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C. — Quel est le régime antiputride

Le régime antiputride est le régime lactofarineux.

Comparons maintenant entre eux, aupoint de vue du traitement de f entérite, les deux groupes d'aliments qui constituent ce régime antiputride, le groupe des aliments lactés et celui des aliments'.farineux, et nous allons bientôt voir que tout l'avantage reste aux farineux.

Le lait. — 1° Le lait contient en forte proportion une substance azotée, pouvant devenir la proie des bacilles protéolytiques.

2° Les aliments lactés (le kéfir, le lait caillé, déjà conseillé par Pœhl, en 1887, le fromage frais), contiennent tous une substance antiputride d'une activité indéniable, Ifijactogfî^jpais celle-ci est rapidement absorbée dans le trajet intestinal et la caséine encore indigérée et privée de sa substance antiputride continue à se putréfier au même titre que les autres aliments azotés.

3° Le lait est un excellent milieu de culture

\gour lesJmciUesj^ Or, ce sont ces

bacules qui prédominent presque exclusivement

dans le côlon en état d'entérite. Aussi le lait

favorise-t-il dans l'entérite la vitalité des

itiicrobes de la putréfaction.

/ 4° Dans l'entérite aiguë, le lait pur, c y est-à-

jdire non mélangé aux farineux, est donc abso-

\ lument défendu, car il entre en putréfaction,

I produit des gaz et des ballonnements, provoque

I des douleurs en irritant l'intestin et augmente

' beaucoup les évacuations glaireuses et les

vomissements.

5° Dans C entérite chronique, ou bien le lait pur est d'emblée nuisible, le malade se sent plus

mal, a des vomissements, des diarrhées, et se plaint que le lait l'empoisonne, ou bien le lait paraît être supporté les premiers jours, mais bientôt l'appétit diminue, les coliques se produisent, la température s'élève, et une poussée aiguë d'entérite se produit avec toutes ses conséquences.

La diète lactée exclusive ne saurait donc constituer le régime antiputride de l'entérite, car si le lait pur peut être employé avec avantage comme antiputride dans l'auto-intoxication intestinale ordinaire; si son action antiputride peut être utilisée dans l'albuminurie, il n'en

(esî plus de même dans l'entérite, c

Dans l'entérite, le lait pur , non mélangé aux J farineux, est absolument contre-indiqué et ri est/ jamais longtemps supporté. Et cela à tel point qu'on peut presque en faire un symptôme de l'entérite, tant le fait est d'observation courante.

Il n'en est pas de même du lait mélangé aux farineux qui est beaucoup mieux supporté, comme nous le verrons encore.

Les farineux (farines de céréales, riz, pâtes alimentaires). — 1° Les farineux ne contiennent que des closes faibles d'azote et d'azote végétal, qui résiste beaucoup plus à la putréfaction.

2° Ils constituent eux-mêmes la substance antiputride, ou plutôt ils la contiennent en germe et ce n'est que peu à peu que les aci desjjtctiqu e ^et succiniquese produisent, à mesure que le bol

alimentaire progresse dans letractus intestinal.

Il en résulte que la quantité de substance empêchante, loin de s'épuiser, comme le fait lelactosedulait, sereproduità mesure que la vie bactérienne de l'intestin grêle devient plus intense.

3° Les farineux constituent un mauvais milieu nourricier pour les bacilles protéolytiques.

4° Les farineux facilitent, sans le provoquer, le travail de sécrétion et de digestion gastrique.

5° La digestion des farineux n'exige qu'une activité intestinale limitée, la ptyaline salivaire suppléant à l'insuffisance possible d'amylase pancréatique.

6° Les farineux sont ad mirablement supportés dans toutes les affections du gros intestin, lieu

d'action prépondérante de la putréfaction azotée dan^J 'intcoti a^et foyer de l'entérite, r Dans r 'entérite ^ les farine U^onstititent donc l'alimentation antiputride par excellence, seule capable de modifier favorablement le milieu de j^ttmvre intestinal.

Mais il faut, pour obtenir ce résultat, sature Tintestin d'hydrocarbures.

J'ai dit saturer, car il ne suffit pas, pourobtenir un effet, d'introduire simplement quelques farines dans l'alimentation, il faut, ptnmpg n^ sh^pas^jiLsiii bués dansj &journée, gaver systématiquement le malade de farineux.

Il ne faut pas lui permettre d'introduire sa ration azotée (viande ou lait) sans que ces aliments soient accompagnés, ainsi que le montre l'expérience, d'à peu près cinq fois leur poids de farineux.

Ce n'est que de cette manière qu'on obtiendra de ce régime un effet antiputride dans l'intestin, mais on en sera récompensé par un succès réel et une transformation souvent merveilleuse du malade.

