‹ Le Traitement de l'hypertrophie de la Prostate Par L'électrorésection EndoscopiqueChapitre 10 sur 80 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le traitement de l’obstruction prostatique par les voies naturelles, qui est considéré comme la dernière acquisition de la thérapeutique urologique, n’est que la reprise, avec de profonds perfectionnements, d’une idée fort ancienne.

Cette méthode eut, dans l’histoire, des fortunes diverses, suscitant un enthousiasme considérable à certaines périodes, pour retomber brusquement dans l’oubli à l’époque suivante.

Remonter Jusqu'à l’antiquité ou même à Ambroise Paré qui, avec une canule fenêtrée et un bouton tranchant, réalisa en quelque sorte le premier « punch », serait à notre sens reculer de beaucoup les origines de la méthode, car il s'agissait surtout de traiter les rétrécissements de l’urètre qui, 1l est vrai, étaient confondus avec les rétentions d’urine d’origine prostatique.

C’est, il semble, LACUNA de Rome qui, en 1560, individualise le premier l’obstruction prostatique et essaie de la traiter par les voies naturelles, dans son livre intitulé « Méthodus cognoscendi extirpandique in vesicae carunculas ». La caroncule du col ne sera baptisée « glande prostate » que plus tard, par RIOLAN.

Au XVIIe siècle, TURQUET de MAYENNE, qui était passé maître dans l’art du forage, fut condamné par la Faculté de Paris, qui Jugeait, avec beaucoup de bon sens, que c'était là un procédé aveugle et par trop dangereux « propter temeritatem impudentiam et ignorantiam ».

C’est à La FAYE, médecin français du XVIII siècle, que revient le mérite d’avoir le premier utilisé la sonde à demeure post-opératoire. Il introduisit la sonde et, dans celle-ci il passait un stylet qui, conduit sous le contrôle du doigt rectal, sectionnait l'obstacle cervical. Le stylet retiré, la sonde était laissée en place 48 heures. ASTRUC, qui était atteint d’une tumeur du col de la vessie, fut prolongé ainsi pendant dix ans.

Mais c’est dans le premier quart du XIX® siècle que cet expédient devient une méthode de traitement, basée sur une conception anatomopathologique.

À la suite des travaux de Home qui, en 1806, révéla l'existence d’un lobe moyen faisant obstacle à l’écoulement de l’urine, GUTHRIE, le premier, distingue la maladie du col par « trouble de l’élasticité » de l’'Hypertrophie glandulaire vraie. Il crée le terme de « barre prostatique » et, modifiant le perforateur de STAFFORD, pratique la désobstruction de l’urètre. En 1834, dans son livre « Anatomy and Disease of the neck of the Bladder and of the Uretra », il l’érige en méthode ; plus tard, des échecs nombreux l’y feront renoncer.

Mais c’est en France qu'une technique relativement moins dangereuse, à tout prendre moins brutale, plus ingénieuse, trouve le jour.

Déjà, en 1836, AMUSSAT, dans un mémoire à l’Institut « du spasme de l’urètre et des obstacles véritables qu’on peut rencontrer en introduisant des instruments dans ce canal », renouvelle les constatations de HoME et, comme lui, suggère un traitement de « désobstruction ».

Est-ce à Civiace ou à MERCIER que doit revenir la paternité d’un traitement endo-urétral rationnel ayant donné des guérisons ?

L'ensemble des auteurs ayant écrit récemment sur la question, attribue sans discussion à Mercier. Et pourtant, dès 1837, dans la première édition de son traité pratique sur les Maladies des organesgénito-urinaires, CIVIALE publie un certain nombre d'observation de barres prostatiques. Ce n’est que deux ans après, en 1839, que MERCIER fait sa première communication à la Société d’Anatomie.

A l’Académie des Sciences, en 1841, dans une communication intitulée « Des brides ou barrières à l’orifice interne de l’urètre », CIVIALE, qui avait vu «ces brides transversales, mince ou épaisse, saillante ou plate, allant d’un lobe latéral de la prostate à l’autre, formant barrière au passage de l’urine », préconise avec une audace mêlée de prudence, la division de cette barrière, et décrit son instrument d’une ingéniosité remarquable pour l’époque. Il était choqué par le procédé de GuTarie qui, disait-il, Cest un instrument pointu et tranchant qu’on enfonce sans le moindre guide, J'avoue que j'ai reculé devant l’application d’un pareil moyen ».

