‹ Le Traitement Arsenical et Ses Réactions Biotropiques Dans La Maladie De Duhring-BrocqChapitre 19 sur 22 · EN A 0 LA · texte numérisé non relu

EN A 0 LA

quelques jours, elle lève difficilement les bras pour mettre la main sur la tête ; mais elle n’y arrive qu’en rampant Îe long du corps. Maïs il n’y a aucune paralysie des mains et des avant-bras. Les reflexes olécraniens existent, les radiaux sont introuvables.

Le 2 février, encouragé par la chute totale de la température, nous refaisons une nouvelle injection de novar à 30 centigr.

Le 4 février, nous constatons que les troubles moteurs dont la malade s'était plaint il y a quelques jours, ne faisaient que s’accentuer.

La motilité des membres inférieurs comme des membres supérieurs est de plus en plus difficile.

I1 y a de la douleur à la pression des masses musculaires ; tous les reflexes tendineux sont abolis, si bien que le diagnostic de polynévrite arsenicale nous paraît incontestable. Nous supprimons tout traitement arsenical et nous remplaçons celui-ci par l’administration de granules de strychnine à 2 mmgr. par jour.

L'état du malade, au 5 février était le suivant : à l’inspection on voit une malade affalée dans son lit, sur son dos, €! présentant une atrophie musculaire généralisée prédominante sur l’extenseur des membres.

Aux membres supérieurs, on constate une paralysie totale à prédominance nette sur les extenseurs, quoique les fléchisseurs soient atteints également, la malade ne faisant que serrer très légèrement la main.

L’élévation des membres supérieurs n’est possible, que par le haussement des épaules, l’avant-bras étant soulevé par la main du médecin et lâché par celui-ci, la main tombe demifléchie et la patiente ne peut ni étendre les doigts, ni élever la main sur l’avant-bras.

Par contre, elle peut fléchir les doigts, sauf le pouce qui reste dans la rectitude complète. Le pouce de la main gauche à plus de mobilité dans la flexion.

Quand on prend le coude de la malade et qu’on le lève au-dessus du plan du lit, les mouvements d’adduction çt d’adduction de la cuisse existent ; impossibilité absolue de bouger les orteils ; à la face, occlusion incomplète des paupières.

nie

On trouve aux membres des zones d’hypoextension avec retard à la perception des zones d’hyperextension. Tous Îes reflexes tendineux sont abolis ; le reflexe cutané plantaire est aboli, ainsi que les reflexes cutanés abdominaux, il n’y a pas de troubles des sphincters. Les pupilles sont irréguguliers, mais il n’y a pas de signe d’Ajyll. Le foie est u1 peu volumineux et légèrement sensible à la palpation.

Le 13 février, le docteur Juster pratique un examen électrique des nerfs et des muscles des membres et il nous donne comme réponse : très forte hypoexitabilité faradique, secousse lente avec galvanotonus au courant galvanique. Réaction de dégénérescence très accentuée.

En plus de la strychnine la malade est mise à l’hyposulfite de soude depuis le 8 janvier à la dose de 1 gramme par jouf.

À partir de ce moment, l’état de la malade se modifie d’une manière progerssive, elle reste toujours étendue sur le dos sans mouvement, et la fièvre reprend d’une manière progressive ainsi que les bulles, à partir du 4 mars où il se fait une légère poussée bulleuse sur les mains et l’abdomen. Ia poussée subsistant le 5 mars, le 7 mars il y a en outre de l’œdème des mains et des pieds, le tout accompagné de bulles.

Le 15 mars, la malade, somnolente, a la parole pâteuse mais répond cependant aux questions.

Le 22 mars, il existe encore des bulles un peu partout, quoique beaucoup soient séchées. Il existe un délire permanent.

À partir de ce moment, cette femme décline progressivement. Elle meurt pendant notre absence avec la température à 30°,8.

L’autopsie n’a pu être faite car il y avait opposition.

Réflexions :

I s’agit donc d’une malade diabétique, obèse, atteinte de maladie de Duhring grave, dont les bulles étaient infectées, et qu’à cause de cette infection nous n'avons pas osé traiter par les injections intra-vei-

Et

neuses de 914, en vertu des phénomènes biotropiques directs et indirects que celles-ci sont capables de proyoquer quelquefois.

Nous songeâmes d’abord à désinfecter la peau avec des bains de permanganate, puis cette femme fut mise au stovarsol d’abord et au tréparsol ensuite par administration quotidienne.

Elle prit ainsi || grammes de stovarsol ; puis 49 grammes de tréparsol.

Cette médication arsenicale prolongée amena une amélioration incontestable de la maladie de Duhring, mais ne parvint pas à interrompre la poussée ; c’est ce qui nous obligea à continuer longtemps l’arsenic avec les injections intra-veineuses d'arsénobenzol qui arrivent avec des doses beaucoup moindres et beaucoup plus rapidement à un résultat thérapeutique satisfaisant. Il est rare qu’en l’espace de trois à six semaines, on n'obtienne pas, avec l’arsénobenzol, la disparition complète des poussées.

Cette dose énorme d’arsenic n’amena pas la guérison complète de la poussée bulleuse, elle l’améliora pourtant jusqu'à un état proche de la guérison. Elle produisit malheureusement une polynévrite motrice généralisée.

Cette polynévrite se termina par la mort de la malade.

Il est vraisemblable que l’arsenic tout seul, arsenic pentavalent en l'espèce, est responsable de cette polynévrite, quoiqu’on ne puisse pas écarter d'une manière absolue une polynévrite infectieuse.

Que si l’on admet l’origine toxique pure arseni-

ER Me

cale de cette polynévrite, cela ne veut nullement dire qu'il faille renoncer au stovarsol et au tréparsol par os. En effet, il m'est arrivé de voir des malades prendre de leur plein gré du tréparsol d’une manière beaucoup plus considérable et beaucoup plus prolongée.

(Milan).

Page 1