Combë. — Entérite, 3* édit.

D. — Influence du régime antiputride sur les microbes intestinaux.

Le D f Amann, chimiste et bactériologiste distingué de Lausanne, a bien voulu écrire le chapitre Microbiologie dans le travail sur Y Auto-intoxication intestinale qui a paru en 1906 (1).

Un point spécial de cette étude intéressant directement le sujet que nous traitons, nous le transcrirons ici.

Ce qu'il importe de faire ressortir, dit le \Y) T Amann, c'est le fait important qu'il y a un rapport direct et intime entre l'activité physiologique de l'intestin et lacomposition de la flore bactérienne.

Aussi, en suivant l'évolution de l'enfant à l'adulte, voyons-nous, à mesure que cette activité devient plus complexe, cette flore devenir aussi plus compliquée.

Chez l'enfant nourri exclusivement au sein, et à l'état normal, l'image microscopique est,

(1) Combe (A.). Auto-intoxication intestinale, 1906, 1 vol. in-8 de 500 pages, avec figures.

comme l'ont démontré Escherich et après lui Tissier, des plus caractéristiques, en tant qu'elle montre la prédominance considérable ou presque exclusive d'une seule espèce, le Bacillus bifidus de Tissier (Goli bleu d'Escherich).

A mesure que l'alimentation se complique chez le nourrisson, nous voyons cette image se modifier et se compliquer aussi.

Chez l'enfant nourri au lait de vache, les espèces bactériennes sont non seulement différentes, mais aussi notablement plu s nombreuses que chez le nourrisson au sein.

Avec l'introduction des potages farineux dans l'alimentation, on voit encore d'autres espèces (saccharolytes ou amylolytes) apparaître dans les selles, tandis que d'autres espèces diminuent ou disparaissent.

Ceci nous autorise à dire que la composition de la flore bactérienne de l'intestin est sous la d épendance directe de l'alimentation . Si un genre alimentaire devient très prédominant, la flore intestinale deviendra elle-même plus uniforme.

A l'alimentation carnée correspond une tout

autre ûore qu'à l'alimentation riche en hydrates de carbone.

Tandis que, dans le premier cas, on constate la présence presque exclusive de bactéries protéolytes (B. mesentericus, Proteus vulgaris, etc.), dans le second, ce sont surtout les bactéries saccharolytiques ou amylolytes (B. acldi lactis aerogenes, Clostridium butyricum Prazmowski, etc.) qui dominent.

Dans l'alimentation mixte, par suite de la concurrence vitale, il s'établit entre les différentes espèces antagonistes un état d'équilibre correspondant aux conditions physiques et chimiques du milieu intestinal.

Or la prédominance considérable et prolongée de certains types aux dépens des autres, causée par une alimentation trop exclusive, entraîne après elle des inconvénients plus ou moins graves, au point de vue du bon fonctionnement de l'intestin d'abord, au point de vue de l'intoxication de l'organisme qui en résulte ensuite.

Cela est surtout vrai pour les protéolytes, à cause des toxines qu'ils sécrètent ; à un degré

TRAITEMENT DE l'eNTÉRITE PRIMAIRE 213

moindre aussi pour les saccharolytes, qui donnent naissance à des acides.

C'est pourquoi l'organisme cherche instinctivement à réagir contre une alimentation trop exclusive.

Aussi voyons-nous, comme Bunge et Noorden le font remarquer, une augmentation constante et considérable de la consommation des aliments sucrés aller de pair avec l'alimentation moderne, beaucoup trop riche eiy aliments azotés (viandes et œufs).

Il y a là une réaction instinctive de l'organisme, destinée à contrebalancer les inconvénients et les dangers qui résulteraient de la flore protéolytique trop uniforme qui en serait sans cela la conséquence forcée.

L'organisme cherche donc à se défendre, contre une alimentation trop exclusive, par une modification de régime.

Chose bien intéressante, le bactériologiste, qui ne voit pas le malade, arrive par l'étude biologique aux mêmes conclusions que le clinicien qui voit les maladies et en recherche les causes.

21 i TRAITEMENT

C'est dire combien le moyen que nous préconisons est bien logique et bien physiologique.

/ Quelle influence le régime lac to- farineux

I exerce-t-il sur la flore intestinale de fen-

l térite.

^- Amann a pu observer cette influence d'une manière suivie dans un cas d'entérite.

Il s'agissait de son propre enfant, âgé de 26 mois et qui, le 3 mars, à la suite de fautes de régime probablement, fut pris d'une poussée entéritique avec fièvre, abattement, somnolence et déperdition très rapide des forces et du poids.

