Reboul. Thèse de doctorat
injecter cette quantité de liquide en plusieurs fois à trois ou quatre jours d'intervalle.
A ces exemples de tolérance de quantités énormes de naphtol camphré, j'opposerai le cas d'un jeune homme de vingt-quatre ans chez qui, à la suite d'une injection de 6 grammes seulement de naphtol camphré faite dans un petit abcès qui n'en pouvait renfermer davantage, j'ai vu éclater des phénomènes d'intoxication grave : une agitation extrême, des crises épilcptiformes subintrantes, avec sueurs profuses et pouls filiforme. Les accidents se sont heureusement produits sous mes yeux, quinze minutes après l'injection. J'ai pu, en ouvrant largement l'abcès, enlever la quantité restante du naphtol (à peu près le quart) et faire cesser tous les accidents.
L'enseignement qui se dégage de ces faits, c'est qu'il faudra n'injecter au début que des closes infimes de naphtol camphré, et surveiller les enfants pendant les instants qui suivent l'injection. Mais, moyennant ces précautions, on peut conserver le naphtol camphré; on le doit, parce qu'il guérit merveilleusement les abcès froids.
Au fur et à mesure que le nombre des injections augmente, le pus se reproduit moins rapidement et moins abondamment; il change de caractère, revient brunâtre, épais. Qlant, et (ina-
lement il ne se reproduit plus. L'accolement des parois de l'abcès s'est fait et l'on peut sentir à sa place un plastron de consistance fibreuse.
Le résultat a demandé un, deux, trois mois pour être obtenu et un nombre variable d'injections, quelquefois dix, quinze, vingt. On gagne du temps en répétant les ponctions tous les trois ou quatre jours; cela ne peut avoir aucun inconvénient pour l'enfant, à raison de la quantité modérée de liquide que nous injectons chaque fois et de l'indolence cà peu près complète de la piqûre de l'aiguille.
Cependant, pour les enfants trop pusillanimes, on peut administrer quelques gouttes de chloroforme lorsqu'on est très familier avec son usage.
Il est des enfants que nous avons anesthésiés ainsi deux fois par semaine pendant deux à trois mois; l'anesthésic est obtenue complètement en moins d'une minute; la ponction et l'injection demandant deux minutes, la durée totale de la petite opération ne dépasse jamais trois minutes.
Pour nous, à l'heure actuelle, nous faisons ces ponctions avec ou sans anesthésie suivant le <lioi\ des parents.
Il serait difficile d'établir scientifiquement do quelle manière exacte agit le naphtol camphré sur l'évolution de ces abcès. Mais le faites! là,
et c'est à ces injections qu'on s'adressera dès la première heure.
Si le naphtol est mal supporté, on fera des injections de glycérine iodoforméc à 6 pour 100, aux mêmes doses que celles indiquées plus haut pour le naphtol, c'est également un bon agent modificateur et curateur de ces abcès.
Nous le répétons, nous faisons de plus en plus large la part de ce traitement dans les abcès de la coxalgie. Est-ce à dire que l'extirpation de l'abcès, préférée par Lannclonguc et par bien d'autres chirurgiens, encore à l'heure actuelle, soit à rejeter? Non, certes.
Mais il ne faut pas y recourir d'emblée, non pas parce que l'extirpation, faite par une technique que nous indiquerons plus loin, ne puisse pas conduire aussi sûrement à la guérison que les injections, mais parce qu'elle est parfois assez chèrement achetée.
Il faut donc s'adresser d'abord aux injections modificatrices, et les répéter. Je ne suis pas de l'avis d'A. Broca qui dit qu'il ne faut pas s'obstiner clans cette thérapeutique.
Au contraire, obstinez-vous, répétez les ponctions fous les trois ou quatre jours; et vous arriverez presque toujours à la guérison.
Mais il est des cas où l'on n'y arrive pas. et il en est d'autres où l'abcès menace de s'ouvrir spontanément au dehors.
lu Le plus fréquemment, c'est paire que nous ne voyons L'abcès que lorsqu'il a soulevé el aminci les téguments et que la peau est déjà sur le point d'éclater.
On peut arriver parfois à éviter cet éclatement de la peau et l'ouverture spontanée en faisant une ponction en un autre point de l'abcès et en évacuant par là son contenu; on fait une nouvelle ponction évacuatrice le lendemain et les jours suivants.
Le segment cutané aminci et déjà violacé qui menaçait de se perforer n'étant plus fendu, va reprendre une consistance et une vitalité nouvelles, le péril est conjuré; nous aurons désormais affaire à une collection que nous pourrons traiter par les injections et guérir presque toujours.
L'ouverture spontanée, au contraire, c'était la fistule avec ses ennuis sans nombre et sa signification vingt l'ois plus sérieuse que celle de l'abcès fermé. Mais quelquefois on arrive trop tard, l'ouverture spontanée ne peut pas être évitée. Avanl qu'elle ne se produise, il faut faire l'ablation radicale de l'abcès tuberculeux.
2" Ou bien l'abcès, malgré les ponctions faites, s'enflamme, donne de la fièvre el va s'ouvrir ou doil être ouvert — au lieu de dire malgré les ponctions, je devrais dire à « anse des pondions; une l'aide d'ail tisepsic ayant
été commise a déterminé l'infection de l'abcès.
Et pour éteindre cette infection, les injections ne suffiront plus ; la large ouverture devenant nécessaire, le chirurgien, au lieu de faire une simple incision, extirpera complètement la poche tuberculeuse.
3° Il est des cas où les injections ne peuvent empêcher la reproduction abondante du pus et la progression de l'abcès; cet abcès volumineux s'étend vers les parties voisines, et devient une cause d'altération grave de l'état général du coxalgique. Lorsque l'impuissance des injections est démontrée, l'on doit recourir à une intervention plus radicale.
J'ai communiqué à la Société de chirurgie l'observation d'un coxalgique de vingt-quatre ans, porteur d'un abcès volumineux que nous traitions inutilement depuis plus d'un an, mon maître M. Nélaton et moi, par des injections de naphtol camphré et de glycérine iodoformée. L'abcès s'était étendu et mesurait finalement 42 centimètres sur son plus grand diamètre, s'étendant de la crête iliaque au genou; et il avait une contenance de plus de 3 litres.
L'extirpation radicale décidée comme dernière ressource l'a guéri en dix jours. La figure 17 qui représente ce malade permet de suivre le tracé de notre incision.
4° Il est des personnes qui aiment mieux la
guérison immédiate à ce prix que la guérison éloignée par la méthode des ponctions successives. Dans ce cas, s'il ne s'agit pas d'un abcès en contact avec les vaisseaux fémoraux, nous accédons à ce désir et notre intervention guérit ces malades neuf fois sur dix.
On trouvera de nombreuses observations de guérisons obtenues par ce moyen, dans la thèse de notre ancienne élève, Mlle Kohan.
Nous en avons recueilli un bon nombre depuis. Il en est même plusieurs où la guérison a été acquise et s'est maintenue malgré l'existence <l'un diverticule de l'abcès allant jusque dans la jointure. Mais nous attribuons à noire technique un peu spéciale la Irès grande proportion de ces guérisons.
Voici ce que nous disions à la tribune du Congrès de chirurgie il y a deux ans 1 :