‹ Le traité de Cateau-CambrésisChapitre 91 sur 99 · Calendars, 1564, p. 192, 356 et soiv · texte numérisé non relu

Calendars, 1564, p. 192, 356 et soiv

3. Lettre de Saint-Soplice à la reine, da 19 aoât, publiée dans les notes des Lettres de Catherine de MédicUy t. II, p. 218.

long et pénible. Enfin, le 7 octobre , Saint- Suplice informa Catherine de la convalescence de sa fille^. Un mois après, il ne restait plus rien de Taccident du 5 août, et Saint-Suplice écrit à la reine : c Vostre fille est sortie déjà aux champs par trois fois et ne s'y peult désirer autre chose, si n'est que le Roy couche avecques elle, ce qu'il a bien fort volunté de faire, luy ayant desjà escript du bois de Segovie qu'elle luy mandast si pourroient coucher ensemble à son retour, qui sera dans deux jours, ce que les médecins ne veulent si tost permettre. Toutesfoys je me doubte qu'ils n'en seront creuz 2. »

 la fin de 1 56S la reine d'Espagne fut déclarée officiellement en état de grossesse pour la seconde fois. Saint-Suplice lui proposa de faire venir une sage-femme de France, mais l'étiquette ne permettait pas l'ingérence d'une étrangère. Les couches d'Elisabeth étaient attendues avec anxiété en France. Le bruit s'était répandu que le duc d'Anjou visiterait la cour d'Espagne à cette occasion. Enfin, le 1 1 ^ août 1 566, Elisabeth

1. Lettre de Saint-Saplice à la reine mère, da 7 octobre 1564 (Orig., f. fr.» Tol. 15880, f. 270). — Voyez aussi la lettre de Catherine de Ifédicis et celle de Cliarles IX {Lettres de Cathê' rine de Médieis, t II, p. 232).

2. Lettre de Saint-Saplice à la reine, da 9 noTembre 1564, pabllée dans les Uttres de Catherine de MédieU, t. n, p. 237, note.

3. Cette date a toujours été mal fiiée. Tons les historiens fixent an 1*' aoàt la naissance de Tinfante Isabelle. Hais une

ressentit les premières douleurs. Philippe II n'avait voulu laisser à personne le soin d'assister sa femme, c Jamais, écrit Fourquevaulx à Catherine de Médicis, il ne quitta Tune des mains de lad. dame, la confortant et lui donnant courage du mieux qu'il savoit et pouvoit. Peu de temps avant les grands coups, il luy donna de sa main le breuvage que vous, Madame, avez ordonné, lequel eut telle force qu'elle se délivra bientôt après, sans sentir comme rien de peine. > Quand on lui dit qu'il était père d'une fille, Philippe II remercia Dieu, c disant à tous qu'il estoit le plus content des princes du monde et trop plus aise d'avoir une fille que si ce fut un infant. > L'ambassadeur de France le trouva au chevet de la reine, garde-malade aussi dévoué que les matrones de la chambre royale. On aime à voir ce prince, que l'histoire représente sous des traits si durs, s'amollir au contact de son bonheur paternel. Fourquevaulx vit aussi la reine, c Sa Majesté, dit-il, avoit bien la parole bonne et le sourire accoustumé ; néanmoins son visage estoit bien maigre et blême. Bientôt elle fut prise d'accès de fièvre tierce double. > Philippe II redoubla de soins. Un médecin fran*

lettre de Philippe H, da 1% août, ditpoêitiTement que le dimanche 11 août 1566, Teille da Jour où il écrit, la reine est accouchée d'ane fille (Orig. espagnol en date du 12 août 1566; Arch« nat., K. 1506, n* 34).

çais, le s. de Montguyon, avait été envoyé par Catherine. Il n'obtint pas l'autorisation de fran* chir la porte du palais. Les médecins espagnols décidèrent que la fièvre provenait de c la faute de la royne de ne s'estre suffisamment purgée > et saignèrent au pied, le 14 août, cette jeune femme de vingt ans qui se mourait de faiblesse.

Les recommandations que Catherine avait envoyées par Montguyon furent peu écoutées, c J'entends que ces médecins espagnols, écrit Fourquevaulx, en ont méprisé la plus part, comme grosses bétes qu'ils sont, n'ayant rien que présomption et arrogance en eux^ >

La nouvelle infante reçut le nom d'Isabelle et devint la fille préférée de Philippe II. Sa destinée ne fut pas étrangère à la France. Pendant la ligue, après la décision qui excluait du trône le roi de Navarre comme hérétique, Philippe II proposa sa fille aux États comme l'héritière de Henri III. Repoussée au nom de la loi salique, elle épousa, en 1597, l'archiduc Albert, son cousin, et régna sur les Pays-Bas jusqu'à la mort de son mari en 1 621 .

