‹ Le Traitement Belladonné à Hautes Doses des Rigidités Extra-PyramidalesChapitre 30 sur 44 · I. — Les faits · texte numérisé non relu

I. — Les faits

A) Le premier de ces faits, découvert par Rômer et dont découlent tous les essais thérapeutiques ultérieurs, c’est l'extrême tolérance des parkinsoniens post-encéphalitiques aux alcaloïdes de la belladone.

Les doses maxima d’atropine qu’autorise le Codex sont :

un milligramme en une seule fois ;

deux milligrammes par 24 heures.

Elles demeurent bien inférieures à celles qu’on administre contre la rigidité parkinsonienne. C’est dans cette maladie seulement qu’on observe aussi nettement ce phénomène. Les tentatives de traitement de Rômer ou de cure bulgare dans d’autres affections voisines, mais d’origine artérielle, par exemple, même en élevant très progressivement les doses, se heurtent bien plus vite à des symptômes toxiques.

Il existe donc au cours de la maladie de Parkinson, surtout lorsque celle-ci succède à l’encéphalite épidémique, une pertur-

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bation spéciale qui diminue la sensibilité des malades aux conshtuants de la belladone.

Nous verrons plus loin les hypothèses qu’on peut émettre sur la nature de cette lésion.

Signalons cependant à ce propos que le parkinson n’est pas absolument la seule maladie nerveuse où la belladone et l’atropine soient particulièrement bien supportées à hautes doses. Les beaux travaux d’ALasouaxINE sur l’action de l’atropine intraveineuse dans le traitement du tabes en font foi.

B) Mais cette sensibilité diminuée n’est pas supprimée. Cela serait possible : certaines espèces animales, les lapins en particulier, peuvent absorber de la belladone en quantité illimitée sans ressentir aucun malaise.

Chez les parkinsoniens, les accidents toxiques apparaissent, mais pour des doses plus élevées que normalement. Les propriétés habituelles sont conservées, mais de plus, apparaissent des actions nouvelles sur le tonus musculaire. La question va être de savoir si elles s’exercent par le même mécanisme que les effets classiques de l’atropine et sont simplement masquées normalement par l'impossibilité d'atteindre des doses suffisantes ou si elles sont d’une nature différente.

C) Enfin, le troisième fait acquis, c’est que le traitement belladoné améliore les troubles consécutifs à une lésion des noyaux gris centraux, et ceux-là ‘seulement. Lorsque dans une maladie coexistent des symptômes de cet ordre et d’autres signes (pyramidaux, etc.) l'influence s'exerce uniquement sur les premiers à l’exclusion des autres. En outre, cet effet ne se retrouve pas chez l’homme sain.

IL — Les explications

Deux problèmes principaux se posent :

— quel est le corps responsable des améliorations observées ?

— par quel mécanisme agit-il ?

A) Le corps actif dans la méthode de Rümer ne prête pas à discussion, c’est l’atropine.

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Lorsque la cure bulgare a paru, on a d’abord attribué ses succès au même alcaloïde. N

Mais il a bientôt fallu reconnaître qu’il n’en était rien. L'originalité de ce procédé, c’est d’utiliser non pas la feuille de belladone, mais la racine de cette plante dont la composition est différente.

PANEGROSsI qui a analysé les racines bulgares a trouvé 50 % d’alcaloïdes dans la racine principale et 0,80 © dans

les radicelles. Toutes deux doivent être utilisées pour la pré-

paration du vin. Ces alcaloïdes sont pour la plus grande partie de l’atropine et de l’hyoscyamine ; plus accessoirement, de la scopolamine et de la belladonine.

D’après Rourr, l’hyoscyamine y est bien plus abondante que tous les autres composés. C’est elle, plus active que l’atropine à doses égales, qui serait la cause des succès de la cure.

Il admet un effet accessoire des autres dérivés tropiques conte-

nus dans la racine.

‘ I semble difficile, cependant, de se rallier complètement à cette opinion.

Le principe actif n’est certainement pasT’atropine, d’abord parce que le vin belladonée renferme peu de ce corps et ensuite parce que ses effets n’ont pas un parallélisme étroit avec ceux de la simple solution d’atropine. Mais ils sont tout aussi différents de l'administration isolée de l’hyoscyamine.

Il y a longtemps que celle-ci est utilisée contre la maladie de Parkinson, et son emploi a toujours été limité par sa grande toxicité. Jamais on n’a observé ‘avec elle les améliorations si frappantes et si marquées que donne parfois la cure bulgare . On a vu au chapitre chimie la complexité des constituants de la racine de belladone.

