LES RÉSULTATS DU TRAITEMENT
Les résultats que nous avons obtenus dans le traitement. de l’otite éxterne furonculeuse par le bactériophage sont des plus encourageants. Cette nouvelle méthode de traitement doit prendre sa place à côté des autres modes de traitement utilisés jusqu'alors. Nous pensons que souvent même elle est supérieure aux autres traitements et notamment à la vaccinothérapie, soit par injections de vaccins antistaphylococciques, soit par applications de bouillonvaccins. Nous devons ajouter que ces deux méthodes ne se contre-indiquent pas et que s’il y a échec du traitement, par le bactériophage, on peut avoir recours à la vaccinothérapie.
Sur trente-sept cas d’otite externe furonculeuse traités par le bactériophage, nous avons eu trente et un succès, quatre résultats douteux et deux échecs. Nous n'avons pas publié tous les cas traités avec succès, car une telle publication eut été, à la longue, sans intérêt, les observations se calquant les unes sur les autres. Nous avons, par contre, publié tous nos cas douteux et tous nos échecs, car ceux-ci étant exceptionnels, il nous semblait plus intéressant de les signaler.
À titre comparatif, nous avons joint les résultats que nous avons obtenus dans quelques autres staphylococcies.
Nos observations sur l’otite externe et les autres affections staphylococciques nous ont permis de faire les constatations suivantes :
La thérapeulique par le baclériophage donne son maximum de succès dans les affeclions aiguës à slaphylocoques.
Dans les affections chroniques, les résultats observés sont intéressants, mais la proportion d’échecs est beaucoup plus grande. Souvent même le bactériophage semble être sans influence sur l’évolution de la maladie.
Si nous prenons comme type de staphylococcie aiguë,
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la furonculose de l'oreille ou du nez, nous voyons que dans l’un ou l’autre cas nous enregistrons une forte majorité de succès et très peu d'échecs. En effet, pour l’otite externe circonscrite, nous constatons trente et un succès, quatre cas douteux et deux échecs. Dans la furonculose du nez nous avons obtenu trois succès et un échec.
Si maintenant nous prenons comme type de staphylococcie chronique la folliculite narinaire et le sycosis, nous voyons que les échecs l’emportent sur les succès. En effet, dans la folliculite narinaire, nous avons enregistré trois échecs contre deux succès et dans le sycosis quatre échecs contre trois succès.
Nous ne parlons pas des cas de phlegmons de l’amygdale et d’otite moyenne, car notre expérience a porté sur trop peu de cas. Il est rare, en effet, que le germe infectieux en cause ne soit que du staphylocoque. j
Si le bactériophage nous a donné dans le traitement des affections aiguës à staphylocoques de l'oreille et du nez de rapides succès, il n’en est plus de même dans les affections chroniques. Nous devons même ajouter que les succès thérapeutiques constatés dans la folliculite narinaire ou le sycosis ne furent obtenus qu'après un temps assez prolongé de pansements locaux (dix jours à un mois). Si ces résultats semblent moins encourageants, ils n’en restent pas moins intéressants, car l’on sait avec quelle ténacité ces affections persistent. Les microbes ont acquis une résistance assez marquée et ce n’est que difficilement que l’on peut espérer avoir quelque action sur eux. On sait, en effet, que le bactériophage agit sur les cultures de microbes jeunes. La lyse des vieilles cultures ou de celles des affections chroniques se fait mal in vitro. Gette expérience de la lyse est, en quelque sorte, dans les staphylococcies chroniques un élément de pronostic. Elle permet de prévoir si le bactériophage aura raison de l’infection où s’il sera sans influence sur elle. Si la Iyse ne se fait que très lentement, le traitement par le bactériophage peut quand même être Lenté. Il pourra peutêtre donner quelques résultats, mais nous avons vu que le traitement général ne doit sous aucun prétexte être poursuivi au-delà de quatre injections. Il faudra se contenter de continuer le traitement par des pansements locaux.
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Voyons maintenant quels sont les avantages et les inconvénients du traitement par le bactériophage.
1° Avantages. — 1e premier avantage de ce mode de traitement est la rapidilé de son action. La guérison d’une otite externe doit être obtenue en quatre jours au plus. Passé ce délai, nous avons considéré que le traitement par le bactériophage était sans effets intéressants. En général, quelques heures après le début du traitement, les malades souffrent moins, les élancements diminuent considérablement. Vingt-quatre heures après, on voit que les furoncles se sont en partie affaisés et dans les deux ou trois Jours qui suivent ils se sont complètement flétris. La plupart du temps les furoncles avortent sans qu'il se forme de pus. Lorsque le pus est déjà formé, il se résorbe et les furoncles disparaissent. Dans les autres cas, lorsque le furoncle est «mür», le bourbillon s’élimine très facilement. Cette r'apidité d'évolution est pour nous l'avantage capital de cette méthode. Mais nous rappelons que les plus beaux succès obtenus sont ceux où les pansements locaux furent minutieusement faits et où le bactériophage fut mis le plus en contact possible avec la lésion. Le traitement local est indispensable et ce pansement doit être fait, non pas comme un simple pansement humide, mais de telle sorte que le bactériophage pénètre bien à l’intérieur des lésions. L'idéal serait peut-être, soit l'ouverture du foyer, soit lPinjection directe du bactériophage dans le furoncle. Mais nous avons dit pourquoi nous n'avons pas employé d’une manière courante ces deux méthodes.
