‹ Le Traitement de l'entérite muco-membraneuseChapitre 5 sur 41 · II. - ENTÉRITE MUCO-MEMBRANEUSE A. — CAUSES PRÉDISPOSANTES · texte numérisé non relu

II. - ENTÉRITE MUCO-MEMBRANEUSE A. — CAUSES PRÉDISPOSANTES

L'entérite muco-membraneuse est une affection fréquente, au moins dans certains pays.

ENTÉRITE MUCO-MEMBRANELSE 45

Age. .— Tous les âges y sont sujets. J'ai observé des entérites muco-membraneuses typiques à 4 semaines, à 6 semaines, j'en ai vu plusieurs après 70 ans.

Contrairement à l'opinion de Lyon, de Langenhagen, etc. , les enfants au-dessous de 10 ans sont fréquemment atteints de cette maladie.

Depuis que les médecins d'enfants ont pris l'habitude d'examiner eux-mêmes les selles, ils ont été fort surpris de voir que beaucoup d'enfants traités par eux pour de la dyspepsie, pour de l'anémie, pour de l'infantilisme, pour de la cachexie de cause vague (adénopathie trachéo-bronchique probable !), pour des symptômes nerveuxdivers, etc. ,étaientatteints, en réalité, d'entérite muco-membraneuse.

Au-dessus de 10 ans, la proportion augmente encore, pour atteindre son maximum entre 20 et 30 ans.

Sexe. — Le sexe ne me paraît pas jouer un rôle aussi considérable que Ton a bien voulu le dire. En tout cas, chez l'enfant, il n'a aucune importance. A partir de la puberté, le nombre

1 6 ÉTIOLOGIE

des femmes atteintes augmente, et j'en trouve dans ma statistique 60 p. 100, chiffre qui se rapproche beaucoup de ceux de Langenhagen et Bottentuit.

Habitation. — L'habitation paraît jouer un rôle, difficile cependant à préciser exactement. Les citadins sont beaucoup plus frappés que les habitants de la campagne, ce qui tient, à mon avis, îi l'alimentation beaucoup plus carnée et à la rareté beaucoup plus grande de la constipation spasmodique chez les campagnards.

Enfin à la campagne, l'entérite chronique se manifeste beaucoup plus, quand elle existe, sous sa forme diarrhéique glaireuse, que sous sa forme muco-membraneuse, ce qui tient au fait que l'arthritisme est beaucoup plus rare à la campagne qu'à la ville.

Position sociale. — La. position sociale exerce la même influence; extrêmement rare chez les pauvres, l'entérite membraneuse est beaucoup plus fréquente chez les riches. On la voit très rarement à l'hôpital, rarement chez les ouvriers

des villes, ce qui montre bien que la position sociale est ici bien plus importante que l'habitation . k ^

Habitudes alimentaires. — L'abus de l'alimentation azoté^ (viande et œufs), que Ton observe d'une manière si générale en France et en Angleterre, dans les villes, et en Russie dans la classe aisée, explique bien pourquoi les citadins de la France, de la Belgique et de l'Angleterre et la classe aisée russe offrent un nombre beaucoup plus considérable d'entérites muco-membraneuses que tous les autres pays.

Cette maladie est peu fréquente en Allemagne et dans l'Italie du nord, elle est très rare en Suisse et dans l'Italie du sud. Je ne l'ai jamais observée en Tunisie dans la population indigène où j'ai eu l'occasion de pratiquer quelque temps et de constater combien exceptionnelle y est l'alimentation carnée.

Chose singulière, dans mes trente cas observés en Suisse (Genève mise à part), je ne trouve parmi les campagnards que quatre cas d'enté-

Combe. — Entérite, 3 e édit» 2

18 ÉTIOLOGIE

rite muco-membraneuse, et tous sont des enfants de bouchers. C'est même ce qui a attiré mon attention sur l'influence de l'alimentation azotée dans l'étiologie de l'entérite muco-membraneuse.

Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt la belle communication de Lucas-Championnière sur l'étiologie de l'appendicite, cette autre infectioQ intestinale qui, commel'entérite, n'est primitivement qu'une inflammation de la muqueuse de l'intestin, causée par une infection microbienne, mais qui évolue d'une manière différente grâce aux conditions anatomiques et pathologiques spéciales de l'appendice vermiculaire, ce caecum du caecum, comme le dit si excellemment Reclus.

Lucas-Championnière attribue l'infection de l'appendice, comme nous le faisons pour l'infection du gros intestin, à l'abus de la viande et à son usage prématuré, et ajoutons au fait que cette viande est consommée souvent crue ou très peu cuite.

On comprend dès lors pourquoi l'entérite et l'appendicite sont plus fréquentes dans les

grandes villes de l'Angleterre, de la Hollande, de la Russie et de la France, car ce sont les villes où Ton consomme le plus de viandes et d'œufs et surtout le plus de viandes peu cuites, régime alimentaire qui, comme nous le verrons, favorise largement la putréfaction intestinale.

À l'appui de cette conception étiologique, Lucas-Championnière nous donne les résultats d'une fort intéressante enquête faite par lui et dans laquelle la relation entre l'appendicite et la diète carnée se démontre jusqu a l'évidence.

Dans les prisons où le régime n'est que très exceptionnellement carné, l'appendicite est très rare, alors qu'elle est très fréquente dans les mêmes villes où se trouvent ces prisons. Clairvaux, avec une population de mille prisonniers, n'a eu en 1900 qu'un seul cas d'appendicite. La petite Roquette, sur 4000 détenus en 1902 et 1903, ne compte que trois cas dont un n'était qu'une rechute. Or le régime de ces établissements est à peu près végétarien ; le jeudi et le dimanche seulement on distribue de la viande.

20 ÉTIOLOG1E

Le fait est encore plus marqué dans les établissements où le régime est essentiellement végétarien.

Ainsi dans Fasile d'aliénés de Mayenne, sur 1 500 pensionnaires, on n'a observé aucun cas d'appendicite en trois ans.

Dans le couvent des sœurs Saint-Joseph de Verdun pas un seul cas d'appendicite depuis 1888. Dans celui des Clarisses et des Carmélites de Nantes, pas un seul cas autochtone.

Pas de cas non plus chez les Carmélites de Londres, etc. Or, dans tous ces couvents le régime est lacto-végétarien pur.

Comme contraste aux faits qu'il signale, Lucas-Championnière cite le couvent des religieuses de l'Hôtel-Dieu de Paris, qui se nourrissent presque exclusivement de viande et qui ont eu à déplorer un nombre considérable d'appendicites.

En Roumanie, d'après Stoicesco, l'appendicite est extrêmement rare dans les campagnes où l'usage de la viande est très exceptionnel, et très fréquente dans les villes où l'on en consomme beaucoup. On observe :

A la campagne : une appendicite sur 22740 malades.

A la ville : une appendicite sur 222 malades.

Au dire de plusieurs médecins de Bucarest avec lesquels je parlais de cette question, il en est exactement de même avec l'entérite, elle est très rare à la campagne et très fréquente en ville.

En Bulgarie, d'après Grigoroff (1), l'appendicite est une maladie connue seulement dans les populations urbaines qui ont un régime alimentaire se rapprochant de celui des villes de l'Europe occidentale, tandis qu'elle est absolument inconnue dans les campagnes où les paysans se nourrissent exclusivement de légumes et de lait ^Ég£*sVrwJ

Nous pouvons donc conclure des faits si intéressants réunis par Lucas-Championnière et Grigoroff, que l'usage prématuré de la viande et sa consommation toujours plus abondante sont un des facteurs les plus importants de la putréfaction intestinale et de la fréquence croissante des entérites et des appendicites.

(1) Grigoroff, Thèse de Genève, 1905.

22 étiologie;

Antécédents héréditaires. Arthritisme. — Dans toutes les observations, on trouve chez les membraneux des antécédents arthritiques.

Tous descendent de familles où les goutteux, les obèses, les diabétiques sont nombreux.

