Comptes rendus du Congrès de chirurgie
« La cure radicale des abcès froids les plus anciens et les plus volumineux — pourvu qu'ils soient accessibles — peut être obtenue en huit jours, à l'aide d'une intervention sanglante qui, après avoir supprimé la totalité des tissus malades, recherchera la réunion immédiate.
« Ne pas la rechercher, c'est courir au-devant d'une récidive presque certaine ou d'une fistule interminable.
« La réunion immédiate ne s'obtiendra qu'aux trois conditions suivantes :
« La première, c'est (pie les tissus affrontés aient une vitalité suffisante. 11 ne suffit donc pas dans tous les cas d'enlever la paroi de l'abcès froid; il sera parfois nécessaire d'aller plus profondément, de tailler jusque dans les chairs, afin d'obtenir sur tous les points une surface saignante et bien avivée.
« La deuxième condition du succès, c'est de supprimer tout drainage. Le drain rend presque fatale la réinoculation des tissus ; il laisse même lorsqu'il est aseptique, des fistules qui durent indéfiniment.
« Enfin la troisième condition à remplir, c'est d'assurer bien exactement l'affrontement des tissus par des sutures superficielles qui ne laissent pas entre les parois accolées la plus petite lacune, et par une compression énergique et méthodique.
« L'ancienneté et retendue de la collection sont plutôt des indications de cette méthode de traitement. Nous avons guéri ainsi en huit jours des abcès froids (Tune contenance de 1 à 3 litres que nous traitions inutilement depuis de longs mois par tous les autres moyens.
« Ce traitement ne s'adresse pas seulement aux abcès froids idiopathiques. Un très grand nombre d'abcès par congestion, sinon le plus grand nombre, sont justiciables de cette thérapeutique. »
L'extirpation radicale ainsi faite réussira dans tous les cas où l'abcès n'était pas infecté par d'autres micro-organismes que le bacille tuberculeux, même lorsqu'il existe un petit diverticulc faisant communiquer l'abcès avec la jointure. La réunion immédiate de la peau est obtenue, et l'abcès peut ne pas se reproduire même dans ce dernier cas, nous en avons plusieurs exemples; et s'il se reproduit, ce qui arrive après deux, trois mois, on se trouvera en présence d'un abcès fermé.
Mais après infection de l'abcès, on n'arrivera à un résultai complet que s'il n'existe pas de divcrticule allant jusqu'à l'articulation. La raisonde l'insuccès par la seule ablation de l'abcès se devine, puisque dans ce cas on ne peut plus atteindre la totalité des tissus infectés; et cette infection restante fera échouer la suture, ce qui
n'arrive pas dans le cas supposé plus haut d'abcès non infecté communiquant avec la jointure.
Mais hâtons-nous de dire que, dans les deux tiers des observations peut-être, l'abcès est indépendant de la jointure. On voit, par conséquent, combien grandes seront les chances de succès de l'intervention chirurgicale.
Nous étions obligés d'entrer dans ces détails un peu longs pour montrer tout ce que peut un chirurgien attentif qui suit de très près son malade, pour empêcher la formation d'une fistule même dans les cas où elle semblait a 'priori ne pas pouvoir être évitée.
Nous nous résumons en disant : II faut traiter les abcès fermés par les ponctions répétées tous les quatre ou cinq jours, suivies d'injections de glycérine iodoformée et mieux de naphtol camphré.
Ne recourir à V extirpation radicale de ïabcès que lorsque la méthode précédente a échoué, ou, lorsqu'il est trop tard pour l'employer. On évitera ainsi presque toujours la formation des fistules.
Mais le traitement de l'abcès ne doit pas nous faire négliger les indications thérapeutiques fournies par la présence des lésions profondes (osseuses ou articulaires) dont l'abcès dérive plus ou moins directement.
On connaît déjà le traitement qu'elles nous
imposent : l'immobilisation absolue qu'il faut concilier avec le traitement des abcès, ce qui est possible grâce au volet pratiqué, comme nous l'avons dit, dans le bandage plâtré.
Cependant, dans des cas où l'abcès était très volumineux, nous nous sommes servi plus avantageusement de cet appareil à deux valves antérieure et postérieure, que nous avons imaginé et que nous faisons construire soit en plâtre, soit en silicate. C'est l'appareil qui est représenté dans les ligures 11 et 12.
On enlève à volonté l'une des valves ou l'appareil entier pendant la ponction et on le réapplique immédiatement après.
Nous nous servons, du reste, de ces mêmes bandages construits en plâtre ou en silicate dans toutes les interventions faites au cours de la coxalgie, même après la résection de la hanche.
Il nous permet de faire une contention parfaite du membre inférieur, ce qu'on ne peut pas demander aux appareils qui n'embrassent pas la totalité de la circonférence du tronc et du membre inférieur.
CàLOT. 10