3 mars. — Cultures sur gélose peptonisée et sucrée par ensemencement avec une dilution des selles prélevées avec les précautions usitées. Au lieu du colibacille que l'on obtient régulièrement dans ces conditions, et dont les colonies envahissent rapidement toutes les plaques, on trouve à côté de plusieurs colonies

Planche III. — Entérite infantile aiguë (Selles avant le traitement). Proteus vulfjaris et Bacillus fluorescens. Coloration Weigert-Escherich. Préparation du D r Amann.

de Bacillus fluorescent liquefaciens Flugge, une quantité de petites colonies d'un bacille très mobile, très allongé, que je me crois en droit d'identifier avec le Proteus vulgaris de Hauser. (PI. III.)

19 mars. — L'enfant avait été tenu, pendant ces 15 jours, exclusivement au régime farineux, avec addition de 20 grammes de lactose par jour; il y avait dans son état une amélioration notable, et de nouvelles cultures faites dans les mêmes conditions ne donnèrent que des B. coli et des B. lactis aerogenes, le Proteus avait entièrement disparu.

24 mars. — Après la guérison presque complète de l'enfant, l'image microscopique montrait une prédominance de B. bifidus Tissier, le colibacille étant en minorité par rapport au précédent. (PI. IV.)

Nous avons dans ce cas un exemple typique du remplacement des protéolytes facultatifs et pathogènes {Proteus et B. fluorescens) par les

Planche IV. — Entérite infantile aiguë (Selles après quatre semaines de traitement). Bacillus bifidus et coli. Coloration Weigert-Escherich. Préparation du D r Amann.

il 6 TRAITEMENT

amylolytes obligatoires [B.lactis, B. coli) y puis par les espèces commensales (/?. bi/idus), que nous devons considérer comme normales.

Depuis lors, nous avons eu l'occasion de faire un nombre considérable d'observations analogues, qui n'ont du reste fait que confirmer les résultats déjà obtenus et publiés par Escherich et son école.

Telle est la théorie; examinons maintenant quelles sont en pratique les indications générales qui découlent de cette étude au point de vue du régime de l'entérite.

A. — Indications générales.

Aliments azotés. — 1° Diminuer le plus

V possible des aliments azotés, dans lesquels les microbes de l'intestin puisent leur nourriture.

2° Interdire complètement ceux des aliments azotés qui sont des milieux favorables au développement microbien et forment de véritables bouillons de culture.

Combe. — Pl. III.

Page 216.

Entérite infantile aiguë

(Selles avant le traitement).

Proteus vulgaris et Bacillus iluoreseens.

(Coloration Weigert-Kscherich. Préparation du D r Aniann.

Combe. — Pl. IV.

Page 217.

Entérite infantile aiguë

{Selles après six semaines de traitement).

Bacillus bifidus et Bacillus eoli.

Coloration Weigert-Escherich. Préparation du I) r Amann.

3° Choisir, parmi les aliments azotés, de préférence les œufs comme étant moins putrescibles dans l'intestin.

Aliments gras. — 1° Éviter les graisses de|/ viande, qui augmentent les putréfactions.

2° Choisir de préférence le beurre frais \y/ comme aliment gras, car son action est beaucoup moins nocive.

Aliments farineux. — 1° Introduire dans le régime une proportion aussi considérable que possible de farineux.

2° Dans l'entérite aiguë ou dans la forme chronique réchauffée en une poussée aiguë, le régime sera exclusivement farineux pendant quelques jours, car il joue dans l'entérite aiguë le même rôle que la diète hydrique dans le catarrhe aigu.

3° Dans la forme chronique refroidie, le régime antiputride sera mixte : lacto-farineux d'abord ; ensuite on ajoutera les œufs et la viande, en proportion très réduite.

4° Dans le régime lacto-farineux, le lait est

mélangé aux farineux, mais avec prédominance des hydrocarbures; il est ainsi beaucoup mieux digéré et supporté que le lait pur, et cela, grâce au fractionnement du coagulum massif dû au lait de vache, grâce ensuite à Faction antiputride des farineux qui se joint au lactose du lait, grâce enfin au fait que ce lactose est protégé contre l'absorption par les farineux.

La seule difficulté, mais grande, lorsqu'on se trouve en présence d'un nouveau cas, est de savoir quelle est la proportion de lait que le malade pourra supporter, car elle est variable suivant la personne, et, chez la même personne, elle varie suivant le stade de refroidissement de la maladie intestinale.

On commencera donc par une proportion assez forle, afin de tâter la susceptibilité.