Tous affirment que, chez leurs ascendants ou collatéraux, les migraines, les névralgies, l'asthme, la gravelle sont fréquents. En un mot, les entéritiques membraneux sont sans exception de souche arthritique.

Sans doute Tarthritisme est encore loin d'être expliqué dans son essence. On sait cependant que les arthritiques sont sujets aux congestions (maux de tête, migraines et surtout aux inflammations des muqueuses : conjonctive, pituitaire, pharynx, bronches, intestin). Or, lagrande majorité de nos membraneux accuse cette tendance aux inflammations des muqueuses.

On sait que, chez les arthritiques, entre les accès, les proportions des acides urique et oxalique sont augmentées dans les urines. Or, nous avons trouvé chez nos membraneux une augmentation constante et souvent considérable d'acide urique chez les uns (jusqu'à 1,20

p. 24 heures), d'acide oxalique (0,030 à 0,080 à 0,120 par 24 heures) chez les autres; chez d'autres encore, des deux corps.

Dans leurs selles, chose que nous n'avons pas vue signalée, on trouve des cristaux d'oxalates et d'urates en quantités souvent considérables; chez les oxaluriques, c'étaient les oxalates qui prédominaient; dans l'arthritisme urique, c'étaient les urates ; dans la forme mixte, les cristaux d'urates et d'oxalates étaient en très forte proportion.

La présence des oxalates s'explique facilement : Abeles (1), cherchant à démontrer que l'oxalurie alimentaire n'existe pas et ne peut exister, prouve que les oxalates solubles des aliments se transforment en oxalates de chaux insolubles dans l'intestin et qu'ils sont éliminés sous cette forme par les selles. Il n'est donc pas étonnant de trouver des oxalates de chaux dans les selles.

Reste cependant à expliquer pourquoi dans les selles de constipation aloniquc les oxalates

(i) Abeles, Wien. kl. Woch., 1892, p. 342.

24 ÈTIOLOGIR

sont rares, alors qu'ils sont en nombre extrêmement considérable dans la constipation spasmodique de l'entérite muco-membraneuse. Les travaux de chimie physiologique donnent à cette question deux solutions.

Tout d'abord comment l'acide oxalique se produit-il dans l'organisme? Je laisse de côté la formation de l'acide oxalique dans le foie aux dépens de l'acide glucuronique et par conséquent aux dépens des glucoses et des farines (1), car cela ne rentre pas dans notre \ étude, les analyses de nos malades ayant été faites avant qu'ils soient au régime.

Wohler et Frerichs (2) avaient déjà trouvé, et ce fait a été confirmé par Gallois (3), que l'ingestion d'acide urique augmente considérablement Toxalurie.

Lommcl (4) et Furbringer (5) démontrent qu'une alimentation riche en nucléine (ris de veau, cervelle, rognon) augmente notablement

(1) Meyer, Zeils. f. klin. Med., 47.

(2) Wohler et Frerichs, An. der Chem., 65, p. 340.

(3) Gallois, Comptes rend. Ac. Se, 44, p. 734.

(4) Lommel, Arch. f. kl. Med., 63, p. 599.

(5) Furbringer, Arch. f. kl. Med., 18. p. 143.

les proportions soit de l'acide urique, soit de l'acide oxalique dans l'urine. Luzatto enfin (1) donne l'explication de ce fait en démontrant que l'acide urique dans le corps peut se transformer en partie en acide oxal urique, puis en acide oxalique. Ainsi se trouve expliquée la relation clinique indiscutable entre la goutte et l'arthritisme d'une part, et d'autre part la production d'oxalates en excès, dans le sang et leur élimination soit par l'urine, soit par la muqueuse intestinale.

On s'explique fort bien de cette façon pourquoi dans l'arthritisme on trouve en grand nombre des cristaux d'oxalates dans les selles.

Mais il est encore une autre explication à ce fait qu'il convient de signaler :

Emmerling (2) démontre que, sous l'influence microbienne, il se produit aux dépens de la nourriture des oxalates solubles. Harnack, van der Leyden, Moraczeski (3) confirment ce

(1) Lczatto, Zêils. f. phys. Ch. t 37, p. 223.