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Son instrument :

Une gaine externe qui s’ouvre en deux moitiés. Dans cette gaine est contenu un tube muni d’un bouton qui, dans son intérieur, renferme une tige carrée se terminant par une lame étroite et longue de «10 lignes ».

L'appareil est introduit fermé, comme une sonde ordinaire. On ouvre le tube externe ; les deux moitiés tendent ainsi la barrière par leur écartement.

On fait alors glisser la lame, après que le bouton du tube interne a fait saillie, servant de point d’arrêt vis à vis de l’obstacle.

La lame divise la barrière de son bord libre vers sa base. Après avoir fait une ou deux incisions, on ferme l'instrument et on le retire.

Il cite à l’appui deux observations, deux succès parfaits vérifiés, l’un 12 Jours, l’autre 20 jours après.

Chez son premier malade, deux séances furent nécessaires. « C’était une première opération; je craignais de faire une incision trop profonde ». Et il ajoute : « Le traitement par l’incision et celui par la cautérisation pourraient être combinés au besoin. Une pratique plus étendue suggèrera probablement d'utiles modifications à cet égard ».

C’est en cette même année que MERCIER, dans son livre intitulé « Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur les maladies des organes urinaires et génitaux » présente deux ingénieux instruments, l’un semblable au Lithotriteur d'HEURTELOUr, l’autre un catheter incorporant une lame tranchante.

À l’Académie des Sciences, la discussion fut vive entre MERCIER et Civrace. Celui-là déniait à celui-ci la paternité de « la saillie particulière de la valvule vésico-urétrale formant une barrière au col de la vessie ».

CivrALE riposta avec dignité : « Je n'ai jamais prétendu poser de limites à la Science. Je ne vois donc pas que M. MERCIER ait le moindre droit à élever une réclamation. D’un autre côté, je trouve dans son ouvrage un article qui reproduit, sans indiquer la source, une série d'observations publiées par moi quatre ans auparavant ».

La Séance se termine sur « le renvoi à la Commission nommée ».

C’est aussi, en 1841, que LEROY D’ETIOLLES, invente le « serrenœuds» qui fut repris récemment par Forey sous le nom de « ProsraTIC ExCI80R ».

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En 1873, Borrini, de Pavie, reprend les suggestions de CIvIALE et sur une grande échelle pratique le traitement de l’obstruction prostatique avec le galvanocautère, sous le nom de « Dierèse electrogalvanique ». Mais ce procédé, aveugle, ne permettant pas de placer les électrodes avec sûreté, devait, après un nombre d’échecs bien plus important que les succès, être abandonné à son tour — non sans avoir connu une grande vogue pendant vingt ans.

En France DEsnos, en Allemagne BREDERT, LOHNSTEIN, WossiDpLo, BIERHOFF, BRUCKHARDT, ROvsING, KONIG, JACOBY, en Amérique NEWMANN, sont les apôtres de cette méthode.

Il est tout de même surprenant de voir que les résultats n'étaient pas aussi mauvais qu’on pourrait le croire :

-— ALBARRAN, réunissant 203 cas, ne trouve que 6 % de mortalité — 41 % de guérison complète, — 15 % d’échecs et 36 % d’améliorations.

— Mc Gowan, en 1926, présenta un prostatique guéri depuis 35 ans, par l’opération de BoTTiNI.

En 1897, FREUDENBERG réalise une adaptation pratique du cystoscope de Nirze au galvanocautère. C’est véritablement la première intervention endoscopique, mais la visibilité reste très réduite, notoirement insuffisante.

Autour de 1900, la vogue du BoTTINI devint très grande. La majorité des urologues proclamaient que 70 à 80 %, des prostatiques étaient guéris par cette méthode. Seule l’École française restait sceptique et ne partageait pas cet enthousiasme.

3 ans après, les prostatectomies périnéale et sus-pubienne, par leurs résultats nettement supérieurs, ont fait retomber la méthode endo-urétrale dans loubli.

En 1905, CHetrwoop préconise la boutonnière périnéale comme voie d’abord pour aborder la prostate, et est suivi par Kevyes, WisnApp.

