‹ Le traitement de la tuberculose pulmonaire: par les sels d'orChapitre 8 sur 91 · LS OS · texte numérisé non relu

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C’est qu'au mois de février 1926, la Commission d'enquête avait publié 4 rapports cliniques. Le premier, le moins défavorable, était de Léon BERNARD. Ce dernier devait soutenir ultérieurement, avec Charles MAYER, que le thiosulfate était un bon remède des poussées évolutives. Mais, dans ce rapport initial fondé sur 26 malades, il se montrait beaucoup moins convaincu que plus tard. Il avait injecté tantôt la sanocrysine danoiïse, tantôt la chrysalbine de la maison Poulenc. Il s’était conformé, pour le choix des doses, à la technique de Faber (total de 8 à 10 grammes), Or, deux sujets avaient été aggravés par le traitement, 7 n'avaient été aucunement influencés, 8 avaient présenté des résultats discutables. Il en restait 9, spécialement des tuberculeux récents évolutifs et fébriles, chez qui, peu à peu, la fièvre avait baissé, le poids s'était relevé, le facies coloré. L’expectoration avait diminué. Bref, ces malades avaient obtenu en quelques mois des modifications qui sont habituellement plus lentes. Cependant, Léon Bernard n'avait jamais constaté la disparition des bacilles. La sanocrysine lui paraissait nocive. Elle avait déclenché une poussée évolutive, accompagnée d’une néphrite toxique. Une méningite — effet ou coïncidence ? — avait éclaté chez un malade dès la seconde injection. Il y avait eu d’autres accidents, dont quelques-uns avaient été graves. Et l’auteur concluait que la méthode n'était pas au point. Elle était de plus fort incertaine : Que valaient ces arrêts d'évolution, « en admettant même qu'on fût en droit de les attribuer à l'intervention médicamenteuse » ? Enfin, ce n’était pas un produit « dont

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la constance d'efficacité autorisât de le qualifier de spécifique.

Dans un second rapport, BezAnçcon, BRAUN et Azou- LAY rapportaient l’histoire de 14 malades (Produit Poulenc). Ils avaient injecté des doses progressivement croissantes de sel d’or. Trois cas de broncho-pneumonie tuberculeuse avaient continué d'évoluer rapidement. Trois cas de tuberculose à prédominance fibreuse, dont l’état général était bon, n’avaient présenté aucune modification, et par contre n'avaient pas été préservés des accidents. Six cas de phtisie commune à marche chronique étaient restés stationnaire. Enfin, deux malades avaient paru assez nettement influencés par les sels d’or. Néanmoins, telle qu’elle était employée, la méthode était condamnable. Elle avait entraîné un ictère suivi d’un processus de caséification étendue à évolution rapide. Elle avait provoqué deux ervthrodermies toxiques et intenses — sans parler des erythèmes et des troubles digestifs. En attendant des recherches expérimentales plus complètes qui conseilleraient peut-être une technique et une posologie plus parfaites, le traitement de la tuberculose par l’or offrait trop de dangers pour ne pas être abandonné.

Le rapport de Risr, Rocranp, Couraus, HirscH- BERG et TRiBoULET était moins pessimiste, mais peutêtre encore plus sceptique. Malgré l’aspect quelquefois dramatique des accidents, et « bien que par les troubles digestifs et l’amaigrissement qu'il déterminait si souvent le traitement put compromettre une évolution favorable », ces auteurs ne pensaient pas