(2) Emmerling, Cmtralbl. f. Bact., X. p, 9.

(3) Harnack, van der Lbyden, Moraczeski, Centralbl. f. in. Med., 1903, p. 1.

26 ÉTIOLOGIE

fait et montrent l'étroite relation qui existe entre I'indicanurie et l'oxalurie.

Sur 437 cas, Moraczeski trouve :

De Coxalurie dans 84,3 p. 100 des indicanuries.

De I'indicanurie dans 14 p. 100 des oxaluries.

La production en excès d'oxalates solubles dans l'intestin d'abord, dans le sang ensuite, l'oxalurie et l'élimination d'oxalates par la muqueuse intestinale accompagnent donc toute putréfaction intestinale exagérée.

Or, nous le verrons, c'est là un des caractères importants de l'entérite muco-membraneuse que cette putréfaction intestinale intensejv ^ qui va constituer un cercle vicieux au pre- / I mier chef. La putréfaction intestinale s'accompagne en effet d'une élimination considérable l \ d'oxalates par la muqueuse intestinale, ce qui \ \ l'irrite, paralyse ses défenses et favorise d'au- \\tant la putréfaction.

Cette deuxième explication suffit-elle à expliquer l'oxalurie des membraneux, sans que Ton ait besoin de recourir à l'arthritisme et à la formation d'oxalates aux dépens de l'acide

ne ii

ENTÉRITE MUCO-MEMBRANECSE 27

urique, c'est ce qu'il est difficile de décider. 11 était bon cependant de le signaler.

Il est moins aisé d'expliquer la présence de cristaux d'urates dans les selles des membraneux.

Nous savons en effet que la digestion des nucléines par les enzymes ne produit qu'une solubilisation de ces corps avec transformation de l'acide nucléinique a en acide nucléinique b (Popoff, Milroy, Umber, Aracki) (1).

La digestion microbienne par les coli seuls J)

et par les microbes mélangés des fèces décom- (

pose d'abord les nucléines en guaûiûe et adé- ]

nin e (2) et secondairement transforme la f

jjuanine e n xanthin e, et l'adénite en hypoxan- l

Jhine(3).

Mais jamais il ne se produit d'acide urique dans l'intestin ; il résulterait, au contraire, des recherches de Ranger (4) que l'acide urique

(1) Popoff, Milroy, Umber, Aracki, Zeits. f. phys, Ch.. 38, p. 83.

(2) SCHITTENHELM et SCHRGETER, Ze'llS. f. phlJS. 67/., 39,

(3) Schlindler, Zeits. f.phys.Ch., 13, p. 441.

(4) Ranger, PflugersAvch., 100, p. 428.

ingéré ne se retrouve pas dans les selles.

II nous faut donc admettre qu'il se produit dans l'arthritisme une élimination d'urates par la muqueuse intestinale (analogue à l'élimination des phosphates dans l'ostéomalacie démontrée par His), élimination qui, comme celle de l'acide oxalique, fatigue et irrite la x muqueuse et paralyse ses moyens de défense.

Ces phénomènes d'élimination d'urates et d'oxalates par" la muqueuse intestinale expliquent bi en, à mon sens, la prédisposition toute sg£cialedes arthritiques à llinfection^etàj'irrij tation de la muqueuse intestinale.

Chez les arthritiques en effet on trouve à la fois une muqueuse affaiblie et une putréfaction azotée exagérée, double condition indispensable à la production de l'entérite mucomembraneuse.

En effet, la putréfaction intestinale exagérée ne suffit pas à déterminer l'entérite muco-membraneuse; tout au plus, si elle est intense, en résultera-t-il une infection de la muqueuse intestinale, c'est-à-dire une entérite glaireuse, aiguë ou chronique.

Pour que l'entérite chronique glaireuse se transforme en muco-membraneuse, il faut encore la prédisposition de l'intestin, son irritabilité, sa tendance au spasme qui s'explique par l'arthritisme.