En 1909, GozpscHmipT utilisant l’ignipuncture en milieu liquide, contrôlé par son urétroscope à irrigation, préconise la tunnellisation de la prostate « Die Ausbührung der Prostata ». Mais l'insuffisance de ses moyens électriques rend les résultats illusoires. Ce procédé est abandonné, après avoir été essayé en France par LEGUEU, en Russie par DAMSky, en Amérique par HAPsTER.

À ce moment, YounG, de Baltimore, introduit la « Punch operation» Son appareil est constitué par un tube urétroscopique métallique.

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présentant une fenêtre à la face inférieure de son extrémité vésicale, destinée à encastrer la barre prostatique.

Une lampe est placée à l'extérieur.

Un deuxième tube à bord tranchant est glissé dans le premier et vient sectionner le tissu amarré. L’hémorragie, parfois importante, est enrayée par une sonde à demeure à double courant permettant irrigation chaude continue.

Ce procédé a donné entre ses mains nombre de bons résultats ; mais le danger de l’hémorragie et l'insuffisance de l’exérèse y ont fait renoncer.

L’endoscopie avait donné un renouveau à la méthode de traitement par la voie endo-urétrale : Les courants de haute fréquence vont transformer les conditions de cette intervention.

— Herrz-Boyer, en 1911, détruit un lobe médian par l’électrocoagulation et obtient un résultat excellent.

— STEVENS, en 1913, utilise les courants d’'OuniN chez deux malades, porteurs : l’un d’une «contracture du vol vésical », l’autre d’un lobe médian. Il fait tomber le résidu de 26 onces à 1 1/2 et de 14 à 1/2.

Ce traitement eut lieu dans son cabinet de consultation et n’entraîna aucune hémorragie.

— En 1913, Luys fait paraître sa première communication sur le Forage de la prostate.

C’est l’électrocoagulation à sec, sous contrôle large de la vue, de ladénome prostatique.

Depuis, ses publications se sont multipliées ; il réalise des ablations de plus en plus importantes et reste fidèle à sa méthode.

A cette même époque, en Amérique, Mc CARTHY rapporte deux observations, les premières à sa connaissance, deux succès obtenus par son procédé, ajustant une électrode alimentée par le courant d’Oupix à son urétroscope droit. Son article parut en Septembre 1913 dans l’« American Journal of Surgery »; Mc CaRTAY n'avait sans doute pas vu la communication de STevens parue dans le « New-York Médical Journal », en Juillet de la même année, puisqu'il conclut que son article n’a pour but que de montrer une nouvelle technique qui est réalisable « this Procedure can be done ».

En 1919, Bradsford Lewis présente son Electro-inciseur.

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A partir de cette époque, les publications vont se multiplier jusqu’à cette année, où elles atteignent un nombre incalculable.

En 1920, CauLK présente son Punch cautère.

En 1922, Cozuin@s crée le couteau diathermique.

En 1926, le Résectoscope de STERN fait son apparition. C’est un instrument qui présente un réel progrès, par l’introduction de l’anse coupante, qui sera modifiée peu après par Davis qui y adjoint le courant coagulant. Elle est enfin portée à sa perfection mécanique par Mc Carray dans son actuel « Electrotome visualisé ».

En 1928, Rose décrit son punch cautère.

En 1929, c’est l’exciseur prostatique de FoLey, le Punch électrique de PHELTrP.

En 1931, KirwiN met au point un « Rotary Résectoscope » ; Bumpus modifie le punch de BRAASCH.

En Allemagne, VoGEL remet au point une technique aveugle, à la BoTTINI.

HEYNEMANX invente un « Prostate cutor », ROSENBURG un couteau diathermique ».

En 1933, enfin, Fey et Dossor construisent leur « Prostatotome diathermique ».

Papin présente à la Société d’Urologie son résectoscope dérivé du Me CARTAY.

Nous voyons donc que, dans l’histoire du traitement de l’obstruction prostatique par la voie endo-urétrale, il est trois faits dominants, qui ont contribué à son développement :

— l’endoscopie,

—— la haute fréquence,

— enfin la notion universellement admise actuellement, des modifications légères de la région prostatique pouvant entraîner de gros troubles urinaires.

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