Au commencement de 1 567, Elisabeth devint

1. Lettres de FoorqneTauIx à Catherine de Médicis, da 18 août 1566, publiée dans les pièces jastiflcatiyes de Histoire d*ÈU»a^ beth de ValoU, p. 458. - Antre, p. 453. — LeUre$ de Caihefine de MédieU, t. II, p. 339, note.

grosse pour la troisième fois. Les prescriptions médicales qui lui avaient fait tant de mal dans les premières années de son séjour en Espagne Fassaillirent encore une fois. Ses gentilshommes, ses dames, Tempèchaient de « faire un pas, sinon en litière ou portée sur une chaise. > La princesse pensait que c Tc^cercice feroit grand bien à sa groisse > et aurait désiré c cheminer modérément parmi le palais ou au jardin; > mais, habituée à obéir, elle se soumettait aux conseils impérieux de la duchesse d'Âlbe.

L'ambassadeur de France, sentant son crédit épuisé, invoqua celui de Catherine ^ L'autorisation de se promener fut discutée par ambassadeur comme une affaire diplomatique. Enfin les conseils de Catherine remportèrent et Elisabeth recouvra un peu de liberté. Ces précautions amenèrent un accouchement sans trop de souffrances. Le 9 octobre, elle donna le jour à une seconde fille, qui reçut le nom de Catherine-Françoise, et que Philippe II accueillit avec autant de joie que sa sœur sdnée. Fourquevaulx alla visiter la petite infante, c C'est une très belle petite princesse, dit-il à la reine mère, et qui a pour ceste heure les traits du visage plus

1. Voir une lettre de la dachesse d*Albe à la reine mère, en date dn 4 septembre 1567 (Orig. espagnol; f. esp., roi. 336, f. 105). — Lettres de CatheHnede Médkù, t. III, p. 193. Cette lettre renon Telle des recommandations précédemment envoyées.

doux que Talnée. Je ne pus voir les yeux, car elle dormoit. Mais à ce que j'ay vu, ils sont verts et les cheveux tirent sur le brun. Il n'est possible de voir une créature plus jolie ^. >

Bien que ses dernières couches eussent été faciles, Elisabeth ne se remit pas. Sa taille, qui jusqu'à ce jour avait gardé Félégance de la jeunesse, prit un développement inattendu; ses mains, ses bras, son visage se boursouflèrent. Le 19 janvier 1568, elle déclare à Fourquevaulx qu'elle est grosse et que c l'enfant ne cesse de sautiller et frétiller en son ventre^. > Les médecins espagnols se trompaient comme elle c sur sa faulce groisse » et c pour retenir ses purgations naturelles > la traitaient par des moyens violents^.

Pendant tout l'hiver, Elisabeth s'était trompée en se croyant grosse, mais elle le devint au printemps de 1S68. Le 18 juillet, elle eut c un évanouissement qui luy dura une bonne heure, > et, les jours suivants, des syncopes, des faiblesses, des accès de tristesse, qui faisaient couler ses larmes c sans savoir pourquoy . > Les dames assuraient que ces désordres révé-

1. Pièces publiées dans i*appendice de la Vie (tÉlisabeih de ValoU, p. 479. — Autres, p. 489.

2. Lettre de Fourqueraulx A la reine mère (Copie, f. fr., Tol. 10752, f. 1176).

3. Lettre de Fourqueyanlz A la reine mère, publiée par le marquis Dnprat (Kto d'Elisabeth de ValoU, p. 361).

laient Texistenoe de la grossesse, dont elles fixaient la date au 6 mai. Certaines matrones précisaient davantage : c C'est grand signe qu'elle est enceinte d'un fils, écrit Fourquevauk, selon le dire des femmes qui s'y entendent. > L'ambassadeur proposa au roi de faire venir un médecin de France. Elisabeth refusa et se contenta d'un s. Juan Maldonado, recommandé par la duchesse d'Albe^. Bientôt parurent des symptômes plus inquiétants. Par moments la princesse perdait la respiration, le pouls cessait de battre, la tète enflait, les extrémités étaient privées de mouvement, les vomissements et les syncopes devenaient plus fréquents^.