que l'hyposulfite put provoquer des poussées évolutives. En échange, ils ne croyaient pas qu'il put les enrayer. Vis-à-vis de la tuberculose, le sel d'or se comportait comme une substance indifférente. Rist et ses collaborateurs avaient traité trente et un malades par la chrysalbine de la Maison Poulenc. Ils avaient commencé par une dose de 0, 25 cent., puis avaient donné, de semaine en semaine, 0.50 cent., 0.75 cent., 1 gramme, en répétant six fois cette dernière quantité, lorsqu'elle avait été bien supportée. Ils avaient choisi leurs malades parmi les sujets chez qui le pneumothorax artificiel était impossible. Ce qu'ils avaient cherché, en effet, c'était une comparaison entre « la thérapeutique nouvelle et la collapsothérapie, seul mode de traitement qui jusqu'ici ait fais ses preuves en matière de tuberculose pulmonaire ». Or, la comparaison n'avait pas été à l’avantage des sels d’or. D'abord, il n'existait aucune analogie entre les réactions produites par la chrysalbine et le choc tuberculinique. Il n'y avait donc pas destruction de bacilles, De plus, vingt malades étaient restés indifférents, ou les améliorations constatées dans l’état général ne s'étaient pas montrées plus nettes que celles que procurait à elle seule la cure de repos et d'aération. Cependant, trois cas sur trente et un (soit un sur dix) avaient présenté une amélioration réelle. Mais il ne s'était pas agi d’une guérison totale. La cure de repos simple pouvait aboutir au même résultat, et c'était au moins un mérite de la nouvelle méthode que d’avoir ramené l'attention des phtisiologues sur les faits de guérison

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naturelle. Conclusion : les débuts de cette chimiothérapie ne rappelaient que d’assez loin ceux de l’arsénobenzol.

Le dernier rapport, celui de SERGENT, prenait le ton d’un vrai réquisitoire. Il rapportait l’histoire de treize malades. L’un d'eux avait présenté, dès la première injection, des accidents qui avaient fait abandonner le traitement ; quatre avaient succombé, et

si le sort des deux premiers était réglé d'avance, il était bien probable que la mort des deux autres avait été hâtée par la sanocrysine. Un cinquième était resté stationnaire. Trois avaient présenté une aggravation sénérale et surtout une accentuation nette des signes physiques. Enfin, quatre avaient obtenu une légère amélioration : la comparaison des clichés faisait voir chez eux un certain degré de « nettoyage radiologique », mais il n'était aucune de ces constatations qu'on ne put observer chez des malades mis au repos. Combien de tuberculeux ne voyait-on pas revenir à un état satisfaisant, pour lesquels on avait porté, quelques semaines plus tôt, un pronostic fâcheux? « De telles rémissions étaient bien connues ». Sans doute, dans ces quatre cas apparemment favorables, on avait vu s’amoindrir l’expectoration et le nombre des bacilles. Mais jamais ces diminutions n'avaient été définitives ni totales. Du reste, « en quoi ce fait consacrerait-il la valeur d’une médication qui par ailleurs n’apportait aucune amélioration décisive de l’état général, ni même des signes physiques ? Car dans ces nettoyages radiologiques, ce n'était pas l'image des lésions tuberculeuses infiltrantes qui dis-

paraissait, mais seulement l’opacité due à la congestion périphérique ». Enfin, ce traitement était dangereux ; « Les avantages — s'ils existent — nous paraissent bien chèrement acquis. On ne saurait, à l'heure actuelle, considérer la sanocrysine comme un médicament efficace ». La discussion recommençait quelques mois plus tard à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris. Maïs si Burnand et Gilbert parlaient dans le sens que nous avons rapporté, si JEANSELME vantait l’action de la chrysalbine dans les lupus erythémateux ou bacillaires, Sergent restait inébranlable dans son hostilité.

Après ces rapports, la sanocrysine fut à peu près abandonnée. Les quelques auteurs qui l’employèrent le firent avec un doute qui frisait l’incrédulité. VizLARET, IMBErT et Justin BESANCON notaient deux améliorations sur quatorze malades traités par les sels d’or et l’opothérapie hépatique. Mais ils étaient frappés par la brutalité des réactions que donnait parfois la méthode. Ils se montraient sévères sur le choix des indications. Et ils concluaient que si l’action de la sanocrvsine était intéressante en principe, elle était d'un maniement très délicat et d’une valeur thérapeutique inconstante.

CorBerT et CHATARD résumaient l'opinion générale dans une revue détaillée. Mais ils ne connaissaient pas personnellement les sels d’or, et leur conclusion était pessimiste : « [1 ne saurait être question de faire entrer la méthode dans la pratique médicale journalière, et le praticien devra faire comprendre au malade, toujours à l'affût des nouveautés thérapeutiques,

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que si nous pouvons garder l'espoir d'une chimiothérapie, un jour bienfaisante, il peut être sage et prudent de savoir attendre au moins dans la plupart des cas ». C'était briser toutes les espérances des Danois.

