PRÉFACE VU
maladie qui frappe un si grand nombre de nos contemporains.
C'est dans cette pensée que nous l'avons écrit, et nous serons heureux s'il remplit son but.
D r A. Combe.
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L'entérite muco-membraneuse, dont on parlait à peine il y a vingt ans et dont on ne trouvait aucune mention dans les traités de pathologie d'il y a dix ans, tend à prendre aujourd'hui une place de plus en plus considérable dans la médecine moderne.
Nous pouvons faire ici la môme constatation que Ton a déjà si souvent faite à propos de l'appendicite. Presque inconnue il y a trente ans, l'appendicite est devenue de plus en plus fréquente, soit qu'elle ait augmenté réellement, soit qu'on sache mieux la reconnaître, et elle
Combk. — Entérite, 3 e édit 1
joue actuellement un rôle prépondérant dans la pathologie intestinale.
L'histoire de l'entérite chronique mucomembraneuse a subi les mômes fluctuations.
A peine mentionnée par Morgagni et Van Swieten, elle paraît presque oubliée pendant 200 ans, et il nous faut arriver aux dernières années du siècle passé pour voir, presque en même temps, les médecins de tous les pays la décrire, insister sur sa fréquence et sur son importance de plus en plus considérable.
Aussi Charrin en 1894 a-t-il pu dire : « La fréquence de l'entérite membraneuse dépasse de beaucoup ce qu'en disent les auteurs, môme ceux qui la déclarent très commune. Cette fréquence inouïe, l'importance que prend cette affection, les ennuis qu'elle cause font qu'à mon avis elle devrait occuper, môme dans les plus élémentaires manuels de pathologie, une place beaucoup plus considérable que celle qu'on lui réserve habituellement ».
On peut se demander si Cette affection existait autrefois avec sa fréquence actuelle sans que les anciens médecins, qui étaient cepen-
daxit des observateurs merveilleux, sachent la dépister et la reconnaître, ou bien si elle a, depuis ces dernières années, augmenté dans des proportions telles quelle soit arrivée à forcer l'attention.
Certes, l'entérite n'était pas inconnue au xvm e siècle, mais elle était alors l'apanage de l'élite de là société et ne se trouvait guère dans la bourgeoisie et dans le peuple. C'était donc une maladie rare. Voltaire en était atteint, à ce que nous raconte M. Maugras dans son si intéressant ouvrage sur la Cour de Lunéville. 11 aimait à parler de ses vapeurs, comme on appelait alors l'entérite, avec ceux qui souffraient du même mal. « 11 grille de me voir pour parler glaires avec lui, écrit Mme de Graffigny en parlant de Voltaire, c'est aussi sa marotte, il a aussi la barre dans le ventre, enfin... rien n'y manque. »
Actuellement l'entérite s'est généralisée en se démocratisant : En même temps que l'hérédité arthritique s'étendait de la noblesse à la bourgeoisie, les conditions de la vie moderne, avec la constipation, qui en est la conséquence
aggravée par la nourriture azotée prise en excès, ont à la fois diminué les défenses de l'intestin et exagéré les phénomènes putrides qui s'y produisent.
Or, nous le verrons, ce sont là les causes indispensables, mais suffisantes, pour produire l'entérite. Leur généralisation progressive peut fort bien expliquer cette expansion, cette marche toujours plus envahissante de l'entérite muco-membraneuse, marche dont les limites ne sont certainement pas encore atteintes.
Nous n'en voulons pour preuve que notre statistique personnelle déjà considérable, puisqu'elle date de quinze ans et porte sur près de 1800 cas. Or, sur ces 1800 cas. 80 à peine appartiennent à la Suisse, où cette maladie est très rare, et sur ces 80 plus de la moitié (50) viennent de Genève, où cette affection, sans être aussi fréquente qu'à Paris, n'est pas exceptionnelle.
Nous avons eu cependant l'occasion de voir de très nombreuses affections intestinales d'adultes et d'enfants suisses, soit en ville, soit à l'hôpital et quoique nous ayons recherché
avec soin chez eux les symptômes de l'entérite muco-membraneuse, nous n'en avons trouvé qu'une trentaine de cas, les autres étaient atteints d'entérite chronique glaireuse. On le voit, il ne suffit pas d'en connaître les symptômes et d'avoir l'habitude de les dépister pour trouver des entérites muco-membraneuses. il faut encore opérer dans des pays où elles s'observent.
