‹ Le traitement de la coxalgieChapitre 5 sur 51 · LE CHOIX DES ALIMENTS · texte numérisé non relu

LE CHOIX DES ALIMENTS

La question de l'alimentation du coxalgiquc est autrement importante.

C'est dans les aliments tout autant que dans une atmosphère pure, que l'enfant doit puiser ses moyens de défense contre l'ennemi.

Je me bornerai ici à quelques indications. // faut entretenir ou stimuler l'appétit par tous les moyens compatibles avec l'intégrité des voies digestives. Nous verrons l'influence heureuse d'une bonne hygiène, des sorties au grand air, du séjour dans un climat excitant comme celui de Berck, en même temps que l'influence de la variété des aliments, pour atteindre ce résultat.

J7 faut assurer aux enfants une bonne et saine alimentation.

Ce conseil n'est pas superflu. Combien n'estil pas encore de ces enfants à qui l'on donne sans remords de la viande crue bien que de provenance suspecte ou du lait insuffisamment stérilisé? Ces aliments, loin d'augmenter la résistance de l'enfant, iront renforcer le nombre de ses ennemis en introduisant dans la place de nouveaux germes tuberculeux. Mais nous avons déjà soulevé cette question de la pureté des aliments et nous n'y reviendrons pas ici.

On conseille un peu partout de donner aux coxalgiqucs des aliments riches en azote, des

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viandes fumées, des matières grasses en grande quantité, etc. Combien ces conseils, que les auteurs de traités empruntent fidèlement à ceux qui ont déjà écrit sur la matière, paraissent théoriques à qui sait les difficultés qu'on a fréquemment à faire accepter par les estomacs capricieux des petits coxalgiques les aliments les plus simples! Pour beaucoup le plus petit écart de régime conduit à des vomissements ou à une inflammation d'entrailles, accidents qui demandent plusieurs jours avant d'être réparés. Il faut donc étudier pour chaque coxalgique la manière dont son tube digestif supporte tel aliment ou telle boisson. Les mères intelligentes en savent généralement très long sur ce sujet, et beaucoup peuvent donner, au lieu d'avoir à demander, au médecin, des indications.

J'ai rencontré beaucoup de ces enfants dont l'intolérance était absolue pour tous ces aliments si fort recommandés dans nos traités; et pour remédier à leur dénutrition rapide, j'ai dû les soumettre à un régime exclusivement lacté pendant des semaines et même des mois. On y ajoutait ensuite des œufs pris en plus ou moins grand nombre et sous des formes très variables.

Et tel enfant qui dépérissait d'une façon désolante a été, par ce régime du lait et des œufs, continué pendant plus d'une année, porté à une vigueur et à un embonpoint presque invraisem-

blables. Chez tous ces enfants à estomac difficile ou capricieux, la base de l'alimentation restera le lait et les œufs : aliments très faciles à digérer., très nourrissants et qu'on peut donner à l'état de pureté parfaite. 2 litres de lait et cinq ou six œufs pris à l'exclusion de tout autre aliment, représentent plus que la ration d'entretien normale des vingt-quatre heures, et constituent une véritable suralimentation. Aussi voit-on les coxalgiques engraisser sous l'influence de ce régime. Dès que l'état du tube digestif le permettra, on remplacera en partie le lait et les œufs par des viandes légères, ou du poisson, des légumes et des fruits cuits, et le lait pris en boisson pourra être remplacé par de la bière ou de l'eau rougie.

On voit que je tiens à ce que Y alimentation soit abondante. Je voudrais que les petits coxalgiques fussent véritablement « gavés », bien entendu dans la mesure compatible avec l'intégrité des voies digestives.

Jusqu'alors, la suralimentation reste l'un des meilleurs moyens, sinon le meilleur, de lutter victorieusement contre la tuberculose. La suralimentation conduit à l'augmentation de poids, et l'on peut affirmer en toute vérité que l'augmentation de poids équivaut à l'augmentation de résistance à l'ennemi.

Le meilleur critérium des progrès réalisés au

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point de vue général par un coxalgique, me paraît être encore la balance, et j'y ai recours aussi souvent que possible. Les progrès de l'enfant ainsi traduits par des chiffres, frappent davantage que toutes les appréciations générales l'esprit des mères et les stimulent mieux que les plus belles paroles à faire absorber la plus grande quantité possible de nourriture à leurs enfants.

A côté de l'alimentation, je veux placer la question de la régularisation des fonctions intestinales.

Ces enfants, condamnés à garder pendant de longs mois ou même des années la position couchée, sont assez fréquemment constipés. Nous verrons qu'une bonne hygiène et un bon climat arrivent souvent à régulariser d'une manière inespérée le fonctionnement d'un intestin jusqu'alors capricieux et lent. On peut obtenir parfois ce même résultat par de petits massages du ventre; mais ces massages sont, dans certains cas, rendus impossibles par l'appareil inamovible qui recouvre la région abdominale.

