‹ Le traitement de la tuberculose pulmonaire: par les sels d'orChapitre 7 sur 91 · NINI · texte numérisé non relu

NINI

Devant ces encouragements, le thiosulfate fut soumis un peu partout à des recherches expérimentales et cliniques. Tandis que plusieurs médecins publiaient leurs statistiques individuelles, on fondait dans quelques pays, sur la demande de Môllgaard lui-même, un « Comité de la Sanocrysine », autrement dit, une Commission d'enquête chargée d'établir un rapport. Enfin, sur une formule identique à celle de l’hyposulfite danois, on préparait de nouveaux sels : chrysalbine, thiocrysine, produit Ducq, produit de Magnin, fabriqué par l’Institut national d'Hygiène de Buenos- Aires, produit de Robellos, etc.

Nous ne pouvons détailler ces travaux qui dépassent aujourd’hui le chiffre de 600. Nous pouvons simplement analyser l'accueil que reçut la méthode nouvelle dans ces pays d'essai. Cette diffusion de la sanocrysine

BANDE cie

à travers le monde eut un avantage : Bien des points que l’on considérait comme acquis furent abandonnés. Bien des points que l’on considérait comme abandonnés, furent repris de nouveau. Mais l'essentiel eut été d'établir un bilan. Or, nous verrons que cette tâche est malheureusement impossible. C’est que, pour reprendre une métaphore de WürTzen, « le chemin fut pénible, étroit, et semé d’épines. Lorsqu'il s’agit d’apprécier les résultats thérapeutiques, on éprouve souvent le besoin de se répéter à soi-même, qu'il est infiniment plus difficile d'appliquer la sanocrysine à des phtisiques que de s’en servir contre des tuberculoses expérimentales. Il suffit de considérer combien les processus sont presque toujours divers quant à l’âge et à Ja diffusion... A cela s'ajoute la différence physiologique qu il y a entre les sujets, et qui fait que l’on doit tabler sur une certaine différence dans les effets physiologiques et dans la tolérance ». Mais, à côté de l’inégalité des terrains individuels, on oublia peut-être un peu trop les inégalités de races qui auraient dû conseiller des redressements de doses et qui surtout font assez bien comprendre les contradictions que nous allons rencontrer.

Ii semble que la sanocrysine fut étudiée d’une façon immédiate et large en Espagne : Savé, de Barcelone, publiait, dès 1925, une première série de « résultats obtenus, » et ses conclusions étaient favorables. Sur la valeur réelle de la méthode, il ne devait du reste jamais se contredire. [l apportait, en 1926, les dossiers de 71 malades, dont 50 avaient 6t6 améliorés. Enfin, il publiait, en décembre 1927, un important

ouvrage, indispensable à qui veut s'initier à la question des sels d’or : « Quimiotérapia de la tuberculosis », qui rendait compte de 210 observations de tuberculeux, dont quelques-uns avaient été suivis depuis un temps suffisamment long pour que l’on put apprécier l'efficacité durable du traitement. Or, environ les deux tiers avaient tiré des injections un réel bénéfice (1). La statistique de Copina-CAsTELLvI rapportait 22 améliorations sur 33 sujets. SARMIENTO, ViLLeGAs, Dar- GALLO et Espinosa préconisaient également la méthode. Mais, d’autres expérimentateurs espagnols se montraient beaucoup moins enthousiastes. PARTEARROYO avait observé 7 malades, et l’un d’eux paraissait seul avoir bénéficié du traitement. Sur 6 sujets, GARGIA Trivio n'avait vu qu'un succès. R. DE MATA, Viar x BizB4o se montraient également sceptiques. « Nous ne pouvons affirmer, écrivait Vaznes-LAMBEA, que la sanocrysine exerce une action certaine ». Enfin, si XA- LABARDER ne refusait pas aux sels d’or un certain rôle tonique, il avait eu, par contre, l’idée de soigner 23 malades avec du thiosulfate pur de sodium. Dans 19 cas (79 %), 1l avait obtenu la même action stimulante. Il concluait que l'atome or ne jouait aucun rôle : « Ce n'est pas l'élément métallique, c’est le radical acide qui l'accompagne qui paraît important ». C'était reje-

(1) Voici la plus récente statistique de SAYÉ : Quimiotérapia, p. 122 :

Cas. CEMÉSALLISED RENE EE ARR 14= 6,66 % | za Cas CnUuIs PR RE 30=—14,28 % FAQs Le Cas améliorés légèrement ............ 30—= 14,28 “i] Cas améliorés notablement ............ 43—20,47 % ! 20,94 % Cas très ame res EE Re 93— 44,28 % |

Roue

ter tout le principe chimique des expériences de MGllgaard.