Cette notion pathogénique et étiologique nous permet de comprendre pourquoi, alors que les conditions d'infection sont à peu près les mêmes dans les grandes villes, ce sont surtout les riches qui sont atteints d'entérite muco-membraneuse, pourquoi la fréquence de cette maladie augmente, pourquoi elle est beaucoup plus répandue aujourd'hui qu'il y a quelques années.

C'est parce que l'arthritisme lui-môme s'étend et gagne chaque jour plus de terrain, grâce aux vices d'alimentation, grâce à l'alimentation trop carnée qui se répand de plus en plus dans toutes les classes de la société, grâce à la vie enfiévrée et surmenée, causée par l'ardente lutte pour la vie.

/ / Nervosité. — La plupart des auteurs affirment que la nervosité est la cause de l'entérite muco-membraneuse. G. Lyon, qui a écrit sur

30 ÉTIOLOGIE

l'entérite des travaux extrêmement intéressants, est un partisan convaincu de la théorie nerveuse qu'il expose d'une façon magistrale dans son dernier travail : Pathogénie des névroses intestinales.

C'est, dit-il, un ensemble de troubles fonctionnels du grand sympathique abdominal, une trophonévrose sécrétoire, motrice et sensitive, survenant uniquement chez une certaine catégorie de prédisposés et pouvant être provoquée, soit par une cause cérébrale (neurasthénie, névrose, etc.), soit par une cause locale (rénale, hépatique, utérine).

Ce travail, quoique très étudié, n'a pas modifié notre manière de voir.

Sans doute, l'entérite peut atteindre des nerveux, c'est une catégorie trop nombreuse pour qu'elle puisse y échapper et il n'est pas étonnant du tout de voir de très nombreux entéritiques accuser de la nervosité, quelquefois même des névroses et des psychoses dans leurs ascendants et chez leurs collatéraux.

Le contraire est, avouons-le, presque exceptionnel dans la clientèle de la ville appartenant

à la classe aisée. Il n'y a donc là aucune indication causale.

Sans doute, beaucoup d'entéritiques membraneux déclarent être nerveux dès leur naissance et ajoutent que les phénomènes nerveux qui existaient avant l'installation de la colite ont été notablement renforcés et exagérés par elle et ont même dégénéré en une neurasthénie franchement déclarée.

Là encore, ceci n'a rien d'étonnant; il n'y a rien de surprenant à voir l'auto-intoxication intestinale, si considérable dans l'entérite, exagérer et augmenter chez un nerveux les symptômes de la nervosité, alors qu'elle peut les créer à elle toute seule.

En effet, j'ai observé un assez grand nombre d'entéritiques qui affirment appartenir à des familles exemptes de nervosité et n'avoir jamais présenté de phénomènes nerveux euxmêmes avant leur entérite. Ce sont, au moins dans ma clientèle, des médecins, des officiers de la marine ou des troupes coloniales qui tous et sans aucune hésitation attribuent à leur maladie intestinale les phénomènes de ner-

32 ÉTIOLOGIE

vosité ou de neurasthénie dont ils souffrent.

Tout ceci, et nous sommes pleinement d'accord avec Langenhagen pour l'affirmer, ne s'accorde nullement avec la théorie qui voudrait faire de la neurasthénie le phénomène primitif provocateur de l'entérite.

Nous pensons, au contraire, que, soit dans l'état d'équilibre du système nerveux, soit dans le nervosisme héréditaire, soit dans le nervosisme acquis, Tauto-intoxication causée par l'entérocolite peut produire à elle seule, mais à des degrés divers, tous les phénomènes de neurasthénie dont souffrent les malades atteints d'entérocolite mucomembraneuse.

Ce qui le prouve surtout, c'est qu'il existe des système.s nerveux dont la résistance est à l'épreuve de l'auto-intoxication intestinale, entéritique, car, comme d'autres, fai vu un assez grand nombre d entéritiques chez lesquels une entérite membraneuse, même sérieuse, même 1res douloureuse , n'avait troublé en rien l'équilibre absolu de leur système nerveux et qui ne présentaient aucun trouble nerveux appré-

ENTÉRITE MCCO-MEMBRANEUSE 33

ciable, aucune manifestation physique ou psychique de neurasthénie.

