CHAPITRE V RÉSUMÉ ET œNaUSIONS
Les idées exposées dans les chapitres qui précèdent exigeaient pour être comprises, — et surtout pour être acceptées du lecteur, — de longs développements, de nombreuses digressions physiologiques et pathologiques.
Pour justifier des conclusions qui sont loin d'être admises par renseignement officiel, il ne suffisait pas de dire qu'elles sont conformes aux faits d'observation ; car on peut récuser un fait à priori, quand on ne l'a pas observé soi-même, s'il semble être en contradiction avec les opinions régnantes.
C'est pour cette raison que nous nous sommes efforcé de justifier, peut-être un peu longuement, par des arguments rationnels, l'emploi de l'exercice dans le traitement des.affections de l'appareil circulatoire.
A l'étranger, les documents cliniques abondent, et les résultats parlent si haut, qu'il n'est plus besoin, depuis longtemps, d'y plaider la cause de la médication que nous nous efforçons ici de faire apprécier à sa véritable valeur.
A Stockholm, depuis bien des années, la médication la plus en vogue, dans le traitement des affections du cœur, est la gymnastique, et les résultats sont les mêmes avec la gymnastique mécanique imaginée par Zander qu'avec la gymnastique manuelle de Ling ; puisque les machines ne font que
tenir la place de Taide, ainsi que nous l'avons précédemment expliqué, pour Texécution des mêmes mouvements. Chez tous les praticiens suédois, l'idée de maladie de cœur éveille aussitôt l'idée de gymnastique médicale, comme elle éveille chez nous l'idée de digitale; et, tous s'étonnent de nous voir si en retard pour adopter un moyen de traitement dont les efiets ne peuvent plus se discuter aujourd'hui.
Un long séjour en Suède nous a permis d'y suivre des malades, en traitement pour diverses aflections du cœur et des vaisseaux, et d'assister à de véritables résurrections, sous l'influence de la gymnastique passive et active, employée à l'exclusion de tout autre traitement. Nous avons vu des sujets, arrivés à un degré très avancé d'asystolie, perdre de jour en jour leur aspect cyanose, leur dyspnée, leurs œdèmes des jambes; pendant que le pouls reprenait de la régularité et de la force, et que les urines, rares et chargées avant le traitement, recouvraient, au bout de 10 à 12 jours, leur abondance normale et leur limpidité.
Les malades y sont, du reste, si bien convaincus, par les résultats observés sur eux-mêmes, de l'efficacité du traitement, qu'ils se hâtent de le reprendre à la première menace de gêne circulatoire. Ils parviennent ainsi, pendant un temps très long, à se tenir à l'abri des accidents d'asystolie, grâce à une médication dont l'efficacité ne s'use pas, comme celle des divers médicaments cardiaques. On voit, chaque jour, à l'Institut central de gymnastique à Stockholm et dans les cliniques des docteurs Wide, Zander, Levertin, etc., des hommes de tout âge, atteints d'aflections diverses du cœur ou des vaisseaux, qui viennent depuis nombre d'années se soumettre, à périodes presque fixes, à des mouvements méthodiques, grâce auxquels ils peuvent conjurer des troubles circulatoires imminents.
Dans tous les établissements de gymnastique médicale à Stockholm, le traitement des maladies du cœur occupe, avec celui de la scoliose, la place la plus importante. C'est celui dont les résultats sont le plus méthodiquement contrôlés, grâce aux tracés sphygmographiques qui y sont relevés avec le plus grand soin.
Aussi, en présence d'un traitement basé sur des déductions physiologiques si rationnelles, contrôlé par des procédés scientifiques, et qui a pour lui la sanction d'un si grand nombre de succès, ne peut-on que se demander avec surprise comment il a pu, jusqu'à ce jour, rester si indifférent à notre pays.
Quant au traitement d'Œrtel, il est très répandu en Allemagne et en Autriche, et semble accepté de l'autre côté du Rhin par tous les praticiens. Parmi les observations les plus caractéristiques qui enregistrent ses succès, nous avons cité celle de l'auteur lui-même, le professeur Œrtel, qui lui avait dû sa guérison. On cite encore, parmi les succès les plus retentissants de la cure de terrain, dans le traitement des troubles de l'appareil circulatoire, la guérison d'un personnage illustre, le prince de Bismarck.
En Allemagne, dans toutes les régions accidentées, les médecins utilisent les pentes du terrain pour faire exécuter, aux malades atteints d'affections du cœur insuffisamment « compensées », des promenades graduées. Quand la configuration du sol n'offre pas la ressource du dosage par la pente croissante des chemins, les praticiens s'ingénient à chercher un mode d'entraînement gradué qui puisse y suppléer. C'est ainsi que le professeur Leyden, de Berlin, prescrit a ses malades cardiaques de monter des escaliers, en augmentant chaque jour le nombre des marches à gravir.
Nous sommes encore bien loin, en France, de pouvoir
trouver, soit dans la clinique hospitalière, soit dans la pratique privée, des observations aussi nombreuses et aussi probantes qu'à l'étranger, pour montrer comment les résultats du traitement en sanctionnent la théorie.