FourRNEAU, dans une conférence à la Société chimique de France, classait la Chrysothérapie parmi les vains eflorts des tentatives métalliques ; ce corps était un leurre comme l'argent et le cuivre. CAUSSADE et GRIGAUT exposaient avec méfiance les principes de Mällgaard et inclinaient vers le chaulmoogra de Sir Robert Philip. Hermaxs, dans le Journal de Médecine de Bordeaux, rayait la sanocrysine du groupe des médicaments actifs. Enfin, les recherches de laboratoire rejoignaient Îles expériences cliniques dans cette condamnation. CALMETTE, Boquer et NÈGre, FERN- BACH et RULLIER, puis ARLOING et THEVENOT s'étaient élevés contre le fondement bactériologique de la méthode. Rist et ses collaborateurs avaient conclu de leurs expériences qu'il était vain d'espérer guérir des animaux tuberculeux par le sel danoïs..…., si bien qu'on ne parlait plus qu’au passé de tous ces grands espoirs. Et pourtant, la chrysothérapie avait ses lettres de noblesse. Lyonner avait glané dans les archives de vieilles recettes à base d’or (1). De tout temps, le « fabuleux métal », qui avait obsédé les alchimistes, avait aussi fait rêver les médecins. Sans remonter jusqu’à Brantome et sans évoquer l'ombre de la duchesse

(1) LYonNer s’est élevé contre l’étymologie défectueuse de mot sanocrysine, forgé de grec et de latin. On devrait en tout cas écrire sanochrysine comme le fait du reste WüRTZEN.

de Valentinois, Charles Mayer rappelait dans sa thèse que ParaceLse, en 1526, soignait déjà la phtisie par des sels d'or ; cent ans plus tard, Horsr et Pierre DE LA POTERIE, dit PorÉéRiUS, avaient utilisé parallèlement l'or et le mercure contre les cachexies. En 1810, CHRESTIEN avait donné un chlorure d’or aux Iymphatiques. Il avait été suivi par Mrrcnezr, LArLEMaAnN», EserLé et Kopr. C'était du même chlorure que LEGRAND avait fait usage contre les lésions scrofuleuses des ganglions. Ces travaux empiriques n'avaient pas répondu aux espérances de ceux qui avaient voulu arracher un remède à l'or. Les tentatives ultérieures, encouragées par une expérience bactériologique de Kocx, avaient connu le même échec. Ni Brucx et GLucx, ni Spiess, ni FELDT, ni RickMANx, ni BETTMANN, ni JUNCKER, ni aucun de ceux qui avaient désiré substituer à l'attrait magique du métal une confiance plus scientifique, n'avaient été récompensés. Quelques produits avaient paru donner de bons résultats en Allemagne, surtout lorsqu'on les avait administrés à des tuberculoses oculaires où à des lésions cutanées. Il n’en demeurait pas moins que le pronostic désabusé de SouLiÉ, dans son Traité de Thérapeutique (1888), paraissait sans appel : « L'or ? longtemps encore les dentistes en useront plus que nous ». Les nouveaux sels allaient-ils rejoindre les anciennes tentatives dans l'intérêt purement historique ou l’on tient les efforts stériles ? Nous avons vu que beaucoup de cliniciens ajoutaient à stérile l’épithète de nocif. Et, de fait, le premier malade qui reçut le nouveau traitement à Hauteville

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parut justifier leur méfiance. Il s'agissait d’un homme de 30 ans qui présentait des lésions fibrocaséeuses bilatérales importantes. Malgré l’étendue de ces lésions, il pesait 68 kilos, avait un facies coloré et présentait un excellent état général. Attiré par le bruit qu'on répandait autour de la découverte danoise, il demanda lui-même un essai de sanocrysine. On lui fit, en décembre 1925, suivant la technique de Knud Faber, une série d’injections très peu espacées : 0 120%emtn0,25cents"0,50;cent. 0, 75cent2la seconde s’accompagna d’une réaction thermique à 39°. Cependant, l’expectoration diminuait. Après l'injection de 0,75 cent. apparurent simultanément des troubles digestifs (diarrhée, anorexie), des crachats teintés, et la température devint irrégulière. Après résolution de ces accidents, une nouvelle injection de 0,40 cent. fut pratiquée. Les mêmes accidents se reproduisirent aussitôt. Le traitement fut arrêté, et l’on assista néanmoins à une reprise évolutive qui mit trois mois à disparaître et s’accompagna d'un amaigrissement de 3 kilos (Observation N° 320).