Les recherches portugaises de Sanxros-Carcos ‘Je Ramarno-FERREIRO-ALVEZ étaient plus optimistes. In vitro, Lopo DE CARVALHO et FERREIRA DE Mira fils concluaient en faveur de la sanocrysine. Lopo de Carvalho publiait d’ailleurs à Lisbonne un mémoire dont la statistique était la suivante : 13 malades bacillifères avaient été traités. 2, dont l’état général était déjà mauvais, s'étaient aggravés ; D avaient été très améliorés, bien qu'ils fussent porteurs de lésions importantes, et 6, dont 2 étaient considérés comme incurables, avaient été cliniquement et bactériologiquement guéris.

En Angleterre, l’opinion fut plutôt favorable : Cum- Miss s'élevait contre les conclusions de laboratoire opposées à celles de Mollgaard. Sur 18 malades, CLARKE obtenait 12 résultats positifs. Sur 20, BurreL en observait 17, qui lui paraissaient indiscutables. La statistique d’EcrioT-MarsraAL était très optimiste. Même note chez Sir Robert Pair et Murray Lyon. Tur- KINGTON, PEercy-WALKER, ELris, FrAsSER et Harris, Mac Lean et HEBERT HEAF résumaient leurs impressions dans le rapport du Comité d'enquête : « Une première étude avait montré des cas de mort attribuables à la sanocrysine. Actuellement, nous ne pouvons citer qu’une observation de ce genre sur 140 malades traités. Pourtant, le danger subsiste. Les péril des sels d’or dans la tuberculose sont plus grands que les périls du néosalvarsan dans la syphilis. Tous les malades doivent garder le lit, et être l’objet d’un examen

médical incessant. Cependant, notre impression générale est que la sanocrysine représente une espérance, l'espérance d’un médicament pouvant aider l'organisme dans sa défense naturelle contre l'infection ». C'était aussi la conclusion du Comité de Belfast : « La sanocrysine est un nouvel élément considérable dans le traitement de quelques cas de tuberculose pulmonaire », mais si l'impression première était favorable, elle n'était pas exempte de réserve. « Le thiosulfate est un agent thérapeutique qui ne peut actuellement se généraliser. Il faudra encore de longues et nombreuses observations pour établir de façon certaine que le sel d’or de Môllgaard a une valeur réelle dans le traitement de la phtisie ». Frimonr-MorrEr, qui expérimenta longuement et patiemment la sanocrysine sur des’ sujets hindous, donnait dans ses mémoires successifs une opinion plus convaincante (27 malades traités, 19 améliorés, 1 cas douteux et 7 indifférents). L'opinion allemande était beaucoup plus partagée. Il y avait d'un côté les adeptes plus ou moins fervents : ZiNN, ZADEK et SONNENFELD (33 améliorations sur 40), Urrici, Karz, Scnozz, HENIUS, FRIEDEMANN, SAGHS. — D'un autre côté, les sceptiques : KLEMPE- RER, NEUFELD. — D'un autre, les négateurs : KeLL- NER, ZIEGLER, qui disait : « Je n'ai pu observer aucun résultat suffisamment distinct de ceux que l’on remarque dans la cure sanatoriale ». Il y avait aussi Le BLanc, Jansex et WEBER, qui ne croyaient pas davantage ou ne croyaient plus du tout à l'or. Il y avait enfin les ennemis déclarés : Fecnr, Drisr, qui renversaient tous les travaux de Môllgaard, Czerxy et Oprrz.

og

qui rapportaient l’histoire de 12 enfants traités par la sanocrysine à la clinique médicale de la Faculté de Berlin. Leurs efforts se chiffraient par 12 insuccès, et le sel d’or avait hâté 5 fois la terminaison fatale. Sous une forme moins pessimiste, la Commission d’enquête terminait ainsi son rapport : « Le thiosulfate n’est certes pas le mode de guérison de la tuberculose pulmonaire, mais il constitue dans les cas appropriés l'élément décisif de l’évolution favorable de la maladie ». On le voit : il restait peu de chose à l'actif du médicament.

