‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 77 sur 99 · Gnadalaxara · texte numérisé non relu

Gnadalaxara

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petits arbres verts, où étoient enfermés un sanglier, un loup et plusieurs lierres et conils.

A la porte de la ville y avoit un arc triomphant, duquel pendoit une nuée, dont sortit une flUe qui lui pr^nta les clefs avec plusieurs vers faits à sa louange. Plus avant dedans la ville y avoit un autre arc rempli de hautbois et musiques. Le poêle étoit de drap d'or porté par les douze régidores, vestus de grandes robes de velours cramoisi, brodées de larges passemens d'or et doublées de pennes de soie grise.

Ayant élé à Téglise, elle fut menée au palais du duc de rinfantasque, Tun des plus beaux de toute TEspagne, où l'attendoil la princesse, sœur du roi catholique, veuve du roi de Portugal et mère du roi de Portugal à présent régnant ; laquelle vint au-devant de la reine jusques au principal escalier, où elle la reçut avec tous les honneurs et caresses que leurs grandeurs requéroient. Le soir, à la requête de ladite princesse, la reine fût servie à l'espagnole de la viande de la princesse et par ses ofOders. Et, estant toutes deux à table en même honneur^ quatre des principales damoiselles de la princesse les servirent de pannetier, échanson et écuyer tranchant.

Et continuèrent en cette feçon jusques au 30* du même mois. Auquel jour le roi arriva et, travesti et déguisé qu'il étoit, assista tout au long du souper de ces dames. Et, sur les huit heures du soir, envoya visiter la reine et lui faire entendre son arrivée, afln qu'elle se tint prête pour l'épouser le lendemain, sans qu'elle Peut encore vu qu'en peinture.

Le lendemain, la reine, vêtue d'une grande robe de toile d'argent à grandes manches fourrées de loup cervier, la cote de même, toute couverte par le devant de rubis, perles, diamants et autres pierreries et coiffée à la françoise, fut prise à la main et menée par Madame la

princesse^ comme sa marraine» en une grande salle du palais, en laquelle y avoit un dais de drap d'or frisé, et dessous ycelui deux chaires de semblable hauteur, dedans lesquelles s'assirent la reine du côté droit et la princesse de Tautre.

De la part de Sa Msyesté très chrétienne, hors du dais, estoit le prince de La Roche-sur- Yon et maître Sébastien L'Aubespine, évàque de Limoges, ambassadeur de France, assis sur des petites selles couvertes de velours cramoisi. Et du rang de la princesse étoient le cardinal de Burgos, la damoîselle de Bourbon et la dame de Rieux; au bas les autres seigneurs et dames.

Le roi, ayant été quelque peu attendu par la reine, arriva sur les dix heures, vêtu d'une petite robe à collet carré de velours violet, toute couverte d'or et d'argent, et doublée de toile d'argent, brodée aussi par le dedans, et les chausses blanches à Pespagnole de même broderie.

Au-devant et après le roi marchoient grand nombre de ducs, marquis et comtes, et grands seigneurs, chevaliers de la Toison, qui tous vinrent baiser les mains de la reine et de la princesse sans qu'elles bougeassent de leurs chaires. Puis le duc de Tlnfantasque» comme parrain du roi, le mena en la salle. En laquelle il ne Ait pas sitôt entré que la reine se leva debout sans bouger, laissant approcher le roi jusque près du trône où elle estoit. Et, comme il montoit, elle s'avança trois ou quatre pas et, se rencontrant au milieu de l'aire, le roi lui ayant fait une grande révérence et elle répondu de même, il lui voulut baiser la main, ce qu'elle refusa, et, lui voulant faire le semblable» il ne le voulut non plus permettre.

Le 28 janvier 1 560,, le jour de l'arrivée d'Elisabeth à Guadalaxara» Philippe II était encore à Madrid. Le 29, il partit pour Alcala et, le 30, il

rejoignit la reine ^ Brantôme présente sous de sombres couleurs la première entrevue de la reine et du roi : c J'ay ouy dire, dit-il, que la première fois qu'elle vit son mary elle se mîst à le contempler si fixement que le roy, ne le trouvant pas bon, luy demanda : c Que mirais, € si tengo canas? > C'est-à-dire : c Que regarc dez-vous, si j'ai les cheveux blancs? » Ces mots luy touchèrent si fort au coeur que depuis on augura mal pour elle^. » Aucun document ne confirme ces commérages.

Incontinent le cardinal de Burgos les fiança de nouveau et, pendant que il se préparoit pour chanter la messe, le prince de la Roche-sur-Yon, l'ambassadeur, M"* de Bourbon et tous les autres serviteurs domestiques de la reine allèrent pour baiser les mains du roi et de la reine et de la princesse, ce que le roi ne voulut permettre; obstant la coutume du pays^ qui n'admet à baiser les mains des rois et reines autres que leurs naturels sujets.

Ce fait, le roi, conduit par le duc de Flnfantasque, et la reine par la princesse allèrent jusques à la porte d'une grande salle, où le cardinal de Burgos les épousa. Et, au lieu d'un rubis et diamant que on baille en France, il leur donna à chacun un fort beau rubis, puis bailla au roi treize écus qu'il présenta à la reine, laquelle les mit en un bassin d'or pour Toffrande. Et lors le roi prit la reine par la main et la mena jusques au siège qui leur

1. Arch. nat., K. 1493, n* 32. Lettre originale de Philippe II à Ghantonay, en date du 2S janTier 1560.

2. Brantôme, t VUI, p. 9, 6dit. de la Société de l'hisloire de France.

estoit préparé aumilieu de la salle, où ils s'agenouillèreûl tous deux et la princesse au-dessous de la reine en pareil honneur.

Les cérémonies semblables à celles de France, sinon que, la paix présentée au roi après Tévangiie dit, Sa Majesté en déféroit Thonneur à la reine, laquelle la refusolt et renvoyoitau roi, qui lors la baisoit; puis on la présentoit à la reine, qui en déféroit aussi Thonneur à la princesse, laquelle fesoit de même à la reine que elle ayoit fait au roi.

L'arbrifou * étoit d'un tissu d'or, lequel fut mis sur répaule du roi, parce qu'il avoit été marié, et étendu sur la tète de la reine. Puis, sans Tôter, Ton posa sur leurs épaules une chaîne de grosses perles, rubis et diamants, si longue qu'elle les tenoit en double tous deux accouplés et enchaînés par le col. Et en cest estât demeurèrent despuis révangiie jusques à la On de la messe, tenant toujours chacun un cierge de cire blanche.

La messe dite, le roi mena la reine en sa chambre, se retira en la sienne, puis retourna demi-heure après pour la mener dîner avec Madame la princesse en convy public, auquel le roi s'assit au milieu de ces deux dames et tous trois servis de même façon et par les mêmes damoiselles que dessus; si non que Ton flst cet honneur à Madamoiselle de Bourbon de la faire servir la reine d'échanson, qui est le plus grand honneur que L'on puisse faire par delà aui princesses et filles de grande maison ; les viandes servies par les pages.

Durant le diner n'y eut autre cérémonie, sinon que Ton chanta force chansons à la louange de la reine, qui après dîner fut conduite par le roi en sa chambre, se retirant en la sienne jusques au soir, que il la vint reprendre et mener au bal. Puis allèrent souper en la

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