CONCLUSION
Nous l’avons dit déjà, l'intérêt de toute étude ayant trait à la Reconstitution ne saurait être exclusivement théorique.
Certes, ce travail s’est, pour une large part, développé dans le domaine de l’idéal. Nous avons élaboré des formules hypothétiques, nous avons esquissé par pure supposition, les grandes lignes d’une organisation d'éxécution, mais ce faisant, nous avons eu pour unique but de concrétiser, pour mieux les préciser les idées générales exprimant, en tout état de cause, les intérêts de notre pays. |
Ces idées, d’ailleurs, se font jour de plus en plus par la force même des choses, mais il est primordial de favoriser leur essor, car, malheureusement, le temps passe et la France, pour exiger son dû, voit croitre chaque jour les difficultés.
C’est une raison pour que tous ceux auxquels dans une mesure quelconque, est confiée la tâche des Réparations, apportent dans l'exécution de leur mission, le maximum de leur énergie et de leur clairvoyance.
Le Traité de Paix nous lie solennellement et définitivement. Mais sa rigidité n’est pas telle que nos intérèts immédiats ne puissent, bon gré, mal gré, y trouver leur compte.
On a bien su faire cadrer le Traité avec les lamentations allemandes !
A nous, Français, de l’accorder avec nos droits irréductibles.
Or, le véritable contenu de ces droits, cherchons le à leur source même: craignons les abstractions et quand il s’agit de Reconstitution rapprochons nous le plus possible de la réalite du dommage. Laissons toujours parler celui pour lequel il faut reconstituer: le Sinistré. N'est il pas le premier et sourtout le plus légitime intéressé! provoquons donc son expression, facilitons son action.
D'ailleurs, fort heureusement, les sinistrés se groupent actuellement d'eux-mêmes en syndicats, en coopératives, où chacun apporte, pour la cause commune — la reconstruction du pays — ses moyens matériels et moraux.
C’est sous l'inspiration des desiderata formulés par ces groupe ments d’intéressés, qu'ont été préparés puis rédigés les accords de Wiesbaden, sur les livraisons en nature, qui, quoiqu’on puisse dire sur leurs détails techniques, sont une réaction heureuse contre l’éternelle indécision qui caractérise les multiples organismes intéralliés mis en jeu pour l’exécution des Réparations.
La réalite des résultats que la France attend de ces accords, n’à pas manqué de porter ombrage à l’esprit de concurrence de nos co-créanciers.
«Les effets possibles de ces accords, a dit le Délégué britannique dans son rapport à la Commission des Réparations, sont tels qu’il y a lieu de réclamer des sauvegardes pour les intérêts des autres Alliés». L’argument n’est pas nouveau, nous l'avons entendu en 1919 à nos premières réclamations d’équivalences de nos biens détruis ou enlevés, puis à la préparation du Traité de Paix, quand nous avons demandé pour nos reconstructions une priorité.
Et, cependant, ces mêmes Alliés, qui se montrent si jaloux devant chacun de nos efforts pour obtenir un résultat, se déclarent prêts à tous les sacrifices pour aider à une reconstruction économique de l’Europe, dont on fait maintenant le problème du jour.
La France, forte de son droit, entend procéder par ordre. Elle ira du simple au complexe, et elle ne parlera du relèvement international que quand les responsables des dommages auront rendu à ses enfants leurs foyers anéantis, à tout son peuple son outil normal de travail.
Sur ce point, ne transigeons jamais. Mais ce point acquis, on peut nous faire confiance. Si nous pouvons aider au relèvement de certains peuples en détresse, nous le ferons de tout notre coeur, sans réserve et sans rancune.
Au surplus, toute notre histoire est là, celle d’hier surtout, celle de Verdun, pour montrer au Monde que nous n’attendons de personne des leçons de générosité.
Vu. Le Président:
A. de Lapradelle
Vu. Le Doyen:
F. Larnaude
Vu et permis d'imprimer:
Le Recteur de l'Académie de Paris:
P. Appell
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