11 fallait donc, à ceux qui n'ont pas vu de leurs yeux des cardiaques améHorés par la cure d'exercice, une démonstration appuyée sur des arguments scientifiques multiples. Il fallait faire appel à toutes les notions physiologiques et cliniques, capables de montrer, tout au moins, que ce traitement ne choque pas, quoi qu'on en ait dit, le bon sens, et ne mécon naît pas les données générales de la science.
Mais les développements auxquels nous avons été entraîné nous ont forcé à analyser et à délayer, en quelque sorte, des idées auxquelles une courte synthèse donnera peut-être plus de netteté. 11 sera bon, sans doute, de les résumer sous forme de conclusion et d'en rappeler quelques principes, qui sont les bases pratiques du traitement.
Rappelons d'abord que Vesprit du traitement n'est pas tel que croient le comprendre la majorité des médecins, qui lui font opposition, et qui auraient raison de le combattre, s'il était vraiment ce qu'ils supposent. 11 n'a pas pour but unique, ni même pour but principal, iV exercer le cœur en vue de le fortifier pour en « compenser » les lésions ; pas plus qu'il n'a pour unique procédé la marche ascensionrielle suivant la méthode d'Œrtel.
L'entraînement, suivant la méthode d'Œrtel, est utile surtout par ses effets généraux sur la nutrition et agit, d'ailleurs, ainsi que toutes les méthodes d'exercice actif, beaucoup plus pour activer la circulation périphérique que pour fortifier le cœur. Si cette méthode augmente réellement la capacité fonctionnelle du cœur, c'est qu'elle en diminue Vémotivité, par l'accoutumance, et augmente ainsi sa tolérance
pour les effets du travail musculaire. C'est, aussi, qu'elle débarrasse Fappareil circulatoire tout entier des facteurs de troubles fonctionnels représentés par les produits de la nutrition viciée ; soit chez les sujets à nutrition ralentie, soit chez ceux dont la vie sédentaire retarde l'élimination des toxines organiques et favorise l'auto-intoxication. C'est, enfin, qu'elle assure à l'appareil circulatoire le concours efficace du poumon, son indispensable auxiliaire, en créant des habitudes de respiration plus active.
Aussi est-ce seulement dans les aflTections purement fonctionnelles du cœur que la méthode d'Œrtel est indiquée ; les nombreux succès qu'on lui a justement attribués ont été obtenus surtout dans les « fausses maladies du cœur ».
Dans les cardiopathies « vraies » avec lésion non compensée, la cure d'exercice ne doit pas viser la circulation centrale, mais la circulation périphérique. Son objectif n'est pas, alors, d'augmenter la poussée du cœur, en lui demandant un surcroît de travail au moment même où il est à bout de forces : il doit être, au contraire, de diminuer le travail du cœur, en diminuant les résistances qui lui sont opposées. On sait que ces résistances, au moment où le cœur devient insuffisant, sont surtout représentées par les stases sanguines de la périphérie. Il s'agit de mobiliser, par les mouvements actifs et passifs, les masses liquides qui obstruent les petits vaisseaux, distendent les veines et opposent leur force d'inertie à la poussée du myocarde.
L'effet qu'on demande au mouvement est donc un effet dérivatif, qui puisse dissiper les stases sanguines ; c'est un accroissement de la circulation périphérique et veineuse.
On peut l'obtenir, sans l'intervention du cœur, par l'action de très légers mouvements actifs qui provoquent une vasodilatation, un élargissement des capillaires, et augmentent
ainsi la vitesse du courant sanguin. Les mouvements passifs et le massage joindront leur action mécanique sur la circulation veineuse à celle que la circulation capillaire subira du mouvement actif; et ainsi se trouvera augmentée, non la force qui pousse le sang du cœur à la périphérie, mais celle qui le fait cheminer de la périphérie vers le cœur, celle qu'on appelle la vis a tergo.
C'est donc, en résumé, une impulsion centripète que le mouvement, méthodiquement appliqué, doit communiquer au sang, dans les cas où le cœur ne suffit plus à sa tache ; car c'est alors le ralentissement de la circulation de retour, qui crée le danger. Loin de demander au cœur un supplément d'action, il faut s'appliquer à lui éviter toute excitation qui pourrait le solliciter à augmenter son effort et à s'épuiser davantage. Et pour cela il faut avoir recours à des exercices méthodiquement localisés et dosés, tels que peut seule les appUquer la méthode suédoise.
La gymnastique suédoise demeure donc la méthode de choix, toutes les fois qu'il est ii\diqué de rétablir la circulation, en évitant de fatiguer le cœur.
Mais la gymnastique suédoise, elle-même, n'a pas été conçue en vue du traitement exclusif des affections du cœur. Elle constitue un vaste système de mouvements parmi lesquels beaucoup s'appliquent à des maladies dont la nature et les indications thérapeutiques diffèrent absolument de celles des cardiopathies. 11 est donc un grand nombre d'exercices suédois qu'il faut se garder d'appliquer aux cardiaques.