Nous n'avons pas l'intention de revenir ici sur l'histoire de l'entérite muco-membraneuse, qui a été faite par Langenhagen, G. Lyon et surtout par Jouaust (1), dans son excellente thèse.
Nous ne décrirons pas non plus les symptômes et les complications de cette maladie, car ils ont été admirablement étudiés par de Leyden, Rosenheim, Ewald, Boas, Nothnagel, en Allemagne; par Edwards, Boardmann, Kilburne, en Amérique; par Mason-Good, Woodward, Boyden, en Angleterre et par un très grand nombre d'auteurs en France, parmi
(i) Voy. également Jouaust, Les traitements des entérites [Actualités médicales , Paris).
lesquels nous citerons Potain, Richardière, Guinon, Comby, Langenhagen, Froussard, G. Lyon, Giffard, etc.
Nous voulons nous borner ici à l'étude de l'étiologie, et de la pathogénie de l'entérite muco-membraneuse et & la description du traitement que nous appliquons à cette maladie.
Ce qui a beaucoup compliqué l'étude de l'étiologie de l'entérite chronique muco-membraneuse, c'est que cette maladie locale et de nature inflammatoire a été confondue par la majorité des auteurs avec une névrose à manifestation intestinale qui lui ressemble à plusieurs points de vue. Cette confusion est des plus regrettables, car elle a beaucoup nui à l'étude de ces deux maladies, qui doivent être soigaeusement distinguées l'une de l'autre, soit au point de vue pathogénique, soit au point de vue thérapeutique.
C'est ce que nous allons essayer de faire.
Il existe en effet une névrose intestinale appelée par Leyden et Rosenheim Sécrétions*
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neurose ; par Vanni myo-angioneurose ; par Nothnagel colique muco-membraneuse et que nous nommerions volontiers avec G. Lyon entéro-névrose muco-membraneuse.
Cette maladie, beaucoup plus rare que la forme inflammatoire (28 cas sur 1800), ne s'observe que chez les femmes nerveuses et névrosées, ou chez des hommes profondément neurasthéniques ou atteints d'hypocondrie.
Presque tous appartiennent par hérédité à la grande famille des nerveux. Ils ont des névroses ou des psychoses dans leurs ascendants ou leurs collatéraux. Eux-mêmes sont excessivement impressionnables et craintifs; dès leur naissance, ils ont eu des terreurs nocturnes, plus tard des phobies diverses, mais presque toujours orientées sur leur tube digestif (craintes d'appendicite, cancer, ulcères, obstruction intestinale, etc.). Un seul de mes malades atteint d'entéro-névrose muco-membraneuse, un intellectuel, professeur de droit, était un surmené par des études et des veilles, mais, même chez lui, on trouvait des tares nerveuses héréditaires.
Ces malades présentent, à. des degrés divers, des symptômes soit d'hystérie, soit de neurasthénie ; tous tendent plus ou moins à l'hypocondrie. Ils se plaignent de toujours sentir leur ventre; après les repas, ils ont des renvois et des nausées, qui presque toujours sont causés par des mouvements intestinaux pénibles et quelquefois même douloureux, mouvements qui s'accompagnent parfois de bruits entendus par le malade et son entourage. Ce sont là les symptômes de Vaqitation péristaltique de Nothnagel, des tormina nervosa de Rosenheim. Ces mouvements et ces sensations pénibles augmentent beaucoup pendant la période menstruelle. Souvent ils se produisent la nuit et causent de l'insomnie.
Ces malades souffrent en outre d'une constipation opiniâtre, constipation spas tique par excellence. 11 n'est pas rare de les voir rester 2 ou 3 jours et môme une semaine sans aller du ventre. La selle est pénible, de très petit calibre, en longs rubans ou, au contraire, en petits noyaux ovillés. Ces selles sont quelquefois, mais pas toujours, recouvertes
de glaires ou de membranes blanchâtres.
Très rarement on observe des malades ayant des selles nombreuses, 3 ou 4 par jour, mais, et c'est là un caractère important, elles ne sont pas diarrhéiques ; elles ont, au contraire, les mômes caractères que dans la forme constipée.