En Suisse, STAEHELIN jugeait les résultats si frappants « qu'aucune autre méthode n'aurait pu les provoquer ». JESSEN les trouvait si défavorables qu'il écrivait : « La sanocrysine n’est pas le remède curateur de Ja tuberculose. Elle est un poison métallique dangereux susceptible de donner des troubles graves, même à faibles doses ». De REYMER rapportait bien l'histoire d’un malade qui avait gardé le statu quo pendant trois années de cure sanatoriale, et dont les infiltrations avaient disparu rapidement plus tard sous ‘l'influence du médicament. Mais, à Leysin, le thiosulfate faisait l’objet de toute une séance de la Société des Médecins, et de l’ensemble des communications de BurnanD, Morin, Sizric, Rosser, il ressortait que ce nouvel agent de guérison était bien incertain. Cependant, Burnanp et GizBEerr présentaient, quelques mois plus tard, 13 observations à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris : « Il n’est pas douteux, concluaient-ils, que cet agent chimicthérapique modifie les lésions dans un sens relativement favorable », mais

Les}

ils n'avaient obtenu aucune guérison vraie. Ils soulignaient en outre le caractère souvent momentané des améliorations. Par contre, Vox Murazr et WEILLER, qui ne croyaient pas à une action spécifique du médicament, vantaient pourtant son efficacité fréquente. JaqQuERoOD rapportait de Copenhague une imprescion de confiance et la volonté d'entreprendre de nouvelles recherches. Mais, dans l’autre camp, Mercrx leur opposait son scepticisme.

La sanocrysine ne fut guère étudiée en Italie. Mais si Pisanir semblait incliner vers elle, TRENTI refusait de se prononcer (1). En Autriche, NEUMANX paraissait y croire, mais PoinpEcKkER publiait, à des intervalles assez rapprochés, des mémoires dont les conclusions tantôt favorables et tantôt défavorables, étaient trop contradictoires pour qu'on pût en tirer un Jugement. Il formulait, du reste, lui-même les conclusions de la Commission d'enquête : « La sanocrysine expose à des risques multiples qui sont fonction pour une grande part des susceptibilités individuelles. On peut étendre cette méthode, mais il faut la laisser aux spécialistes. Du reste, les résultats obtenus sont du même ordre que ceux fournis par les autres traitements ».

L'Amérique ne sembla pas très intéressée par la découverte danoise. L'Amérique latine lui fit par contre un accueil enthousiaste. GUIMARAËS et ACHILLES au Brésil, BamBacn et Pomar au Chili, la préconisèrent. En Argentine, ALrARO et VAGAREZA publiaient 13 amé-

(1) CAPuANT a publié plus récemment à Bergame un important mémoire, fondé sur 50 observations cliniques. Cet auteur croit à une action spécifique « évidente » de la sanocrysine sur la tuberculose. Le médicament serait efficace dans 30 % des cas.

liorations sur 14 malades graves ; ÉTCHEVERRY était aussi concluant, et, tout récemment, RoBELLos écrivait une excellente monographie fondée sur 100 cas cliniques, et riche d'idée originales, d’où il resortait que si la sanocrysine n’était pas le remède héroïque, elle n’en était pas moins un grand pas en avant... et pendant ce temps, la Commission d'enquête japonaise écrivait : « In vitro, le thiosulfate ne possède aucune action. Les expériences sur de grands et de petits animaux sont négative. En clinique, il s’est montré d’une efficacité purement illusoire ». (Yosximasa-Ta- ZAWA, etc...)

Enfin, le doute commençait, par un choc en retour, à gagner les pays scandinaves. GULLRING, ALDERSHOF et DE BLOEME devenaient sceptiques. Et, de son laboratoire, OLur BaxG s’efforçait de détruire l’œuvre de Mollgaard.

De ce rapide voyage à travers un petit nombre de pays, mais un grand nombre d'opinions contradictoires, on pourrait tirer, à défaut d’une indication plus utile, une leçon de scepticisme. Il y avait loin de ces hésitations à l'enthousiasme du début. Quelle était, pendant ce temps, l’opinion de la France ?

Elle n’était pas favorable. Elle n’était plus défavorable. Elle était indifférente, malgré les travaux Iyonnais de GARIN, ImBerT et Rousser, qui avaient constaté plusieurs fois une disparition permanente des bacilles, malgré les articles de CorDiER, GAILLARD et LE- VRAT, qui, sur 45 malades, avaient observé 8 améliorations indiscutables, malgré la thèse de RoriN, qui était un plaidoyer modéré pour la thiocrysine.

Page 1