La constatation certaine de ces cas assez nombreux, puisque j'en ai constaté au moins 150, renverse absolument la théorie nerveuse de l'entérite muco-membraneuse.

Je suis obligé de dire au moins, car si j'ai noté le diagnostic de tous les cas observés, n'ayant pas la moindre idée que j'étais destiné à soigner un grand nombre d'entérites, je n'ai commencé à consigner les différents symptômes de mes entéritiques qu'à partir de Tannée 1898.

Ajoutons enfin comme dernière preuve l'observation déjà faite par Langenhagen et d'autres, c'est que, les tarés héréditairement exceptés, presque toujours les malades, qui ont vu leur état intestinal s'améliorer à la suite du traitement local, ont aussi observé parallèlement la diminution, pute la disparition des phénomènes nerveux ou neurasthéniques^,,- - b ^ En résumé, les nerfs jouent un grand rôle \ dans l'entérite muco-membraneuse au point j de vue des complications, mais ils n'ont qu'une i

Combe. — Entérite, 3« édit. 3

/ influence très restreinte dans l'étiologie de cette ( maladie.

Constipation. — G. Sée, Potain, J. Simon, Mathieu, Malibran, Langenhagen attribuent l'entérite muco-membraneuse à la constipation résultant d'une atonie intestinale. « En interrogeant avec soin les malades, dit Langenhagen, on voit que presque toujours les troubles pathologiques se succèdent ainsi. D'abord constipation opiniâtre, prolongée, durant depuis l'enfance ou depuis l'adolescence... puis, à un moment donné, apparition de glaires et de membranes, etc. »

Envisagée de cette manière, nous ne pouvons partager l'opinion de cet auteur, pourtant si excellent observateur.

Constipation atonique. — 11 existe en effet une constipation atonique ; elle est fréquente chez l'adulte et chez l'enfant et peut durer des années, même depuis la naissance. Chez ces malades, le côlon est gros, ballonné; à la palpation, on le trouve mou, atone, excepté dans le côlon descendant où les matières sont faci-

lement perçues et reconnaissables à l 'impression digitale qui persiste. Les selles sont grosses, énormes même, et quelquefois on constate à leur surface de petites glaires transparentes, ou môme des petites pellicules translucides, mais jamais de membranes.

Cette constipation, dans la grande majorité des cas, ne s'accompagne d'aucun phénomène d'auto-intoxication, ni d'infection secondaire de la muqueuse intestinale. En effet, grâce à la sécheresse des matières, la plupart des bacilles actifs sont remplacés par des coques beaucoup moins actifs.

La putréfaction intestinale est faible, l'autointoxication peu considérable, les sulfo-éthers, les phénols etl'indol sont en proportion presque normale. L'infection secondaire de la muqueuse est très rare.

La constipation atonique ne peut donc être envisagée comme une cause d'entérite mucomembraneuse. Ce qui le prouve jusqu'à l'évidence, c'est qu'il existe, dans 15 p. 100 des cas environ, une entérite membraneuse à forme diarrhéique d'emblée. Cette forme est encore

36 ÉTIOLOGIE

beaucoup plus fréquente chez les enfants où elle existe dans le tiers des cas.

Constipation spasmodîque. — La constipation spasmodique, décrite pour la première fois en 1883 par Cherchewski, puis par Fleiner, Westphalen, Ebstein, se voit chez les hystériques et les neurasthéniques, les surtnenés et les saturnins. Elle atteint en général tout le gros intestin. Le côlon tout entier, comme dans l'entéronévrose, est dut, en spasme, tuyau de caoutchouc. Les selles sont de petit calibre, étirées. Leur volume est très faible, comme von Sohlern le démontre (1), et n'est nullement en rapport avec le volume des selles émises par les individus normaux; cnlin elles sont recouvertes d'une légère couche de mucus incolore, qui quelquefois forme une petite glaire. Mais on n'y trouve pas de membranes. Cette constipation ne s'accompagne pas de météorisme,ni de gaz.