Le deuxième avantage du traitement par le bactériophage est l’absence de choc. Au cours des traitements que nous avons entrepris, nous n’avons jamais enregistré de réactions générales, à l'exception d’une fois dans un cas de sycosis. D'autre part, à notre connaissance, tous ceux qui ont employé du bactériophage préparé suivant la technique que nous avons indiquée, n’ont également jamais observé de réactions générales. Cependant, certains auteurs, Gratia, en particulier, ont signalé des réactions générales. À quoi étaient-elles dues ? Il est bien difficile de le savoir. Mais, nous pensons que la technique de préparation doit
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être probablement imputée dans la détermination de ces chocs. Jusqu'à présent, nous considérons que pratiquement, on n’observe pas de choc après une injection de bactériophage préparé d’une manière impeccable.
La rapidité de la guérison et l'absence de choc confèrent au traitement par le bactériophage un gros avantage sur les traitements par vaccinothérapie. On admet, en effet, que pour que celle-ci agisse, il faut ou bien qu'elle détermine un choc protéique, ou bien qu’elle détermine dans l’organisme la formation d'anticorps. Or, le développement d'anticorps dans l'organisme n'apparaît pas avant cinq jours après la premièrs injection. On voit donc le double avantage que possède le bactériophage sur la vaccinothérapie.
Une objection peut être faite. Le bactériophage antistaphylococcique détermine-t-il une immunité durable ? Le bactériophage empêche-tl les récidives, comme peut le prétendre la vaccinothérapie par la formation d’anticorps durables ? I est difficile de répondre à cette question. Nos essais thérapeutiques sont trop récents pour que l’on puisse avoir sur ce sujet une opinion définitive. Nos premiers traitements datent de huit mois, et jusqu’à maintenant, les malades que nous avons traités avec succès ne sont pas, pour la plupart, revenus nous voir. Nous en avons revu quelques-uns cependant, et ils n'avaient pas eu de récidive. Mais nous avons observé des réchutes dans les affections chroniques dans la folliculite narinaire ou le sycosis et dans deux cas d’otites externes. Dans ces deux derniers cas, l'épreuve de la lyse fut pratiquée et elle montra qu’elle se faisait mal.
Nous pouvons ajouter que rien ne s'oppose à compléter le traitement par le bactériophage par un traitement vaccinothérapique dans le but d'obtenir une immunité plus définitive.
Comme autres avantages du traitement par le bactériophage, nous dirons qu'il est simple et qu'il n’y a pas de contre-indicalion à son emploi. Cependant, on a signalé que labsorption de quinine contrariait son action. Nous avons rapporté un cas où la malade prenait des comprimés de quinquina et où le bactériophage semblait avoir peu d'action efficace.
Enfin, en cas d'échec, on peut avoir recours à un autre mode de traitement sans avoir causé pour cela une perte importante de temps au malade.
2 Inconvénients. — Pratiquement, les inconvénients se réduisent à peu de chose, à une réaction locale que nous avons observée dans 30 % des cas environ.
Nous avons vu que si le bactériophage était préparé avec soin, il ne donnait pas lieu à des réactions générales. Mais il donne lieu parfois à des réaction locales qui peuvent être assez douloureuses.
Souvent, on constate, au bout de dix heures environ, au niveau de l'injection sous-cutanée, la formation d’une plaque érythémateuse, légèrement surélevée et douloureuse à la pression. Ces plaques ne dépassent jamais la dimension d’une petite paume de main. Elles disparaissent en général au bout de vingt-quatre heures. Cependant, nous avons observé quatre cas où les malades se sont plaints pendant vingt-quatre et même trente-six heures d’une certaine impotence du membre où avait été pratiquée l'injection. A quoi sont dues ces réactions ? Elles ne sont certainement pas le fait de l’eau peptonée. A titre expérimental nous en avons injecté chez des sujets et nous n'avons jamais enregistré la moindre réaction locale. Sont-elles Le fait du principe lytique ? Peut-être. Cependant, nous pouvons objecter que lorsque l’on injecte du bactériophage anti-colibacillaire, on n’observe pas ces réactions. Enfin, il se pourrait que ces réactions soient dues aux produits de Iyse des staphylocoques.
Quoi qu'il en soit, ces réactions sont dans la majorité des cas très minimes et sans importance.
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