II. — TRAITEMENT
Nous avons combiné deux modes de traitement : le traitement local et le traitement général par injections souscutanées.
a) Traitement local
Dans tous les cas, où nous avons fait des applications thérapeutiques de bactériophage, nous avons toujours pratiqué un traitement local : bains d'oreille et applications de mèches imbibées de bactériophage dans les otites moyennes, mèches nasales dans les folliculites narinaires, attouchements répétés avec de petits tampons imprégnés de bactériophage dans le sycosis, gargarismes ou bains de bouche avec du bactériophage dans les phlegmons à staphylocoques de l’amygdale. Nons considérons ce traitement local comme indispensable.
Dans l’otite externe furonculeuse, voici letraitement local suivi par NOUS :
Une ampoule de 5 à 10 centimètres cubes de bactériolage est vidée de son contenu dans une capsule stérile pour servir à l’imprégnation des porte-cotons et des.mèches.
Le conduit auditif du malade est soigneusement nettoyé avec ces porte-cotons. On évite, dans lenettovage, de presser les furoncles pour n'en point faire sortir les bourbillons.
Presque toujours, nous avons pratiqué une légère éraillure du conduit auditif assez distante du furoncle pour n’en point provoquer l'ouverture. Cette éraillure avait pour but de faciliter une pénétration plus active du bactériophage aux approches du foyer de suppuration. Nous sommes persuadés que plus le bactériophage est mis au contact du foyer de suppuralion, plus on augmente les chances d’une guérison rapide. Dans certains cas que nous n'avons pas rapporté parce qu'ils ne répondaïent pas au but démonstratif de l’action du bactériophage, nous avons incisé les furoncles sans en exprimer les bourbillons et nous contentant simplement de faire des pansements locaux de bactériophage, nous avons pu constater une guérison excessivement rapide
An
de la furonculose en vingt-quatre heures. Un jour après le début du traitement, les furoncles complètement affaissés étaient en voie de cicatrisation. D'autre part, nous rapportons le cas d’un malade atteint de furonculose généralisée qui, en plus d’otite externe bilatérale, avait un énorme anthrax du cou. Nous pratiquâmes directement dans l’anthrax des injections de bactériophage qui amenèrent en quatre jours la guérison complète de celui-ci. Le traitement local nous semble donc capital. C’est de lui que dépend en grande partie la rapidité de la guérison. L'idéal serait de renouveler ce traitement par des applications fréquentes de mèches imprégnées de bactériophage mises le plus possible en contact avec la lésion inflammatoire ou suppurative.
Nous aurions pu injecter directement du bactériophage dans le furoncle, mais nous n’avons employé cette méthode qu'exceptionnellement, car elle présente à notre avis deux inconvénients
19 C’est une méthode excessivement douloureuse du fait même qu'elle augmente la tension des tissus, et pour qui connaît les douleurs déjà vives de l’otite externe, il ne semble nullement indiqué d'accroître la souffrance du malade, même momentanément. «
2° On risque, par un procédé mécanique de faire éclater le furoncle, d’en chasser le pus et de ne pas laisser à la seule action du bactériophage son rôle thérapeutique.
C’est pourquoi nous nous sommes contentés de pratiquer une simple éraillure du conduit auditif à proximité du furoncle. Cette méthode nous semblait plus démonstrative.
Après avoir pratiqué cette petite éraillure nous avons souvent instillé quelques gouttes du principe lytique dans le conduit auditif et nous avons mis en place une mèche largement imprégnée de bactériophage. Nous avons toujours demandé à nos malades de revenir nous voir au bout de vingt-quatre heures pour retirer la mèche et pour constater leur état local. Le traitement local peut être continué sans inconvénient pendant plusieurs jours.
b) Traitement général
Au traitement local, nous adjoignons un traitement général qui consiste en une, deux ou trois injections de bactériophage. Nous n'avons jamais dépassé le nombre de trois injections. Les quantités de liquide injecté varient suivant les cas, l’âge et l’état du sujet, entre un demi et trois centimètres cubes. La première fois il convient de ne pas injecter une dose supérieure à 2 centimètres pour tâter la susceptibilité du malade. C’est là une simple précaution, car dans les très nombreux cas (plus de 50) que nous avons traités, nous n'avons enregistré qu’une seule fois une réaction générale marquée. (D'ailleurs, il ne s'agissait pas d’une otite externe, mais de sycosis).
Les injections doivent être pratiquées à courts intervalles toutes les vingt-quatre heures. Peut-être même y aurait-il avantage à les rapprocher pour obtenir un résultat plus rapide. Nous conseillons la voie sous-cutanée sur la face externe de la cuisse. Nous la préférons à la voie intra-musculaire.
Mais il est une règle que nous considérons jusqu’à présent comme capitale dans le traitement général et sur laquelle nous devons insister : C’est que dans un trailement par le baclériophage, il ne fault pas dépasser un cerlain nombre d’injeclions(3 où 4 maximum) sous peine de voir se développer chez l'individu un sérum antibactériophage doué, comme nous l'avons déjà dit, de propriétés antilytiques. On obtiendrait une immunisation contre le bactériophage,. c'est-à-dire une sensibilité de l'individu envers le staphylocoque et l’effet obtenu pourrait être l'opposé de celui que l’on recherche. Le sérum antibactériophage est un sérum sensibilisant.
Quoi qu'il en soit, le traitement par le bactériophage doit, être un traitement rapide et s’il ne donne aucun résultat en peu de temps, il ne faut pas le poursuivre, on doit l’abandonner.
Bien souvent, l'effet thérapeutique était si rapidement obtenu, que nous nous sommes contentés de ne faire qu’une injection sous-cutanée de bactériophage, continuant seulement le traitement local pendant un ou deux jours.