IV. — LE BACTÉRIOPHAGE ET LES STAPHYLOCOCCIES
C'est en 1921 que Bruynoghe et Maisin firent les premiers essais curatifs des infections à staphylocoques par le bactériophage.
Depuis lors, de nombreux auteurs ont employé le bactériophage comme agent thérapeutique et c’est presque toujours dans les cas de furoncles, de furonculose généralisée, d’anthrax, de sycosis qu’il fut employé. .
Nous ne connaissons que peu de cas d’ostéomyélites traitées par le principe lytique. Robert Dalsace a traité un certain nombre de pyélonéphrites à staphylocoques et a obtenu de beaux résultats. Presque tous les cas publiés jusqu'à présent enregistrent des succès thérapeutiques très encourageants.
Dans les premiers essais thérapeutiques entrepris par Bruynoghe et Maisin, ces auteurs injectèrent à des malades atteints d’anthrax et de furoncles une dose de bactériophage variant de un demi à deux centimètres cubes. Ge bactériophage avait été préalablement stérilisé par un chauffage à 569 pendant une heure. L’injection était poussée aux abords même de la lésion. En 24 à 48 heures, les lésions diminuaient considérablement ou disparaissaient même. [Il y avait un assèchement rapide des lésions. Cependant les auteurs observèrent des réactions générales marquées.
Ces réactions, signalées également par d’autres auteurs, n’ont jamais été observées ni par Hauduroy, ni par.nous, ni par ceux qui ont employé le bactériophage préparé suivant la méthode que nous indiquons plus loin. Peu de temps après, Gratia et Jaumain publiaient les résultats qu'ils avaient obtenus en traitant cinquante cas de staphylococcie par le bactériophage. Ils employèrent un bactériophage polyvalent et très actif. Dans leurs premiers essais thérapeutiques les auteurs injectèrent directement le bactériophage dans le foyer même de la lésion.
Mais cette technique souvent douloureuse était de plus
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impraticable pour les petites lésions comme celle de la folliculite, aussi, par la suite, les auteurs injectèrent-ils le bactériophage à distance du foyer et généralement à la face postérieure du bras. Dans un cas de septicémie staphylococeique, les auteurs pratiquèrent une injection imtraveineuse suivie d'ailleurs de phénomènes généraux très intenses. Les doses employées varièrent entre un demi et trois centimètres cubes, les injections faites à intervalles rapprochés ne furent pas répétées plus de trois fois. Si Gratia et Jaumain observèrent quelques résultats négatifs ou douteux, ils enregistrèrent beaucoup de cas améliorés et guéris avec une rapidité surprenante.
En 1922, Bastin, dans sa thèse, rapportait six cas de staphylococcies traités par le bactériophage. Il s'agissait de malades atteints de furonculose et fistules post-opératoires assez bien influencées par le traitement. Dans un cas d’estéomyélite, le bactériophage n'avait apporté aucune améhoration. À
Appelmans, en 1922, publiait douze cas de: staphylococcies traités par le bactériophage, dont neuf smvis de guérison, Les trois échecs signalés concernaient un cas d'acné et deux cas de sycosis, :
François Mourret, dans sa thèse, rapporte en 1924, quatorze cas de furonculose et d'anthrax où l'action du bactériophage amena presque toujours une guérison rapide.
Gougerot à publié un certain nombre de cas de sycosis traités par attouchements répétés de bactériophage et qui ont été nettement améliorés.
Peu d'expériences ont encore été faites sur l'animal avec le principe lytique antistaphylococcique.
Appelmans, en 1922, publiait les comptes rendus expérimentaux suivants
Chez un certain nombre de lapins qui avaient recu dans les veines des injections de cultures de staphylocoques (dôse 1,208 et 1,306 ce, de culture) l'effet de l’inoculation de bactériophage était nul, Les animaux. mourraient avec des signes d'intoxication profonde.
Mais les animaux qui recevaient au niveau de l'oreille des injections sous-cutanées de culture de staphylocoques ne présentaient que des réactions inflammatoires modérées
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gr ou faibles, s'ils recevaient du bactériophage dans les veines, soit après, soit avant l'inoculation de staphylocoques, alors que les animaux témoins présentaient de fortes réactions inflammatoires.
En collaboration avec Hauduroy, nous avons entrepris une série d'expériences, sur le lapin, qui sont actuellement encore en cours. Nous pouvons cependant donner les premiers résultats. Nous n'avons pas pu réussir à guérir des animaux inoculés dans la veine de l'oreille avec une dose énorme de staphylocoques (3 à 4 centimètres cubes d’une culture de vingt-quatre heures). Les témoins meurent en dix-huit heures. Les anfmaux d'expérience sont traités par injection sous-cutanée de bactériophage (3 à 4 centimètres cubes), six heures après l’inoculation avec le staphylocoque. Is meurent aussi vite que les témoins.
Nous avons cherché à produire une infection staphylococcique plus lente. L'inoculation dans la veine de l'oreille de un demi-centimètre cube d’une culture de staphylocoques dorés (souche H) amène la mort d’un lapin de deux kilogs environ en trois jours. Les animaux sont tous inoculés avec la même dose (un denmu-centimètre cube) d’une même culture âgée de vingt-quatre heures. Deux animaux restent comme témoins. Deux autres sont traités par le bactériophage antistaphylococcique. Ils reçoivent six heures après l’inoculation de staphylocoques un centimètre cube de bactériophage sous la peau. Six heures après, la même dose par la même voie. Trois/jours après le début de lexpérience, les témoins succombent.
Les animaux traités survivent.
C'est là un premier résultat qui nous autorise à continuer des recherches. Dès aujourd’hui, il est prouvé qu'il est possible de guérir avec le bactériophage une Infection staphylococcique expérimentale,
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