HISTORIQUE
La Société Danoise de Médecine interne entendait, le 28 octobre 1924, une communication du Professeur Hôrcer MôrccaarD. Ce physiologiste lui parlait d'un nouveau traitement de la tuberculose, qui reposait sur l'or. Il résumait quatre années de recherches personnelles à l’Institut Royal d'Agriculture de Copenhague. Il concluait que l’hyposulfite ou thiosufate double d’or et de sodium détruisait les bacilles de Koch et modifiait le tissu tuberculeux. Enfin, pour désigner ce sel presque inconnu — ou méconnu — il enfermait ses espoirs dans un terme qu'il ne jugeait pas trop ambitieux : la Sanocrysine xpvsès : or — sanare : guérir). Deux jours plus tard, Knup Secner, Médecin-Chef de l'hôpital communal de Bispebjerg, présentait à la même Société plusieurs malades traités par cette méthode ; les résultats paraissaient favorables. Môcr- GAARD et ses collaborateurs développaient bientôt leurs recherches, dans un livre dont l'originalité fit aussitôt sensation : Chemotherapy of Tuberculosis.
Ces communications avaient éveillé l'attention des
médecins danois. La Sanocrysine pénétra tout de suite dans les hôpitaux et les sanatoriums. STRANDGAARD, PermiN, GRAVESEN, WürTzEN, B1e, BEGTRUP-HANSEN, obtinrent, de différents côtés et sur des malades bien divers, des résultats impressionnants. [Intéressé par leurs affirmations, le Professeur Kwup FABER essayait à son tour le sel d’or, sur les malades de la Clinique Médicale de l’Université de Copenhague, et sa conviction rejoignait celle de ses prédécesseurs : « Aucun traitement, disait-il, ne lui avait donné des résultats comparables ».
Les conclusions de ces rapports concordaient dans les propositions suivantes : £
1° La sanocrysine avait amélioré plus de la moitié des malades. Au quart d’entre eux, elle avait apporté véritablement la guérison clinique (1).
2° Les résultats étaient apparus en quelques mois, alors que par d’autres méthodes, il eût fallu plusieurs années pour les obtenir.
3° Ils consistaient d’abord en une amélioration rapide de l'état général : on voyait la température s’abaisser, la toux devenir rare, la lassitude disparaître, les forces revenir. Puis, l’auscultation montrait un
(1) Statistiques de :
K. FABER : 42 malades traités ; améliorés 60 % ; guérison clinique 26 %. BI : 26 malades traités; améliorés 16.
BEGTRUP-HANSEN : 156 malades traités ; améliorés 96 (69,7 %). GRAVESEN : 65 malades traités ; améliorés 52 % ; guérison clinique 31 %. TrrriscH : 17 malades traités; améliorés 9.
PERMIN : 12 malades traités ; améliorés S.
WURTZEN : 100 malades traités; améliorés nets 34: douteux 32. STRANGAARD : 14 malades traités; améliorés 11. BONSDORF : 38 malades traités; améliorés 17.
Statistique d'ensemble des sanatoriums danois : 231 malades traités ; améliorés 107, soit 50 %.
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effacement des râles ou tout au moins leur transformation. Au témoignage de Knup FABER, « ils passaient du timbre humide qui caractérise les évolutions progressive de date récente, aux râles secs, rares et crépitants, qui souvent persistent longtemps après que le processus pathologique est entré dans une phase de repos. » Un symptôme objectif important était la disparition des bacilles. « À leur admission, la plupart de nos patients avaient dans leur expectoration un nombre très important de bactéries. Or, après quelques injections, on voyait presque constamment, le nombre des bacilles diminuer fortement ; enfin, ils pouvaient manquer d’une façon permanente, en dépit de recherches multipliées ». La radiographie montrait une évolution surprenante des images. Les ombres denses et confluentes des lésions jeunes s’éclaircissaient pour s’évanouir. Les masses caséeuses étaient remplacées par le réticulum éclatant des phtisies fibreuses typiques. On voyait même quelquefois les vieilles cavernes diminuer de volume et l’anneau qui les encerclait devenir plus opaque.
