Philippe II publiée par M. Gacbard, in-4, t. I, p. 86).
2. Registre de U correspondance de Chantonay oonserTé aux arcbîTes de Bnuelies.
quelques jours de retard, au mois de janvier ^ Le roi dit à Ghantonay qu'il n'attendait pas moins c de son bon frère d'Espagne. » L'ambassadeur, toujours malveillant, trouva moyen de donner tort à la France et écrivit à Marguerite de Parme que François II et ses conseillers avaient fait preuve d'une susceptibilité puérile en rappelant les otages^. Il se dédommagea de sa défaite en soulevant des difficultés sur la propriété de certains villages riverains de la frontière, dont la nationalité était douteuse, entre autres sur l'abbaye de Saint-Jean de Haumont'. Plus tard, il revendiqua les terres qui entouraient le fort de TÉcluse et l'embouchure de la rivière de Gravelines près de Saint-Omer. La question soulevée en 1563 ne fiit résolue qu'en 1618^. Les successeurs de Ghantonay imitèrent son exemple. En 1579, la propriété de la chàtellcnie de Beaurain en Artois fut l'objet de longues conférences à l'abbaye de Saint-
1. Déclaration de Sébastien de l'Anbespine rapportée dans nne dépèche de Ghantonay à Philippe II (fin jan?ier 1560} (Arch. nat., K. 1493, n* 24}. — Voyez aussi les lettres contenues dans la Correspondance de la duchesse de Parme, t. I, p. 87 et 103.
2. Lettres de Ghantonay à Marguerite de Parme, du 11 et du 17 janvier 1560 (Registre de copies conserré aux archlTes de Bruxelles). — Lettre de Philippe H à Ghantonay (Arch. nat, K. 1493, n* 24).
3. Lettres de Ghantonay des 12, 20, 21 et 30 décembre 1559, et f'JanTier 1560, etc. (Ibid.)-
4. Les négociations de cette affaire sont contenues en copie dans les toI. 18741, 18742 et 23416 du fonds français.
André-aux-Bois^. Ces discussions de frontière avaient peu d'importance, mais elles démontraient i'àpreté querelleuse des représentants du roi d*Espagne.
L'alliance des rois de France et d'Espagne, malgré de légers nuages, dura jusqu'à la Ligue; mais elle n'eut jamais la cordialité et la franchise qui, au milieu des tempêtes de la réforme, auraient dû lier les deux grands souverains catholiques. Philippe II, aveuglé par sa méfiance jusqu'à méconnaître ses propres intérêts, ne cessa de miner sourdement la monarchie des Valois. Il fut habilement servi par son ambassadeur. Perrenot de Chantonay était un diplomate d'une pénétration remarquable, mais d'un caractère trop soupçonneux. Dans toutes ses missions il avait apporté un esprit brouillon plus propre à créer des ennemis que des alliés à son maître. Il plaisait au roi d'Espagne par ses défauts mêmes, car Philippe II, qui ne croyait à la bonne foi de personne, aimait que ses agents fussent toujours en garde. Le souverain et l'ambassadeur se flattaient que leur méfiance les mettrait à l'abri du danger d'être dupes. Partout Chantonay voyait des adversaires. Tous les actes de François II, des Guises,
1. Les procès-Terbaux de la conférence de SaintrAndré-auz* BoiB sont conservés en copie dans les vol. 197 de la coll. Dopny et 17869 du fonds firançais.
et plus tard de Catherine de Médids, du roi de Navarre et de Charles IX étaient incrimioés.
Crédule aux faux rapports, aux dénonciations ramassées par des intrigants pour le satisfaire, il faisait la cour à son maître en représentant le roi, la reine, les princes, les seigneurs de la oour comme des ennemis cachés ou déclarés. Ses mauvaises dispositions se dévoilèrent si ouvertement que le roi de France demanda son rappel. François II se plaignit à Sébastien de TÂubespine, ambassadeur à Madrid, c des déportemens de l'ambassadeur estant auprès de moy, lequel, depuis le commancement de sa venue jusques à ceste heure, ne m*a jamais donné une seule occasion de me contenter de luy, ny d'avoir d'autre oppinion sinon qu'il ne prenoit nul plaisir de nous voir, son maistre et moy, si bons amys^. » La démarche fut mal accueillie à Madrid. Les plaintes du roi de France étaient des gages de confiance aux yeux du roi d'Espagne. Malgré le c malcontentement du roy de se voir si mesprisé et desdaigné d'un tel galand, » Ghantooay fut maintenu à la cour de France pendant plusieurs années. Son aigreur, son mauvais vouloir
1. Lettre de Fraoçois II à Sébastien de l'Anbespine, juin 1560 (Minute, f. tr,, toI. 15874, f. 53). La lettre est accompagnée d'ane minute de lettre du cardinal de Lorraine au même ambassadeur sur le même sujet (f. 51}.
continuèrent à oompromettre la bonne entente des deux rois. Heureusement pour ralliance, Marguerite de Parme, en outre de ses inclinations conciliantes, avait des raisons personnelles de plaire à la cour de France. Depuis longtemps elle était en procès avec Catherine pour la succession de la maison de Médicis. Les biens épars en Italie lui importaient peu, mais elle désirait rentrer en possession du logis à Rome de son premier mari, Alexandre de Médicis, duc de Florence. Aussitôt après la paix de Gâteau- Gambrésis, elle chargea Ghantonay de demander à la reine mère une simple renonciation aux droits qu'elle pouvait avoir sur ce palais. La lettre, écrite par une princesse, dont on ne connaît guère que le génie politique, est touchante. Elle expose qu'elle a longtemps habité cette maison, que son fils y est né, que les meilleurs souvenirs de sa jeunesse s*y rattachent, qu'elle désire s'y retirer et y finir ses jours. A ce prix, dit-elle, elle renoncerait sans regret à tout le reste des biens de Topulente famille de Médicis^. Catherine se hâta de satis-
1. Cette curieuse lettre, datée du l"' août 1560, est conserTée aux archiTes de Bruxelles (Collection de documents historiques, t. XI, p. 23). Un peu plus tard, Marguerite renonça an palais Ifédicis pour se retirer à Ortona, dans le royaume de Naples, et Catherine reprit possession, le 15 janvier 1572, de la maison patrimoniale. On conserve dans les Vc de Colbert, vol. I, une série de pièces relatives à cette affaire.
faire la prÎDoesse et acquit une alliée fidèle en retour de la concession. Marguerite Ten récompensa par ses habiles intercessions auprès de Philippe II. Jamais, pendant le temps de son administration dans les Pays-Bas, ralliance franco-espagnole ne fut sérieusement troublée, même par la mauvaise volonté de Ghantonay.