‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 64 sur 99 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Mariage, vie et mort é^ Elisabeth de Valois.

Portraits d'Elisabeth et de Philippe H. — Mariage d'Elisabeth de Valois avec Philippe II. — Départ d'Elisabeth pour l'Espagne (18 novembre 1559). — Son arrivée à Ronce vaux (2 janvier 1560). — Première entrevue de Philippe U et d'Elisabeth à Guadalaxara (30 janvier). — Arrivée du roi et de la reine d'Espagne à Tolède.

Vie d'Elisabeth de Valois en Espagne. — Elisabeth et ses dames. — Querelles de préséance. — La reine d'Es* pagne renvoie en France les dames qu'elle avait amenées en Espagne. — Bon r61e et son influence politiques.

Elisabeth et don Garlos. — Portrait de l'infant. — Ses amours prétendus avec la reine d'Espagne. *- Négociation du mariage de don Garlos avec Marguerite de Valois.

Banté, grossesses et mort d'Elisabeth de Valois (3 octobre 1568).

Nous allons revenir en arrière, au lendemain de la paix de Cateau-Cambrésis, pour raconter le mariage de la fille de Henri II, Elisabeth de Valois, dont l'union avec Philippe II avait été la condition déterminante du traité. La poésie et le roman ont couvert de fictions romanesques

la vie et la mort de cette princesse. D'après la tradition, elle aurait été mariée à un vieillard et, prise de passion pour le fils de son mari, comme la Phèdre antique, elle aurait payé de la vie ses coupables amours. Ce récit doit sa fortune à deux avantages : il satisfait le goût du merveilleux que les âmes simples recherchent involontairement dans le passé ; il permet d'imputer un crime de plus à un souverain naturellement peu sympathique. Malheureusement pour la poésie de l'histoire, la tradition n'a aucun fondement. Elle n'est même pas vraisemblable. Née le 2 avril 1 545, Elisabeth comptait quatorze ans trois mois et vingt jours à la date de son mariage. Philippe II avait trente^eux ans et un mois. La différence des âges est sans doute marquée, mais elle ne suffit pas à justifier les tableaux où la princesse est représentée comme sacrifiée à un vieillard jaloux et s'efforçant de retarder l'heure de lui appartenir. On verra plus loin qu'il n'y a pas plus de vérité dans les récits de son amour pour don Carlos, fils de Philippe II, enfant idiot, devenu fou furieux, auquel elle avait primitivement été destinée.

La nouvelle reine d'Espagne était une jeune fille brune, d'une taille mince^ de tournure élégante et de traits réguliers, c De sa personne ni grosse ni grande, dit un ambassadeur vénitien, pas trop belle de figure. Mais tout son corps

est dans de belles proportions et il règne en elle le plus grand charme ^ > Sans mouvement dans le regard, elle n'avait rien de la beauté provocante et de la grâce libertine de sa sœur cadette, Marguerite de Valois. Insignifiante dans sa conversation, elle parlait peu et gardait, même au milieu de ses compagnes, une attitude résignée qui ressemblait à de l'indifférence^. Son enfance, souvent maladive, s'était écoulée tristement. Cependant elle avait reçu une éducation très soignée, comme tous les enfants de Henri II. Elle avait appris le latin et même le grec avec Marie Stuart, à laquelle, d'ailleurs, elle ne saurait être comparée. Les flatteurs disaient qu'elle composait de jolis vers, mais toutes les attributions paraissent encore incertaines^. Élevée par Catherine de Médicis, elle

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