Le 22 septembre 1 568, elle eut un fort accès de fièvre, suivi de tels soulèvements d'estomac qu'elle ne pouvait garder ni aliments ni médecines. Le mal s'aggrava dans les derniers jours du mois. La reine prédisait sa fin prochaine. Les dames d'honneur passaient les jours et les nuits en larmes auprès de son lit. Elle s'efforçait de les consoler et s'excusait de sa rudesse c conmie si elle n'avoit pas toujours esté la mère et la compagne de ses suivantes

1. Lettre de Foorqueyaulx à la reine, du 21 joillet 1568 (Copie, f. fr., Toi. 10751, f. 1395). Ce Tolome et le sniTant conUennent une copie de toute la correspondance de FourqueTanlx pendanl son ambassade en Espagne.

2. Lettres de Foarqueyauli des 1** août, 10 et 24 septembre (Copies, f. fr., TOI. 10751, f. 1405, 1552 et 1459).

plutôt que la maîtresse^. » Le S octobre, elle fil un testament en faveur de ses dames et de quelques ordres religieux. Le cardinal Espinosa et révèque de Guença lui offrirent les consolations spirituelles. Le dimanche, 3 octobre, à quatre heures du matin, elle demanda à communier, mais elle ne put recevoir Thostie consacrée à cause de ses vomissements. Au lever du jour, Phih'ppe II lui fît une dernière visite et lui adressa quelques paroles affectueuses, c La reine, écrit l'ambassadeur, s'entretint avec son époux très naturellement et en chrétienne. Elle luy fit ses adieux et jamais princesse ne témoigna plus de bonté et de piété. Elle luy recommanda ses deux filles et ses principales suivantes, le priant de vivre en amitié avec le roy de France, son frère, et de maintenir la paix. Elle ajouta d'autres paroles qui ne purent manquer de toucher le cœur d'un aussi bon époux que le Roy^. » Le roi, surmontant son émotion, lui promit d'exaucer toutes ses prières. Puis il se retira, c le cœur rempli d'angoisses, » dans la chapelle du château. Â six heures, Elisabeth reçut l'extrèmeonclion. Â dix heures et demie, elle accoucha d'une fille de moins de cinq mois, c laquelle fut

1. Jnan Lopez, Relacio dé la enfermedad de la reyna Isabel de ValoU, Madrid, 1569, f. 4.

2. Lettre de Fourquevaulx à la reine mère, da 3 octobre (Copie, f. fr., TOI. 10751, f. 1470).

baptisée et 8*envola au ciel. > Elle avait fait appeler rambassadeur de France.

Monsieur Tambassadeur, lui dit-elle, vous me voyez en chemin de desioger bientôt de ce misérable monde pour un autre royaume plus agréable, où j'espère d'estre auprès de mon Dieu en gloire qui n'aura jamais fin.

Je TOUS prie dire à la royne, madame ma mère, et au roy mon frère que je les supplie prendre patiemment ma fin, et se contenter de ce qui me contente plus que ne soit oncq bien ni prospérité que j'ay gousté en ce monde, c'est de m^en aller vers mon créateur où j'espère avoir meilleur moyen de leur faire service, et je prieray Dieu pour eux et pour mes frères et sœurs qu'il les garde et maintienne très longuement en sa très sainte protection. Vous les prierez de ma part qu'ils prévoyent à leur royaume, afin que les hérésies qui y sont prennent fin; et de mon costé je prie et prieray Dieu qu'il leur en donne le moyen, et quils prennent ma mort patiemment en croyant que je suis bien heureuse ^

Peu après avoir prononcé ces belles paroles, elle perdit connaissance. Vers midi et demi, on s'aperçut qu'elle avait rendu le dernier soupir, les mains croisées sur son crucifix, c comme si elle se fût endormie d'un doux sommeil. > Son visage, dit Fourquevaulx, reflétait la sérénité de

t. FoorqueTaolx prête ces paroles textueUement à la reine Elisabeth dans sa lettre du 3 octobre (Copie, f. fr., toI. 10751, f. 1470). Philippe II trouTa moyen de se procurer ane tradoctioa de celte lettre. Cette pièce est actuellement conservée aux ArchiTes naUooales, K. 1513, n* 6. Une relation des derniers moments de la reine, datée du 12 octobre, les reproduit également (Arch. nat, K. 1513^ n* 7).

sa vie. c Elle ouvroit ses yeux clairs et luisans; et sembloit aud. ambassadeur qu'ils luy cornmandoient eocore quelque chose, pour ce qu'ils estoient tournez droit à luy^. »