Enfin, et c'est là le symptôme prédominant de cette maladie, à intervalles variables suivant les personnes, souvent après une émotion ou une contrariété, après un refroidissement ou quelquefois sans cause, il se produit chez ces malades une crise entéralgique excessivement violente. C'est une colique fixe, qui a son siège, le plus souvent, dans le côlon transverse, quelquefois dans le côlon ascendant ou l'S iliaque, quelquefois dans tout le gros intestin. Cette colique s'accompagne souvent de douleurs dans la vessie, dans les organes génitaux, dans le sciatique. Les nausées, les vomissements nerveux ne sont pas rares. Il en est de môme des symptômes nerveux : pleurs, cris, agitation, etc.
Après ces coliques sèches, d'une durée va-
riable, survient spontanément une selle avec des épreintes ou après un lavement. Cette selle est formée presque uniquement de membranes blanchâtres épaisses, aplaties, tubulaires ou en boules (Rosenheim). La quantité de membranes évacuées est toujours considérable, quelquefois énorme (un demi, même un vase de nuit entièrement rempli). Le plus souvent la selle est composée uniquement de membranes ; beaucoup plus rarement, elle est accompagnée, précédée ou suivie de rares matières fécales aplaties ou ovillées, qui sont blanchâtres et acholiques.
Il faut se garder de confondre ces crises avec des coliques hépatiques ; l'acholie doit s'expliquer probablement par la propagation du spasme au canal cholédoque ou aux canaux biliaires. L'examen macroscopique et microscopique des selles démontre que les membranes ressemblent absolument à celles de l'entérite muco-membraneuse. Elles sont aussi formées de mucine, mais, par contre, on n'y trouve que peu de cellules épithéliales, point de cellules rondes (pus et sang) et peu de microorganismes.
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On y constate aussi quelques cristaux de phosphate ammoniaco-magnésienet de cholestérine.
L'examen urinaire est presque normal. Quelquefois, j'ai pu constater de la phosphaturie (2,0 à 3,80 par 24 heures). Les sulfo-éthcrs sont normaux ou à peu près, 0,100 à 0,150. On trouve peu d'indol et peu de phénols.
La crise une fois terminée, le malade est très soulagé pendantunintervalleplusoumoins long. Cet intervalle dure un jour, trois jours, une semaine, quelquefois un ou plusieurs mois. Nothnagel a même observé un malade qui n'a eu qu'une seule et unique crise.
Pendant la crise, l'apparence du ventre rappelle celui de la méningite : il est rétracté, en bateau, dur, les muscles droits sont tendus comme des cordes. Le ventre est très douloureux à la palpation. On voit combien l'aspect de l'abdomen diffère de celui de la crise de l'entérite muco-membraneuse, où, au contraire, les symptômes de péritonisme sont prédominants.
Les symptômes objectifs, présentés par ces malades entre les crises, sont les suivants : on
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observe toujours chez eux une exagération souvent considérable des réflexes tendineux, musculaires et cutanés; le signe de Chvosteck n'est pas rare.
Le ventre est plutôt rétracté ; dans la région ombilicale, parfois, on voit et sent des mouvements péristaltiques exagérés.
Le gros intestin est, dans toute sa longueur, dur, rétracté, « tuyau de caoutchouc » ; il est partout très facilement palpable excepté à Tépigastre, à cause de la tension des grands droits.
Cette maladie n'est pas mortelle, aussi les examens anatomo-pathologiques sont-ils excessivement rares. On ne peut guère citer ici que ceux de 0. Rothmann (1) et Edwards (2) qui, observés pendant la vie, présentaient d'une façon absolument typique les symptômes de l'entéro-névrose muco-membraneuse . L'examen fait par C. Ruge, examen très soigné et portant sur toutes les parties du tractus intestinal, démontra que la muqueuse intestinale était absolument normale.
(1) Rothmann, Deuts. med. \Voch. t 1887, p. 27.
(2) Edwards, Amer. Journ. of med. Se, 1888, p. 32.
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Voilà donc un premier tableau symptomatique bien net, qui correspond à la maladie appelée en Allemagne colique muco-membraneuse et que l'ou pourrait appeler, avec G. Lyon, d'un terme prêtant moins a la confusion, entéro-névrose muco-membraneuse. Mais, contrairement à l'opinion de G. Lyon, cette maladie ne doitabsolument pas rentrer dans le cadre de l'entérite muco-membraneuse.
L'entéro-névrose est une affection nerveuse, qui demande un traitement bien spécial dirigé uniquement contre l'atteinte du système nerveux.
L'entérite muco-membraneuse est, comme nous allons le voir, une affection intestinale, qui nécessite un traitement diététique et médicamenteux spécial, dirigé uniquement contre l'inflammation de la muqueuse intestinale.