Tels sont, nous l'avons dit, les mouvements qui mettent en jeu les muscles abdominaux, parce qu'ils provoquent la compression dos gros troncs vasculaires; ceux qui actionnent des masses musculaires considérables, comme les grîinds muscles du dos et des lombes, parce qu'ils produisent une
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trop grande quantité de travail à la fois et que c'est une condition d'excitation pour le cœur; ceux, enfin, qui exigent d'un groupe musculaire, même très petit, un déploiement d'énergie allant jusqu'à la limite des forces, parce que c'est une condition qui provoquerait la synergie d'effort, si dangereuse pour les cardiaques.
Le traitement de Stockholm et celui d'Œrtel, sans être précisément contradictoires, ne sauraient se suppléer toujours et, de fait, ils se complètenL Chacun de ces deux traitements correspond à des indications différentes.
Si l'on voulait établir une formule générale, pour guider le choix du praticien, entre le système d'Œrtel qui vise le cœur lui-même, et la méthode suédoise qui vise les vaisseaux périphériques, on pourrait dire que le système d'Œrtel doit être réservé à tous les cas de troubles circulatoires où le cœur peut subir impunément un certain degré d'excitation; car l'excitation de l'appareil cardio-vasculaire est le premier effet delà marche ascensionnelle.
En outre, l'indication des exercices cardiaques, c'est-àdire des mouvements musculaires qui augmentent le travail du myocarde, se présente surtout à une période moins avancée des troubles de la circulation. La cure de terrain peut être utile pour prévenir l'asystolie, plutôt que pour la combattre.
Le traitement suédois offre plus de ressources dans les cas graves, car il peut s'adapter aux malades même alités et incapables de marcher. Il offre incomparablement plus de sécurité, à cause de la douceur de ses procédés, qui n'expose jamais le malade à des accidents graves, y eût-il erreur ou excès dans son application. Mais, à cause de sa douceur même, la gymnastique suédoise ne peut pousser aussi loin que le système d'Œrtel l'état d'entraînement, l'endurance cl
les modifications générales de la nutrition quHl est parfois indiqué de rechercher.
Le mieux serait donc, chez la plupart des malades, de recourir successivement à ces deux méthodes dans le traitement des troubles circulatoires ; en commençant par les mouvements suédois, qui représentent la forme la plus atténuée de Texercice, et en recourant» ensuite, à mesure qu'augmente la capacité fonctionnelle des organes, aux exercices gradués de marche ascensionnelle, qui permettent d'obtenir des effets plus intensifs, et de consolider la guérison.
Quant au résultat qu'on peut espérer de la cure d'exercice, dans les maladies du cœur et des vaisseaux, il est à peine besoin de dire que ce n'est pas la guérison proprement dite des lésions de l'appareil circulatoire.
Une affection organique du cœur ou des vaisseaux ne peut pas disparaître sous l'influence de ce traitement; pas plus, du reste, que sous celle d'aucun autre. On peut cependant espérer quelquefois en enrayer la marche, en modifiant la nutrition générale, comme dans l'arthritisme, l'artério-sclérose, etc.
On a pourtant cité des observations où une lésion organique, — très spéciale il est vrai, — a pu être modifiée par le mouvement. La symphyse cardiaque y c'est-à-dire l'adhérence du cœur au péricarde, par suite de péricardite guérie, a pu être heureusement modifiée grâce à la rupture ou à la distension des brides fibreuses, comme cela arrive dans le traitement gymnastique des adhérences pleuro-pulmonaires. Mon ami le docteur Godleski m'en a rapporté un cas authentique.
En dehors de ces cas très spéciaux, où le cœur, par la suractivité de ses mouvements, a pu détruire ou relâcher le lien qui entravait son jeu, le résultat de la cure d'exercice ne
peut être qiriine modification plus ou moins durable du fonctionnement du cœur. C'est là, on le sait, l'effet de tous les médicaments cardiaques; avec cette différence que l'action d'un médicament s'épuise par l'accoutumance, tandis que l'accoutumance augmente l'effet thérapeutique de l'exercice, en faisant disparaître progressivement ses effets dangereux.
Nous avons suffisamment expliqué la double action de la cure d'exercice, d'une part sur les conditions hydrauliques de la circulation, d'autre pail sur le fonctionnement. des centres nerveux cardio-vasculaires.
On a donc compris que c'est d'abord par la « remise en marche » de l'appareil circulatoire qu'agit le traitement par le mouvement; bien plus que par une modification matérielle des parties constituantes de cet appareil.
C'est ensuite par une action régulatrice due aux impressions sensitivo-motrices que provoque l'exercice dans les centres nerveux : en un mot, par la rééducation de l'appareil circulatoire.
Préface
CUAPITRE I
LES FORCES INTRINSÈQUES DE l'aPPAREIL CIRCULATOIRE
Le cœur; — les artères; — les vaisseaux capillaires; — la (( vis a tergo » ; — les veines 1