Le roi se retira au monastère de Saint-Jérôme avec don Juan d'Autriche, Ruy Gomez de Silva, et vécut durant un mois dans une profonde retraite, c N'y a homme qui négocie avec Sa Majesté, ni qui le voye, i écrit Fourquevaulx^. Il assistait aux deux ofiBces du couvent et passait le reste du jour au fond d'une tribune de la chapelle, éclairée seulement par des torches funèbres. Le 4 octobre, la duchesse d'Âlbe et les dames ensevelirent le corps de la reine et le couvrirent de fleurs. Les seigneurs espagnols, en grande cérémonie, portèrent à l'église des filles franciscaines, couchés côte à côte dans le même cercueil, les restes glacés de la mère et de l'enfant. Le 1 8 eurent lieu les obsèques ; le nonce officia et l'évèque de Guença prononça l'oraison funèbre^. Le service

1. Lettre de Foorquevanlx à la reine, da 3 octobre 1568 (Copie, f. fr., Tol. 10751, f. 1470). Partie de cette lettre a été publiée par le marquis Duprat (K<6 d'Elisabeth de VahU, in-8% p. 361). Autre relation datée du 12 octobre, en espagnol (Arcb. nat., K. 1513, n* 7). — Communication du roi au parlement (Coll. du parlement, vol. 561, f. 617). ^ Lopez, Relaeiondela enfermedad de la reyna Ytabel.

2. Cependant FonrqueTaulx obtint une audience le 10 octobre (Lettre à la reine du 15; copie, f. fr., Tol. 10752, f. 19).

3. Lettres de FourqucTaulx du 15 et du 29 octobre 1568 (Copie, f. fr., Tol. 10752, f. 6 et 25). — Joan Lopes, Relackm de la enfer^

fut célébré sans musique ni diant» en un profond silence, interrompu seulement, dit Juan Lopez, par les sanglots des assistants, c Jamais, dit Brantôme, on ne vist peuple si désolé, ny si affligé, ny tant jetter de haults cris, ni tant espandre de larmes, sans se pouvoir remettre en façon du monde, sinon au désespoir et à la plaindre incessaomient. » Les Espagnols, pour lesqueb la reine s'était montrée une fée bienfaisante, habile à tempérer la dureté de Philippe II, c ridolàtroient plustost qu'ils ne Thonoroient^» La dépouille mortelle d'Elisabeth reposa cinq ans dans le sanctuaire des Franciscaines de Madrid et fut transportée, le 6 juin \ 573^, dans le mausolée de l'Escurial, c avecques une très belle et sainte cérémonie, allant tout le peuple après le corps de la royne, plorant et l'appelant saincte. » Je crois, écrit Jean de Yivonne de Saintr- Gouard, ambassadeur de France, successeur de Fourquevaulx, c que jamais autre royne y sera tantaymée^. >

fMdoA ff Euequku fitnebret de la terenissima reiffna de Espana dana Ysabd de VaMs, Madrid, 1569.

1. Brantôme, t. vm, p. 8 et sût. — Juan Lopez, Relachn de la enfermedad de la refna TsabH.

2. Le tome VU de la ColeceUm de dceumenUu inédites para la hUUnia de E$pana, p. 83 et suiv., contient des Memorias de firay Juan de San Gerontmo qui donnent de grands détails sor cette cérémonie.

3. Lettre de SaintrOonard à la reine, dn 18 jain 1573 (F. fr., ToK 16105, n* 45).

Philippe II acquitta royalement les legs qu'Elisabeth avait laissés aux dames de sa maison. M"* d*Âroé, de Gascogne, reçut une robe de fourrure en peau de loup, M"* de Saint- Léger une robe de martre, M"* de Riberac un tissu d'or, plus, chacune, un présent d'un million de maravédis^ et une dot, payable le jour de leur mariage, de douze cent cinquante mille maravédis. M"^ de Jacincourt et dona Claudia reçurent chacune un million de maravédis, et restèrent au service des infantes. Pétronille de Longueil et Léonor de Gavila, femmes de chambre, touchèrent chacune quinze cents ducats^.

Au mois de décembre, le cardinal Charles de Guise, de la maison de Lorraine, apporta au roi d'Espagne les condoléances du roi de France ^ • Philippe II, qui connaissait les dispositions épicuriennes du cardinal, avait donné l'ordre de munir de vivres et de coches les villes de son passage^. Le cardinal fut reçu en prince à Madrid. Déjà de sombres rumeurs se répandaient en France sur la mort de la reine. Cathe-

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