Il faut, en règle générale, être sobre de médicaments et chercher le mode d'alimentation qui paraît stimuler le mieux le bon fonctionnement de l'intestin.

Cependant, lorsque ni le climat, ni l'hygiène,

ni le choix des aliments ne régularisent ces fonctions, on peut recourir avec profit au calomel, au podophyllin, à la manne, donnés en petite quantité.

L'huile de foie de morue peut agir encore très favorablement à ce point de vue.

On remplacera très souvent l'usage des médicaments par celui des petits lavements qui sont bien le moyen le plus simple et le plus efficace.

En recourant ainsi à toutes les ressources de l'hygiène, ou à l'emploi passager de ces médicaments anodins, nous sommes toujours arrivés à vaincre cette constipation des coxalgiques couchés, sans avoir jamais eu d'ennuis sérieux.

3° l'observance d'une bonne hygiène

Il est banal de dire qu'il faut faire dans le traitement général la plus large place à L'hygiène.

Nous avons déjà parlé de l'alimentation et nous aborderons plus loin la question du choix du meilleur climat.

Quel que soit ce climat, le coxalgique devra être placé dans un quartier point malsain, ni humide et dans une habitation assez vaste, bien aérée et ensoleillée.

Il sera égayé et distrait par son entourage.

surtout lorsqu'il n'y a pas d'autres enfants dans la maison.

A l'hôpital, les coxalgiques causent sans trêve, jouent entre eux de mille façons diverses, malgré le repos forcé, et ne s'ennuient jamais.

Ils prennent tous leurs repas en même temps, à une heure toujours attendue avec la plus grande impatience, et l'appétit chancelant de tel enfant est sans cesse stimulé par celui plus brillant des voisins.

A ce point de vue, les enfants de l'hôpital ont un réel avantage sur les enfants de la ville.

Mais par combien d'autres côtés cet inconvénient se trouve racheté pour les enfants des riches....

Pour ceux-ci, on fait chaque jour et à chaque repas un choix varié des aliments; plusieurs personnes sont là qui leur assurent des sorties quotidiennes et de longues promenades au grand air de la campagne ou de la plage, qui s'occupent aussi d'une manière plus minutieuse des soins de leur toilette.

Il faut certes veiller à la propreté de la peau; mais il faut reconnaître qu'il y a des mères qui dépassent le but. Je citerai une dame anglaise, la mère d'un de mes coxalgiques, qui s'obstinait, en pleine période active de la maladie, à enlever son enfant de la gouttière chaque matin et chaque soir pour faire sa

loilette complète; et chaque séance durait trois quarts d'heure.

On conçoit combien ces secousses si souvent répétées étaient fâcheuses pour l'état de la jointure;

Avec les grands appareils inamovibles, il est vrai, cet inconvénient est supprimé.

Que l'on fasse quotidiennement la toilette de l'enfant d'une manière aussi complète que le permet le grand appareil.

La toilette générale se fera lorsque celui-ci sera remplacé : tous les mois ou tous les deux mois, et cela suffira.

Lorsque l'appareil est amovo-inamovible ou que l'enfant est dans une gouttière, sa toilette générale sera faite une fois par semaine à moins qu'il ne s'agisse de tout petits enfants ou de coxalgies suppurées.

Tous ces moyens : sorties au grand air, soins hygiéniques, favorisent la respiration du coxalgique et le bon fonctionnement de la peau; ils stimulent son appétit, lui donnent une sensation de bien-être et parfois de légère fatigue qui lui assurent un long et profond sommeil pour la nuit.

Ces considérations s'appliquent à tous les eoxalgiques : à ceux qui vivent à Berck comme <\ ceux qui sont restés dans les grandes villes.

Pour ces derniers, les promenades dans les

jardins publics, ou en dehors de la ville (au bois de Boulogne pour les Parisiens) atténuent dans une certaine mesure les inconvénients du séjour des grandes cités.

C'est grâce à ces sorties quotidiennes en toutes saisons et par tous les temps, grâce aussi à la suralimentation, que l'état général de l'enfant se conserve bon, malgré l'immobilisation prolongée.

Qu'on se débarrasse donc une bonne fois de ce préjugé que partagent avec tous les parents tant de médecins, que l'immobilisation absolue, la position couchée vont amoindrir la santé générale de l'enfant.

Combien n'cst-il pas de ces enfants coxalgiques dont l'aspect n'a jamais été aussi brillant avant cette période de repos forcé, alors même qu'ils paraissaient jouir d'une santé parfaite.

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