‹ Le Traitement de l’Amibiase Hépatique par les iodiques SolublesChapitre 7 sur 24 · LA PREMIÈRE EXPÉRIMENTATION · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE EXPÉRIMENTATION

Le premier essai thérapeutique fut tenté sur un malade dont l’histoire clinique convenait, on ne peut mieux, à une telle expérimentation.

Observation n° 1.

De M... G.., soldat de 21 ans, rapatrié sanitaire d’Indochine, après un séjour de 18 mois avec le diagnostic de « Délire confuso-onirique d'origine toxique (suite traitement par conessine). Amibiase chronique ».

Hospitalisé le jour de son débarquement, le 6 août 1949, dans le service de Neuro-Psychiâtrie, il est, après amélioration, transéaté dans le service du Professeur BLANC, pour examens complémentaires et traitement médical.

Il se plaint alors : d’avoir 10 à 12 selles par jour, glairo-sanglantes ; de douleurs intermittentes de l’hypocondre droit ; d’une asthénie prolongée et extrême.

L'examen nous montre un sujet très amaigri (52 kgs pour 1 m. 75). Il est pâle, sa peau est sèche, le faciès est angoissé ; on note une discrète exophtalmie bilatérale.

Au point de vue digestif, la langue est saburrale ; la paroi abdominale est souple et laisse percevoir une corde colique sigmoïdienne spasmée ; le coecum est gargouillant ; tout le cadre colique est douloureux à la pression. Le foie est augmenté de volume d’une façon modérée, sensible au palper, douloureux à l’ébranlement en masse. La rate n'est pas palpable. Le pouls est à 100, la température est subnormale. L'examen des autres appareils ne montre rien d’atypique.

Les antécédents du malade sont les suivants : en avril 1948, il à présenté, après un séjour de trois mois en Indochine, une amibiase de première atteinte à forme dysentérique ; la cure d’émétine, instituée alors, doit être interrompue à cause de l'intolérance du sujet (tachycardie, tremblements dès 32 cgs) ; on termine le traitement par une cure de stovarsol : le syndrome clinique est amélioré, mais : en mai 1948, rechute d’amibiase intestinale ; on institue un traitement par la cones-

nf}

sine, mais après prise de trois grammes de conessine, le malade est dans un état psychique tel, qu’il est évacué sur un centre spécialisé, avec le diagnostic de : « Délire confuso-onirique ».

Depuis cette date, le syndrome diarrhéique va persister jusqu’à ce jour: aucun autre traitement spécifique de l’amibiase n'a été tenté. L'état général est allé pendant ce temps en empirant. (A noter que, d’après les renseignements recueillis, le malade a toujours été, avant son séjour en Indochine, un inquiet, un hypersensible, un déséquilibré neurovégétatif ; un M. B. avant son départ s'était montré normal).

Les examens complémentaires pratiqués montrent les résultats suivants :

Selles : amibes aysentériques type histolytica, kystes de lamblia.

Hémogramme : G.R. 4.400.000

GE: 26.400 dont 83 % de polynucléaires. La rectoscopie ne peut être pratiquée, le sujet, pusillanime, la trouvant trop douloureuse.

En résumé, nous étions donc en présence d’une amibiase intestinale grave à forme dysentérique avec hépatite aiguë d'accompagnement.

Une cure d’émétine est commencée prudemment : 0,04 par jour avec toutes les précautions d'usage (strychnine, digitaline). Après deux injections d’émétine, dans la nuit du 25 au 26 août, apparition de phénomènes excito-moteurs (le malade jette par la fenêtre les effets de ses camarades de chambre). Violente agitation ; le malade est transéaté d'urgence dans le service de Neuro-Psychiatrie.

Du 26 août au 23 septembre 1949, il sera suivi dans ce service. L'’émétine est arrêtée, on institue un traitement par le Direxiode (10 comp. par jour pendant 10 jours). Le médicament est très bien supporté ; le syndrome dysentérique s'améliore (4 à 5 selles par jour) ; le foie continue à être douloureux.

Le 23 septembre 1949, l'état mental s'étant amélioré, le malade est transféré à nouveau dans le service de médecine générale.

Il est très amaigri, presque cachectique, 52 kgs pour 1 m. 75. La peau est sèche ; il n’y a pas d'œdèmes.

Il présente 5 à 6 selles par jour, diarrhéiques. L’abdomen est ballonné, le cadre colique est douloureux, spastique. Le foie est très dou-

loureux ; il est très légèrement augmenté de volume. La température est à 38°.

Les divers examens pratiqués confirment la présence d’amibes histolytiques dans les selles et la leucocytose à 21.700 G.B. avec 80 % de polynucléaires. La vitesse de sédimentation est de 50 mms à la lreheure

80 mms à la 2° heure.

| La radioscopie montre de plus, un cul de sac libre, mais une coupole diaphragmatique droite hypocinétique.

ne RS

En résumé, nous sommes en présence d’une amibiase intestinale à forme diarrhéique, avec hépatite d’accompagnement, chez un sujet dont l’état général est très mauvais et chez qui les traitements spécifiques (émétine et conessine) n’ont pu être supportés.

Devant l’urgence d’agir d’une façon efficace et rapide et dans l’impossibilité d'employer les deux médications vraiment actives sur les lésions intestinales et hépatiques, nous décidons d’avoir recours, pour la première fois, aux iodiques injectables. Nous prenons l’iodopropanolsulfonate de soude (C° H° O* IS Na) et nous prescrivons :

Le 1” jour, en perfusion lente de 6 heures, 0 g 12 d’iode actif dans 500 ce de sérum physiologique.

Le 2° jour, 0 g 20 d’iode ; le 3 jour, 0 g 40, et nous poursuivons à cette dose pendant 12 jours, la dose totale d’iode injectée étant de 4 g 32.

Nous administrons en même temps, « per os », 20 comprimés de Diroxiode par jour pendant 10 jours.

Le traitement est parfaitement toléré ; on ne note aucun incident.

Les résultats sont spectaculaires.

Le 3° jour : le foie n’est pratiquement plus douloureux ; le transit intestinal s’est amélioré ; 2 à 3 selles par jour ; le nombre des globules blancs est passé de 21.000 à 16.000 ; la VS. s’améliore à 20/40.

En fin de traitement : tout est normal, tant au point de vue clinique qu’au point de vue biologique : le malade ne souffre plus ; la leucocytose et la VS. sont normales.

Après un mois et demi de mise en observation dans notre service, le malade nous quitte entièrement guéri ; on note une reprise de poids de 20 kgs (62 au lieu de 42 à l’entrée). La VS. reste normale ; la leucocytose est à 7.000.

Cette observation, que nous avons voulu décrire dans ses moindres détails puisqu'elle était le point de départ de tout notre travail, satisfaisait pleinement les espoirs que nous avions placés dans la thérapeutique iodée. Nous notions alors :

1° L'action remarquable sur <« l’élément douleur » puisque, dès le troisième jour, celle-ci avait totalement disparu, alors qu’elle durait depuis bientôt deux mois ;

2° La disparition du tableau infectieux : chute progressive et régulière de la température, de la leucocytose, de la vitesse de sédimentation ;

3° L'amélioration rapide de l’état général : cachectique à l’entrée, il est reparti après avoir pris 20 kgs, en excellente santé ;

4° La parfaite tolérance du médicament chez un

malade pourtant particulièrement fragile et sujet aux accidents médicamenteux.

Page 1