J1 n’était pas douteux que ces accidents fussent imputables à la sanocrysine. Mais notre maître, M. Dumaresr, voulut tirer de cet échec un enseignement. Dans sa critique des résultats obtenus par d’autres auteurs, Sayé s'était élevé contre les conclusions hâtives. Et, de fait, on commençait à voir des malades dont l'amélioration, qui n'avait pas été immédiate, apparaissait tout de même avec le temps. Sayé avait mis également les critiques en garde contre les fortes doses. C'était l'explication qu'il avait donnée à

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Léon Bernard, à Rist, à Bezançon, à Sergent, lors de la discussion des rapports français, pour justifier Ja différence entre leurs résultats et les siens. Les fortes doses étaient incontestablement dangereuses, mais les dangers n’avaient-ils pas masqué les avantages ? Du reste, à part SÉCHER, qui restait fidèle aux usages du début, la plupart des auteurs danois commençaient à modifier leur posologie. PERMIN avait publié de nouvelles statistiques. Au retour de Copenhague, EBErT rendait compte de ces redressements. Les améliorations obtenues avec de petites doses paraissaient aussi nombreuses que les résultats favorables obtenus avec des doses de 1 gramme ou de 1 gr. 50. WURTZEN venait d'écrire un important mémoire où 1l opposait des malades traités avec l’une et avec l’autre technique. Il concluait « qu'il fallait donner la préférence aux petites doses, d'autant que leur emploi lui avait épargné les regrettables cas mortels sanocrysiniques. Avec le mode d'emploi maintenant usité dans sa section, le traitement se laissait administrer sous une forme qui, sans être affaiblie, était cependant adoucie et n’exigeait pas des malades une force de résistance spéciale ». M. Dumaresr pensa de même qu'avant de condamner une thérapeutique aussi scrupuleusement. étudiée, il fallait la soumettre à l'épreuve des doses encore plus restreintes, sans Jamais — et ce fut la donnée sur la quelle il insista d'emblée le premier — sans jamais dépasser la dose de 1 gr. 50 à 2 grammes par série. En suivant cette posologie, les médecins d’Hauteville reprirent le traitement. Ils publièrent, en juin 1927, une première série de soixante-

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dix-sept observations cliniques. La toux et l’expectoration avaient diminué chez trente-deux malades, la fièvre avait baissé chez quarante-neuf, le poids s'était élevé chez trente, l’état général s’était relevé chez trente-deux, les signes d’auscultation s'étaient modifiés favorablement chez vingt. En résumé, quarante et un tuberculeux sur soixante-dix-sept avaient bénéficié plus ou moins du traitement. Sans doute, des complications étaient apparues, mais à part une éruption étendue et une néphrite aiguë, aucune n'avait été grave, et M. Dumaresr pouvait conclure, à la fin de l’article qu'il avait signé, en collaboration avec MM. BrReTrEe, Bonaré, Micuox et Roux : « Au point où nous sommes parvenus de notre expérience, il nous paraît impossible de ne pas reconnaître que ce médicament apporte quelque chose de nouveau à la thérapeutique de la tuberculose. Sans doute, la question n’est pas au point..., mais cela ne peut nous empêcher de constater que, pour la première fois, nous avons vu l’évolution de la tuberculose influencée par un produit chimique d’une façon favorable et évidente, dans une proportion qui atteint la moitié des cas. Médication non pas inoffensive, mais médication parfois efficace : telle se dégage la conclusion ». Encouragés par ces premiers résultats, les médecins d’Hauteville continuèrent l’usage des sels d’or. De leur côté, Cordier, Gaillard, poursuivaient leurs observations. Ce dernier publiait un cas d’amélioration typique. Farson, Marzinry et LEFÈVRE étudiaient la sanocrysine et la thiocrysine au Sanatorium Bellecombe, et leur impression, fondée sur cinquante et un

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