Mais cette quantité, en cas d'intolérance gastrique ou intestinale, sera peu à peu diminuée jusqu'à ce que tout symptôme d'intolérance ait disparu, ce que l'examen des selles permettra bientôt de juger.

~^Nous pouvons donc affirmer que, dans* laA Vorme chronique de l'entéro-colite membra-/

I neuï

TRAITEMENT DE i/eNTÉRITE PRIMAIRE 219

neuse, le régime lacto-farineux est le régime, ljU*tiputride par excellence.

Or, ce régime est depuis bien des années employé par les médecins allemands dans des cas analogues, entre autres par Albu, Gravitz, Rosenheim, Senator, Ewald, Schweninger, etc.

Rosenheim Ta, depuis longtemps, substitué au régime végétarien exclusif « qui lui paraît nuisible, parce qu'il renferme une quantité d'albumine insuffisante et ensuite parce qu'il diminue la résistance aux infections ».

Ce régime lacto- végétarien (lait, beurre, pâtes alimentaires) complété par des jaunes d'oeufs, aliment peu azoté et très riche en substances grasses, lui paraît indiqué dans le traitement secondaire de l'ulcère de l'estomac et dans toutes les affections du gros intestin depuis la simple colite membraneuse jusqu'aux plus graves lésions dysentériques.

Senator l'utilise dans la colite muco-membraneuse, les insomnies nerveuses et certaines maladies de la peau, de nature intestinale.

Nous ne prétendons donc nullement à une

priorité quelconque en préconisant cette méthode, car nous n'avons fait qu'appliquer, en le systématisant et en l'étendant, un moyen diététique dès longtemps connu, accepté et recommandé en Allemagne.

Nous sommes très heureux de l'avoir fait connaître et adopter en France, où il n'était pas employé.

B. — Règles générales.

1° Manger lentement et mâcher avec soin.

Le régime sec et surtout la nécessité de manger des flules avec le régime lacto-farineux obligent le malade à bien mâcher, s'il ne veut pas s'étrangler.

Il n'en est pas moins vrai que le D r Fletscher a grandement raison en assurant qu'une nourriture bien mâchée est à moitié digérée et l'on ne saurait trop recommander au malade ce fletscherisme là.

2° Ne pas boire en mangeant, ni manger en buvant.

La séparation des liquides et des solides est

TRAITEMENT DE l'eNTÉRITE PRIMAIRE 221

un des grands principes des régimes de notre maître, le professeur Schweninger. Presque tous les dyspeptiques s'en trouvent fort bien, et pour peu qu'on ne boive pas du tout aux repas solides, on s'y habitue très vite et sans aucune difficulté.

L'explication de cette pratique, vérifiée par tous ceux qui s'occupent de dyspepsie, nous a été donnée par le D r Leven (de Paris) dans une très intéressante étude sur la radioscopie gastrique. Ce sagace observateur a pu se rendre compte sur l'écran qu'un estomac se vide en quarante minutes lorsqu'il ne contient que du liquide alors qu'il lui faut trois à quatre heures s'il y a mélange de liquide et de solide. Voilà déjà une première raison pour conseiller cette méthode, mais dans l'entérite il y en a une seconde.

Rovighi (1) a démontré que la séparation des ^liquides et des solides diminuait beaucoup la putréfaction azotée, c'est pour cela que nous appliquons avec rigueur cette séparation dans &us les cas d'entérite.

i) ftoviGHi, Zeit. f. pays. Ch., XVI, p. 30.

Sulfo-éthers.

A jeun 0,008

3 h. après repas avec beaucoup de liquide. . . 0,031

Après 4 jours :

A jeun 0,008

3 h. après repas avec beaucoup de liquide.. . 0,037

Le lendemain, à jeun, l'intoxication continue encore :

A jeun 0,026

3 h. après repas sec 0,014

Schumann(l) expérimentant sur lui-même, en prenant exactement la môme ration alimentaire solide, trouve dans :

Sulfo-éthers en moyenne.

3 jours repas secs 0,107

2 — avec 1 500 gr. eau 0,145

— avec 1 500 gr. bière 0,163

10 — avec 1 500 gr. eau du Sprudel 0,157

Nous pouvons donc conclure que le repas sec facilite la digestion, la rend plus rapide et diminuenotablementla putréfaction intestinale azotée.

3° Diviser la nourriture en plusieurs petits repas en alternant toujours un repas/ liquide avec un repas solide.

(1) Schumann, Wien. kl. Woch. t 1901, p. 10.

Adrian (1) a démontré que l'azote ingéré par repas fractionnés se digère mieux, se résorbe mieux et plus vite, et surtout se putréfie moins.

Périodes de 10 jours :

Azote Azote

Sulfo-éthers. urinaire fixe.

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