Il faut admettre que tous les principes actifs de celle-ci ne nous sont pas encore connus. Outre les alcaloïdes, d’autres composés existent et ont aussi un rôle à jouer. L'ensemble se présente dans des proportions équilibrées, et il semble que l'extraction par le vin, c’est-à-dire en milieu acide facilite la solubilisation des constituants de la racine. Aussi, pour le, moment, tant que la chimie de cette racine ne sera pas mieux élucidée, nous semble-t-il logique de ne rien changer au mode de préparation bulgare, empirique certes, mais d’un

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empirisme justifié par le succès. Tout au plus, en mélangeant les divers extraits, doit-on s’appliquer à leur conserver un titre toujours à peu près équivalent.

B) Mais quel est le mécanisme des améliorations que fournit la cure belladonée ?

Pour MariNesco et FAçoN, qui ont en vue la méthode de Rômer, le mode d’action ne diffère pas des effets habituels de l’atropine, c’est une suppression de l’influx vagal ; chacun sait que l’atropine est un paralysant du pneumogastrique. Chez les parkinsoniens existerait un état vagotonique ou amphotonique à prédominance vagale dont les auteurs cherchent la preuve dans les tests pharmacodynamiques codifiés par DanrecopoLzu, et dans des modifications des chronaxies musculaires après le traitement.

L’action serait à la fois centrale et périphérique et s’exercerait par l'intermédiaire de modifications chimiques du milieu intérieur.

Mais si cette théorie rend compte de certains phénomènes thérapeutiques, comme la suppression de la salivation et de la plupart des accidents, qui étaient déjà connus de longue date, elle ne nous semble pas expliquer le fait le plus important, à savoir: l’atténuation des rigidités extrapyramidales.

Elle s’applique déjà bien plus mal à la cure bulgare qu’à la méthode de Rôümer.

Puis, il n’est nullement démontré que les parkinsoniens soient des hypervagotoniques. On sait, le caractère artificiel et schématique de la classification d’ErrinGer et Hess ; les symptômes cliniques et les épreuves pharmacologiques font l’objet d’interprétations très diverses et Soïderbergli a conclu son rapport au Congrès de Neurologie sur ce point en leur refusant toute valeur.

L'épreuve de Dranorozu sur laquelle s’appuient surtout Maninesco et FAçoN nous paraît singulièrement sujette à caution dans le cas particulier. Son principe, en effet, est de déduire d’après la sensibilité d’un sujet à l’atropine, d’après la quantité de cette substance qui est nécessaire pour provoquer certains phénomènes physiologiques, l’état du tonus de l’ortho et du parasympathique.

- Mais nous savons déjà que les parkinsoniens, tolèrent

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particulièrement bien l’atropine. L'épreuve de DaAnrezLopoLu va évidemment nous confirmer cette tolérance : peut-on en déduire véritablement une hypervagotonie ? et est-on en droit d’aflirmer que c’est par un effet vagolytique que la belladone diminue la contracture ? Ce sont là des conclusions purement hypothétiques.

De même l’état des chronaxies, leur variabilité sous l’in-

Îluence du système végétatif sont bien connus expérimenta-

lement, mais, cliniquement, tous les auteurs sont d’accord pour considérer leurs perturbations comme inconstances, dépendant de bien d’autres facteurs que le sympathique et difficiles à interpréter. Mais en admettant même que les parkinsoniens soient hypervagotoniques, on n’est guère plus avancé.

Îl ÿ a des sujets qui présentent des manifestations évidentes d’un tonus exagéré du pneumogastrique : pâleur, salivation, sueurs, crises de diarrhée, bradycardie parfois extrême. Remarquons en passant que beaucoup de ces signes font défaut au cours de la maladie de Parkinson, et inversement chez ces malades, certainement vagotoniques, on observe bien des angoisses, des spasmes, mais rien qui rappelle, même de loin, la rigidité extra-pyramidale.

On a soutenu certes, l'influence du sympathique (et non du vague) sur le tonus musculaire à la suite des travaux de LANGELAEN, mais cette opinion ainsi que l'opération de RovyLe et Hunrer, qui en découle, semble universellement abandonnée actuellement.

Pour résumer l’idée qu’on peut se faire des rapports du sympathique et du tonus musculaire, nous empruntons à l'article de Mozrarer et Srerne la citation suivante tireé d’Alexander TorBes :

€ Il n’y a aucune base à la théorie que le système sympa- €thique contrôle un élément plastique du tonus, différent de (ce qu'on appelle le tonus contractile. Toute contraction, € tonique ou phasique, disparaît quand des nerfs somatiques € sont coupés. L’excitation des filets sympathiques ne pro- { Voque aucune contraction ; leur section ne diminue pas le € tonus. Un grand nombre de recherches ont été faites pour € éprouver la soi-disant fonction tonique du sympathique. La

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