4° Aux premiers stades du traitement, l'organisme réagissait par des troubles à peu près constants qui traduisaient son remaniement profond par le sel d’or : une élévation thermique plus ou moins prolongée se dessinait sur les feuilles de température, un exanthème scarlatiniforme rougissait le corps pendant une semaine, le malade avait des troubles digestifs, maigrissait, et ses urines étaient souvent albumineuses. Si la plupart de ces symptômes étaient passagers et bénins, on voyait parfois des accidents plus graves : chocs quel-
quefois mortels, ictères, lésions rénales, aggravations focales : c'était le revers sombre du traitement, revers qu'on pouvait — pas toujours — prévenir ou enrayer par un sérum antitoxique fabriqué par Mapsex sur les indications de Mollgaard.
5° Théoriquement, la dose de sanocrysine thérapeutique était de 1 centigramme pour 1 kilo du poids du corps. Il fallait donner des injections massives et très rapprochées, car on estimait que les doses réduites pouvaient « occasionner l’activité des processus tuberculeux ». Cependant, la posologie ne pouvait encore être codifiée, ni surtout être identique dans tous les cas.
6° Les améliorations s’observaient surtout dans les formes récentes « exsudatives », celles où la richesse vasculaire des lésions offrait une prise plus directe au sel d’or. Cependant, on les constatait aussi dans des tuberculoses fibreuses très anciennes, mais 1l semblait que dans ce cas la guérison fut plus douteuse. Les bacilles disparaissaient moins constamment de l'expectoration.
7° Malgré ces inconvénients et devant ces résultats, la sanocrysine apparaissait vraiment comme le remède spécifique de la tuberculose. Elle prenait place, à côté du novarsénobenzol, sur la galerie des remèdes héroiques empruntés à la chimiothérapie.
Les auteurs danois ne nous cachaïent pas que leur expérience était encore sommaire. S'ils s’accordaient sur les grandes lignes, ils différaient sur maints détails. Ils savaient que l'avenir pourrait seul opérer la nécessaire révision de valeurs. Mais tous. devant les
promesses encourageantes de cette première année de pratique, considéraient comme un devoir de poursuivre l’application des sels d’or, et d’en favoriser la diffusion.
Malgré ces réserves prudentes, l’enthousiasme dépassa bientôt les frontières du Danemark. Non seulement, il gagnait la Suède (LerrLer), la Norvège (Tic- L1SCH), l'Islande (Macxusson), comme en témoignent les nombreux mémoires publiés dès cette époque dans les « Acta Médica » et les « Acta tuberculosea », par tous les phtisiologues scandinaves, mais il s’étendait un peu partout dans les milieux scientifiques. Il ne s'agissait plus, en effet, d’un de ces médicaments chimiques, si souvent préconisés, si souvent prometteurs, mais dont le lancement habile n'avait jamais caché le caractère fallacieux ni la préparation sommaire. A la tribune de l’Académie de Médecine, Léon BERNARD donnait ses raisons d'espérer : « La longue série des recherches préliminaires, l’importance des données expérimentales obtenues sur de gros et de petits animaux, le caractère sérieux et le délai prolongé des observations cliniques qui avaient été suivies par des médecins d’une notoriété scientifique et morale incontestée avaient conféré d’emblée à cet ensemble de travaux des garanties dignes d'attirer sur eux l'opinion médicale ». Risr se sentait attiré, lui aussi, par la probité et la conscience des auteurs danois.
Un grand nombre de médecins firent le voyage de Copenhague. Aucun ne cacha sa confiance, et Porx qu'avait délégué l’Institut d'Hygiène de l'Université de Paris, déclarait à son retour, après avoir formulé