Woodward a démontré qu'une grande partie de la selle, un quart, quelquefois un tiers, quelquefois même la moitié, est constituée non

(1)Von Sohlern, Berl. kl. Woch., 1902, p. 914.

Combe. — Pl. I.

Page 37.

Constipation chronique.

Entérocoques et Microcoques Coloration Weigert-Escherich. Préparation du D r Amann.

par des détritus alimentaires, mais par des amas immenses, presque invraisemblables, de microbes. Or, comme le fait voir vonSolbern, dans la constipation spasmodique, la proportion des microbes diminue considérablement, de là, la petitesse des selles, de là, l'absence presque complète des fermentations.

De plus, dans la constipation spasmodique nous trouvons une flore microbienne presque normale avec prédominance des colibacilles et absence presque complète des bacilles anaérobies qui favorisent la putréfaction intestinale (Voir pi. I).

On s'explique pourquoi ces constipations sont si facilement supportées et sans aucun malaise, et comment des nerveux peuvent rester 8, 10 et même 15 jours sans aller à la selle et sans souffrir le moins du monde.

On le voit, la constipation spasmodique primaire essentielle ne peut pas produire par elle-même d'entérite membraneuse.

PI. I. — Constipation chronique.

Entérocoques et microcoques. Coloration Weigert-

Escheiïch. Préparation du D r Amann.

38 ÉTI0L0G1E

Il n'en est plus de même de la constipation spasmodique secondaire. Toute irritation, toute inflammation, toute ulcération du côlon peut provoquer une contracture de l'intestin, ordinairement dans le voisinage immédiat de la portion lésée. Il s'agit là d'un spasme, comparable au spasme du pylore des malades atteints d'ulcère stomacal.

C'est ainsi qu'on observe lé spasme de l'anus dû aux fissures, le spasme du côlon pelvien dû aux annexites, le spasme du caecum dû à l'appendicite chronique, etc.

Il en est de môme dans l'entérite. L'inflammation, parfois légèrement ulcéreuse, de la muqueuse du côlon qui la caractérise s'accompagne toujours d'un spasme localisé de l'intestin.

L'entéro-colite aiguë s'accompagne donc de selles glaireuses, quelquefois sanguinolentes et d'un spasme du côlon localisé à la partie enflammée et douloureux à la palpation.

L'entéro-colite chronique s'accompagne dans les parties enflammées aussi d'un spasme du côlon et de selles couvertes de glaires ou de membranes, suivant laréaction de la muqueuse.

ENTÉRITE MUCO-MEMBRÀNEUSE 39

Ce spasme et la constipation spasmodique qui en résulte sont donc ici la conséquence de l'inflammation du côlon et non pas la cause de l'entérite .

Il est vrai d'ajouter que cette constipation spasmodique localisée provoque presque toujours une dilatation en poche au-dessus de la partie contractée; bientôt cette poche, plus ou moins grande, plus ou moins allongée, se remplit de gaz et de matières dont on perçoit facilement le clapotement. Cette accumulation de matières est le siège de putréfactions intestinales intenses, qui finissent par irriter profondément la muqueuse sous-jacente, par l'infecter, l'enflammer et y provoquer une poussée d'entérite aiguë qui va se manifester par une débâcle glaireuse avec ou sans réaction fébrile.

Ainsi cette constipation spasmodique et secondaire localisée, fonction elle-même d'entérite locale, étend et augmente peu à peu les limites de C inflammation entéritique.

Aussi cette maladie ne peut-elle que s'étendre, si elle est laissée h elle-même.

En est-il de même dans l'entérospasme essen-

40 ÉTlOLOGlti

tiel d'origine purement nerveuse? Il n'est pas impossible que le spasme nerveux puisse à la longue et par le même mécanisme, surtout si l'intestin y est prédisposé, déterminer une infection secondaire, c'est-à-dire de l'entérocolite Mais ce doit être bien exceptionnel.

Page 1