CHAPITRE II
Avant de rapporter les observations concernant les cas d'hyperthyroïdie traités par la tétra-méthyl-thio-urée et recueillies dans le service de Clinique médicale, il convient de rappeler les conclusions des auteurs américains, suisses et francais sur cette nouvelle thérapeutique.
Les résultats de R. H.-Williams intéressent trente malades, à qui furent quotidiennement administrées des doses de produit variant entre 0 g. 60 et 0 g. 80, donc sensiblement supérieures à celles que nous utilisons. Les manifestations de lhyperthyroïdie commencèrent à diminuer d'intensité quelques jours après le début du traitement, et, au bout de quatre à six semaines, elles avaient largement ou même entièrement disparu.
Les graphiques dressés par l’auteur permettent de se faire une idée exacte de la rapidité d'action de la tétra-méthylthio-urée. La chute du métabolisme basal est particulièrement accusée les quinze premiers jours du traitement, dépassant le plus souvent 2 % par jour. La courbe retraçant la moyenne des résultats obtenus chez les trente malades indique que le métabolisme basal tombe : de 2,1 % par jour dans la première décade, de 1,3 % dans la deuxième décade, de 0,9 9, dans la troisième, et de 0,4 %, dans la quatrième, et que le métabolisme basal est revenu à sa valeur normale aux environs du Cinquantième jour,
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L'action du produit est plus nette encore sur les signes humoraux de l’hyperthyroïdie, puisque l'iodémie et la cholestérolémie redev iennent normales avant la disparition totale des manifestations cliniques.
Chez aucun des malades traités ne se produisit de granulocytopénie ni d'agranulocytose. Il ne fut observé qu'un cas d’urticaire passager. Des réactions fébriles eurent lieu chez trois malades déjà intolérants à d’autres antithyroïdiens de synthèse. Les malades ne signalèrent aucune altération du goût ni de l’odorat et ne ressentirent aucun trouble gastrointestinal.
G. Bernhart utilisa la tétra-méthyl-thio-urée pour préparer à l'intervention chirurgicale huit des dix malades qui font l’objet de sa publication. Comme il s'agissait pour la plupart de formes légères d'hyperthyroïdie, la durée du traitement fut relativement courte : une à deux semaines en moyenne, ce qui fut suffisant pour ramener le mélabolisme basal audessous de + 10 %. Dans un cas où le métabolisme basal atteignait + 90 %, l'amélioration complèle avec un métabolisme basal de + 5 % fut réalisée en six semaines de traitement, soit une baisse quotidienne de l’ordre de 2%. Bernhart note que, sous l'influence de cette thérapeutique, et parallèlement à la chute du métabolisme basal, les symptômes subjectifs disparaissent, les malades reprennent du poids, la tachycardie se calme, le tremblement diminue; lhypocholestérolémie se corrige toujours et peut même dépasser le chiffre normal. Il n’a jamais constaté l'apparition de nausées, de prurit, d'éruptions cutanées, d'arthralgies. À lintervention, la glande thyroïde s’est montrée très vascularisée et assez friable.
La communication de L. de Gennes, H. Bricaire et
Ch. David à la Société médicale des Hôpitaux de Paris concerne quatorze cas d'hyperthyréose traités par la tétraméthyl-thio-urée. L'effet du produit s’est fait sentir au bout d'une huitaine de jours. L'amélioration clinique affecte successivement les signes suivants : excitation psycho-mofice,
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lachycardie, courbe pondérale, pour devenir complètement effective en quatre à six semaines. La réduction de l'élévalion du métabolisme basal est rapide et régulière, pouvant aller jusqu'à une hypercorrection passagère. Dans la majorité des cas, le goitre et l'exophtalmie se trouvent peu influencés.
En fonction de la sévérité de la forme de l'hyperthyroïdre, il y eut trois succès sur quatre cas de lormes graves et cinq sur cinq dans les formes moyennes et légères.
Quelques incidents sans gravité furent observés dans cinq cas : nausées, érythème morbilliforme fugace, une hypogranulocytose à 45 9, sans leucopénie.
Les auteurs concluent que la tétra-méthyi-thio-urée s'est avérée un agent antithyroïdien très actil. Son activité leur a paru plus grande que celle de l’amino-thiazol, surtout en raison du fait que les formes graves de l’hyperthyroïdie en tirent un parti appréciable au même titre que les formes légères, ce que l’amino-thiazol s’est montré incapable de réaliser. Certains échecs qui comptaient au passif de l’amino-thiazol ont bénéficié très favorablement de l'emploi consécutif de la tétraméthyl-thio-urée.
Enfin, un avantage majeur de ce corps semble résider dans sa remarquable tolérance.
Afin de compléter et de préciser les conclusions des auteurs qui, avant nous, ont utilisé la tétra-méthyl-thio-urée dans le traitement de la maladie de Basedow, nous présentons les observations de sept malades, que nous avons suivis dans le service de Clinique médicale. Il s'agissait de six femmes et d'un homme. Parmi eux se trouvaient trois formes moyennes et quatre formes sévères d'hyperthyroïdie. Le traitement d'attaque à été conduit en usant de doses peu élevées : 0 g. 20 à 0 g. 25 par jour, en prises fractionnées. Dans la mesure du possible, aucune médication adjuvante n'a été employée. Par
N. B. — Nous remercions Monsieur le Docteur Senvavue, chel du Service de biologie à l'Hôpital Saint-André, de nous avoir permis d'effectuer dans son laboratoire nos mesures de métabolisme basal.
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la suite, nous avons régulièrement mesuré le taux du métabolisme de base et établi les courbes des variations du poids el du pouls. On surveilla les effets toxiques possibles du produit par la prise journalière de la température et l’établissement fréquent de la formule sanguine.
Voici le résumé de nos observations :