A. CONCLUSIONS CLINIQUES
IT. Ce traitement n’exige qu’une technique très simple : elle consiste en des injections intraveineuses (sanocrysine-thiocrysine-chrysalbine) ou intramusculaires (allochry-
sine). Nous n’avons pratiqué ces injections qu'une fois par semaine : il est dangereux de les rapprocher davantage. On doit les faire précéder d’un examen systématique des urines, de la température et de l’état de la peau. Dans ces conditions le traitement est ambulatoire : il est bon cependant que le sujet reste au repos pendant quelques heures après l'injection.
ITI. Z4 faut n'employer que de petites doses, et ne pas dépasser 3 grammes, comme quantité totale par série. On commence par une injection de cinq centigrammes. Chez les sujets fragiles, on débute même par deux centigrammes et demi. Pour arriver au total de 3 grammes, on emploie soit la méthode des doses progressives (0,05 cg. X 2 — 0,10 eg. X 2 — 0,15 cg. x 2 — 0,20 cg. X 2 — 0,25 cg. X 4 ou par 8) en ayant soin de ne jamais dépasser la quantité de 0,95 cg. par injection, et de n'atteindre une dose plus forte que la précédente, que lorsque celle-ci a été bien tolérée; soit la méthode de petites doses longtemps répétées (0,05 cg. pendant 40 ou 50 semaines). Cette seconde formule s’applique principalement aux sujets âgés, aux malades précaires, à ceux qui présentent des réactions fréquentes. Lorsque le total dé 3 grammes est atteint, on arrête le traitement pendant une période de six semaines à trois mois. On entreprend ensuite une seconde, une troisième, une quatrième série... etc. En principe, le traitement n’est jamais achevé. A la notion de la chimiothérapie curative, il convient d'ajouter celle de la cure d'entretien.
IV. Les indications sont multiples. Mais il faut que le malade apporte un facteur personnel de résistance.
On s’adressera aux malades chroniques apyétiques, aux subfébriles, chez lesquels la cure hygiénique, appliquée depuis un certain temps, n'aura pas donné des résultats suffisants — aux bacilloses anciennes, mal stabilisées — aux granulies chroniques froides — à certaines tuberculoses fibreuses et ganglionnaires, qui s’accompagnent de troubles toxiques généraux, sans évolution locale appréciable. Bien que leur: influence soit ici moins nette, on pourra les employer contre les poussées évolutives, plus ou moins aigües, au cours des tuberculoses chroniques. Enfin, on associera la chimiothérapie à d’au- . tres méthodes : phrénicectomie, thoracoplastie, et surtout pneumothorax artificiel — soit que que les sels d’or arrêtent l’évolution des lésions controlatérales, qui rendaient le collapsus impraticable, soit qu’ils complètent son action — soit qu'ils enraient une évolution surgissant sur le poumon opposé — soit qu'ils substituent leur influence thérapeutique à celle d’un pneumothorax abandonné. En tout, le médicament agira comme modérateur. Il aura une action plus physiologique qu'anatomique. Il meltra la tuberculose au ralenti.
V. Malgré l'opinion courante, l’âge du malade, l’ancienneté des lésions ou la coïncidence d’une laryngite ne sont pas des contre-indications. Par contre, nous croyons: qu'il faut éviter les sels d’or chez les sujets porteurs de troubles digestifs légers, ou de lésions pulmonaires trop étendues — et qu’il faut les proscrire d’une façon absolue chez les malades atteints de troubles intestinaux, chez les albuminuriques, les hépatiques, les jeunes femmes sujetles à des luberculoses congestives, les grands fébriles et les cachecliques.
VI. D’après nos observations, et au point de vue analytique, les sels d’or agissent d’abord sur la température qu'ils abaissent où régularisent très souvent (61 °/.). Ils modifient en second lieu l’expectoration qu'ils rendent plus claire, plus muqueuse. moins abondante — ou même qu'il s'uppriment (59 °/.). Ils relèvent l’état général du malade (52 °/,). Ils augmentent plus rarement le poids (42°/,). La diminution ou la disparition des bacilles est réelle, mais beaucoup plus inconstante (40 c/). Physiquement : les modifications des signes stéthacoustiques sont fonction de modifications sécrétoires. La transformation des 2mages radiologiques est presque exceptionnelle : l’évolution vers le mode fibreux rend ce fait compréhensible.
VIT. Au point de vue synthétique, 61 °/, de nos mala-
des ont tiré parti des sels d’or. L'amélioration fut rare- ment lésionnelle (16 °/,). Elle porta habituellement sur les symptômes, et l'allure de la maladie. Elle fut quelquefois immédiate : plus rarement, elle survint après la série. Dans la moitié des cas, elle fut durable. Lorsque les malades reçurent plusieurs séries, ils réagirent très diversement à ces traitements successifs. Mais nous pouvons affirmer que l'effet des sels d’or ne s’épuisa jamais proportionnellement à la répétition des séries.
VIII. Avec notre façon de procéder (petites doses etc...) les complications méritent plus le nom d'incidents que le nom d'accidents. Elles sont très rares. Nous rapportons dans notre étude toutes celles que nous avons observées. Mais cet exposé complet donnerait une idée fausse de la méthode, si l’on mettait toutes les réactions sur le même plan. Chaque complication doit être envi-
sagée isolément. En fait, à part 8 réactions qui furent graves, les troubles que nous avons décrits (poussées thermiques - diarrhées passagères - érythèmes fugaces albuminuries minimes -réaclions focales atténuées -stomatites) ne furent plus, grâce à la méthode des petites doses, que des incidents qui ne modifièrent en rien le pronostic de la maladie, et qui retardèrent quelquefois, mais n'arrêtèrent Jamais les injections. S2 l’on adopte notre posologie, la bénignité du traitement est certaine.